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Cycle secondaire L’enseignement agricole passe au vert…progressivement

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Dans l’enseignement agricole, l’environnement fait partie des intitulés de nombreuses formations. Les programmes officiels imposent un passage par certains sujets. Le tournant semble pris. Pas assez selon certains.

À l’occasion de la rentrée, Stéphane Le Foll a proposé de mettre plus d’écologie dans l’enseignement agricole. L’environnement serait-il absent des classes du secondaire que fréquentent les futurs professionnels de l’agriculture ? Loin de là. « L’enseignement est déjà fortement mobilisé sur ces sujets depuis plusieurs années », explique la Direction générale de l’enseignement agricole (DGER). D’abord grâce à un outil bien spécifique à cet enseignement si particulier : les exploitations agricoles des lycées. « Près de 90 % des établissements publics locaux ont une exploitation agricole ou un atelier technologique », rappelle la DGER. Ces derniers sont « de véritables plates-formes de démonstration et d’apprentissage de nouvelles pratiques respectueuses de l’environnement ».
 
100% des étudiants sensibilisés au bio
Et ce ne sont pas seulement les cottes des étudiants qui sont vertes. Dans les salles de cours aussi, l’environnement s’est invité, depuis la rénovation de l’ensemble des référentiels de l’enseignement agricole. « L’agriculture biologique a été intégrée dans l’ensemble des référentiels de diplômes, ce qui implique que 100% des élèves sortant de l’enseignement agricole ont reçu des éléments de formation dans ce domaine. Près de 40 formations ont d’ailleurs été labéllisées par les autorités académiques comme formations à orientation biologique », poursuit la DGER. La bio n’est heureusement pas la seule manière d’aborder l’« environnement » auprès des futurs agriculteurs et professionnels. « En prônant uniquement la bio, on ne résoudra pas la question de l’impact des pratiques en général, estime Jean-Marie Le Boiteux, du Snetap-FSU, le syndicat national de l’enseignement technique agricole public. Et nous ne voulons pas dire que tous les agriculteurs doivent passer au bio. Ce qu’il faut, c’est que les mentalités évoluent. » Un message qui est déjà en partie intégré : à la faveur de la révision des programmes, la réduction des intrants ou les méthodes pour favoriser la biodiversité sur l’exploitation sont aussi désormais abordées en cours, avance la DGER. Alors pourquoi Stéphane Le Foll souhaite-t-il en faire plus ? En effet, « l’environnement est une préoccupation de plus en plus importante dans la tête de tout le monde, reconnaît le Snetap. Mais on considère que l’enseignement agricole ne l’intègre pas assez. »
 
Changer les contenus et pas seulement les intitulés
Et c’est bien sur ce point que divergent les analyses. Pour le Snetap, il est facile d’obtenir un consensus dans les commissions nationale qui définissent les programmes éducatifs, « que soit écrit « développement durable » dans l’intitulé des formations. Mais quand on veut changer ce qui, concrètement, est enseigné, c’est autre chose. » Dans la formation à la conduite d’engins agricoles, le Snetap estime par exemple intéressant d’enseigner « le fonctionnement du sol, ou les méthodes alternatives au labour », suggère Jean-Marie Le Boiteux. Une idée « qui a du mal à passer auprès des professionnels qui semblent vouloir avant tout que l’apprenant sache conduire. » La position du Snetap-FSU n’est pas nouvelle : il déplore de longue date « le poids des représentants de la profession », qui participent effectivement à la rédaction des programmes, et qui sont présents dans les conseils d’administration des établissements. Ce lien avec la profession est pourtant défendu par les représentants de l’enseignement privé, le Cneap (conseil national de l’enseignement agricole privé) et le SFOerta, syndicat FO du public (voir Agrapresse n° 3340 du 5 mars 2012).
 
Donner du temps au changement
Ce dernier propose d’ailleurs une analyse plus nuancée que celle du Snetap. « Le risque, c’est d’imposer aux gens d’aller trop vite », signale Michel Delmas, secrétaire général du SFOerta. Pourtant « des professeurs nous font remonter cette impression qu’il n’y a pas assez d’environnement dans les programmes de formation », remarque-t-il. Le syndicat n’a pas défini de position sur ce sujet. L’analyse du Cneap est quant à elle bien différente. « L’environnement prend une place croissante dans l’enseignement agricole, constate Philippe Poussin, secrétaire général. On est d’ailleurs poussés par les jeunes eux-mêmes qui interrogent les professeurs. D’autant plus que nous accueillons de plus en plus d’étudiants qui ne sont pas issus du monde agricole et qui arrivent avec des images et des questions. Bien sûr, on peut toujours faire mieux. Mais il faut aussi donner du temps aux gens. C’est peut-être l’affaire d’une génération. Et la dynamique est lancée depuis 10 ou 15 ans. »
De son côté, Didier Marteau, responsable de la commission environnement à l’Assemblée permanente des chambres d’agriculture (APCA), analyse : « D’un côté, il y a encore beaucoup à faire pour intégrer plus d’environnement, et de l’autre, on a déjà beaucoup fait, notamment grâce au bon sens paysan. » Alors, si on ne fait pas « plus », peut-être faut-il faire « autrement ». Didier Marteau suggère par exemple que davantage d’agriculteurs viennent témoigner dans les lycées. Et au Cneap, on imagine par exemple (ce qui n’est encore qu’une hypothèse de travail), en prenant du recul par rapport aux impératifs des programmes, « que nos enseignants, nos équipes éducatives, avec, par exemple, des universitaires et des spécialistes, s’emparent de ces questions pour déterminer des pistes, des directions que nous puissions porter ensemble. » Pour cela, le Cneap aimerait participer aux réflexions sur la loi-cadre agricole. Un souhait partagé par le Snetap.

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