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Bovin viande L’engraissement italien en perte de vitesse, selon l’Institut de l’élevage

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Une étude en cours de Mélanie Richard, de l’Institut de l’élevage, rendue publique au Sommet de l’élevage le 7 octobre, a mis en valeur une dynamique ralentie de l’engraissement en Italie. Pression foncière, développement du biogaz, hausse des coûts de production… les menaces qui pèsent sur la filière sont nombreuses.

Mélanie Richard, de l’Institut de l’élevage, a présenté les premiers résultats d’une étude en cours sur le fonctionnement du marché italien de la viande lors d’une conférence organisée par Interbev au Sommet de l’élevage, le 7 octobre. L’avenir de l’engraissement des jeunes bovins français dans ce pays risque fort d’être remis en question dans les années à venir. Effectivement la détérioration de la valorisation des animaux finis, les coûts de production en hausse, la pression foncière dans la plaine du Pô, zone historique d’engraissement, le développement du biogaz et les contraintes de bien-être animal (diminution du chargement) menacent fortement les structures d’engraissement italiennes. La région du Nord-Est, surtout la Vénétie, est spécialisée dans l’engraissement d’animaux importés. Elle subit une pression foncière renforcée par la directive nitrate. Le périmètre en zone vulnérable a plus que doublé en Italie entre 2003 et 2008 (1,270 M ha à 2,754 M ha), obligeant les engraisseurs à chercher plus de terres pour pouvoir épandre. Par ailleurs, cette directive demande d’alléger le chargement à 5 jeunes bovins/ha au lieu de 6 à 8 JB/ha comme c’est le cas aujourd’hui. Elle entraîne un surcoût pour les engraisseurs de 5 à 6%, aussi l’Italie a-t-elle demandé une dérogation auprès de Bruxelles.

Le biogaz, trois fois plus rentable que l’engraissement
Le biogaz, nettement plus rentable que l’engraissement, prélève des quantités importantes d’ensilage pour son fonctionnement. « Le maïs mis dans le digesteur rapporte trois fois plus que le maïs mis dans la panse d’un taurillon », explique un éleveur italien ayant investi 4 M€ dans la construction d’une unité (450 000€ de subvention). Pour faire face aux exigences de fonctionnement du biogaz, l’éleveur a baissé sa production de taurillon de 7%. Jusqu’en 2010, l’Etat italien rachetait 28c/kW l’énergie produite (21c aujourd’hui). Toute la question consiste à savoir si les unités de biogaz conforteront l’engraissement en diversifiant les revenus ou au contraire seront à l’origine de la disparition de l’engraissement. « Probablement un peu des deux », commente Mélanie Richard. De plus, si les droits à paiement unique (DPU) se régionalisent avec la Pac 2013, l’engraissement ne sera plus rentable. Par ailleurs, les engraisseurs italiens sont âgés et les restructurations sont en cours depuis déjà trois ans. Les unités d’engraissement sont importantes (plus de 170 places en moyenne en 2007) et 9% d’entre elles détiennent 60% des places. Actuellement, de nombreuses places chez les engraisseurs ne sont pas reprises. Certains engraisseurs souhaitent aussi volontairement garder des places libres « pour gagner en souplesse et s’adapter au marché », selon Mélanie Richard.

La France, incontournable sur le marché italien
La production de viande en Italie risque de diminuer d’autant plus que le cœur de la gamme, où se situe la viande française, a tendance à disparaître au profit de viandes plus rouge, de viandes exotiques ou de qualité moindre et donc moins cher. Les viandes importées (Amérique du Sud, pays de l’Est) se développent d’autant plus. Elles permettent aussi dans certains cas de s’affranchir de « l’équilibre carcasse », chaque morceau étant acheté indépendamment des autres. En moyenne, les abattages en Italie ont reculé de 13% depuis 1999 (-8% en tonne équivalent carcasse) en gros bovins et de 8% pour les jeunes bovins et les génisses (-4% en tec). Pourtant l’Italie reste le deuxième pays plus gros consommateur de viande de l’Union européenne et offre un marché rémunérateur que de nombreux pays convoitent. Un tiers des animaux est importé. Pour la France, l’Italie représente 60% du marché d’importation. Face à l’Allemagne, l’Irlande ou les pays de l’Est, la France reste incontournable car sa production présente plus d’atouts que de faiblesse, selon Mélanie Richard.

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