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Filière porcine L’endettement reste l’ennemi n° 1 des éleveurs de porcs

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Nouvelle année de crise en 2009 pour la filière porcine française. Un peu moins d’un tiers des éleveurs de porcs sont endettés à plus de 100 %. Quant au prix du porc (1,315 euro le kilo) en 2009, il est resté en deçà du coût de revient moyen (1,339 euro le kilo). A l’occasion de son assemblée générale qui s’est déroulée à Nantes le 23 juin, la FNP (Fédération nationale porcine) a donc souhaité tirer la sonnette d’alarme, une énième fois.

«Les éleveurs de porcs ont actuellement un taux d’endettement supérieur à la moyenne agricole. Environ 30 % d’entre eux sont endettés à plus de 100 % », a déclaré Paul Auffray, secrétaire général de la FNP (Fédération nationale porcine) lors de l’assemblée générale le 23 juin à Nantes. L’année 2009 a été une fois de plus une année de crise pour la filière porcine. Le prix du porc (1,315 euro le kilo) est resté inférieur au coût de revient moyen (1,339 euro le kilo). Et durant les cinq premiers mois de 2010, le prix moyen mensuel s’est établi à 1,101 euro/kilos au MPB (Marché du porc breton), soit en retrait de 5 à 6 cts/kilos par rapport à la même période en 2009.

Manque de compétitivité face au géant allemand
Cette situation, si l’on en croit les échanges lors de l’assemblée générale, serait essentiellement le résultat des distorsions de concurrence avec l’Allemagne. « La filière porcine a été l’une des premières filières à dénoncer ces distorsions », explique Paul Auffray. D’après la FNP, les sources majeures de distorsions avec l’Allemagne sont le coût de la main d’œuvre dans les outils d’abattage (représentant une différence de 5 centimes d’euros/kilo de porc abattu) et la généralisation d’un système de TVA forfaitaire (l’éleveur allemand au forfait TVA ayant perçu 16 centimes de plus que l’éleveur français en 2008).

Avancées sur les dossiers environnementaux et bien-être
Hormis ces différences économiques, la FNP dénonce aussi le décalage qui existe sur le plan environnemental. La loi sur les installations classées en est un exemple flagrant et reste pour le syndicat un frein à la restructuration des élevages. En 2009, la FNP a donc demandé un alignement du seuil français (déclenchant la procédure « installations classées » et entraînant une enquête publique) sur le seuil européen. Sur ce dossier, la FNP a été partiellement entendue puisqu’une circulaire permettant une simplification administrative de la procédure a été rédigée et trois amendements ont pu être proposés dans le cadre de la LMA (Loi de modernisation de l’Agriculture). Autre dossier ayant connu une avancée : celui du bien-être animal. La FNP a en effet obtenu un doublement des plafonds de l’aide à la mise aux normes des truies gestantes. Un coup de pouce non négligeable compte tenu du nombre d’élevages de porcs (deux tiers de l’ensemble des élevages français) à mettre aux normes d’ici le 1er janvier 2013.
En 2009-2010, la FNP a donc gagné quelques batailles mais n’a pas encore gagné la guerre. La plupart des dossiers en cours ne sont pas prêts d’aboutir à court terme. De plus, d’autres problèmes restent posés, comme par exemple le saupoudrage des soutiens de l’Etat aux éleveurs situés en régions à faible densité de production porcine.

Une référence de prix unique indispensable
C’est pourquoi la fédération poursuit sa recherche de solutions en interne. Elle a souhaité mobiliser les éleveurs du Grand-Ouest pour qu’ils demandent à leurs groupements de retirer les apports directs aux abattoirs et d’envoyer les porcs au MPB. Le but étant de recréer un lieu de confrontation de l’offre et de la demande en obligeant les acheteurs à s’approvisionner directement à Plérin. Il s’agit ainsi de conserver un référentiel de prix unique. La FNP s’était fixé comme objectif de passer de 60 000 de 100 000 porcs par semaine. Or depuis février-mars, le nombre hebdomadaire de porcs au MPB a juste atteint les 70 000. « Un bon début, néanmoins insuffisant » selon les responsables de la FNP.

Occuper le marché avec VPF
D’autre part, la FNP attend beaucoup de la relance de la marque VPF. « Avec la GMS (grandes et moyennes surfaces) et les abatteurs, on a voulu relancer VPF pour donner une image de proximité, notamment via le slogan “Fiers de nos éleveurs” », a expliqué Jean-Michel Serres, président de la FNP. « Les consommateurs sont friands de proximité, a renchéri Patrick Maucourt, un des responsables de la filière viandes chez Système U. Dans une première étape, il faut mettre en place VPF comme un produit de masse. VPF doit être au cœur du marché. Il ne faut pas que ça devienne une niche. Il faudra ensuite élargir le nombre de produits VPF. » Reste à convaincre les éleveurs de l’intérêt de cette démarche. « Est-ce que VPF sert vraiment à quelque chose ? a demandé l’un d’eux lors de l’assemblée générale. Le consommateur, c’est le prix qu’il regarde. »
Le prix, les éleveurs le regardent aussi. Avec désarroi. A ce propos, les perspectives de l’Ifip (Institut du porc) pour 2010 indiquent une tendance similaire à celle de 2009. Les professionnels redoutent pourtant une situation estivale 2010 défavorable pour le marché. Compte tenu des plans de rigueur en Europe, la consommation européenne pourrait repartir à la baisse. Autre élément qui ne jouera pas en faveur d’une hausse de prix : l’augmentation de la production européenne. Les spécialistes ont néanmoins indiqué une lueur d’espoir avec la parité euro/dollar favorable qui serait peut-être de nature à relancer les exportations.

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