La Cour des comptes a présenté son traditionnel bilan annuel à Paris, le 10 février. Les réformes de restructuration de l’enseignement supérieur agricole sont « un trompe-l’œil » pour les sages de la rue Cambon. Stéphane Le Foll, ministre de l’Agriculture, répond au contraire qu’elles l’ont renforcé.
« Le cas de la réorganisation de l’enseignement supérieur agricole est illustratif de la difficulté parfois rencontrée pour mener les réformes jusqu’au bout de leur logique », a déclaré Didier Migaud, premier président de la Cour des comptes, le 10 février lors de la présentation du rapport annuel 2016. La réorganisation de l’enseignement supérieur agricole public est une « réforme en trompe-l’œil », jugent les sages de la rue Cambon. Les fusions des établissements portées par cette réforme n’ont été que « purement administratives », ajoute Didier Migaud. Le ministre de l’Agriculture Stéphane Le Foll évalue différemment cette réforme : « Loin d’être une simple centralisation administrative, les établissements issus de ces fusions ont renforcé leur capacité à peser sur les orientations stratégiques et scientifiques de leurs partenaires. »
Viser le haut du classement
Le passage de quinze écoles d’ingénieurs d’agronomes à six entre 2007 et 2010 a permis, selon le ministre, aussi « d’améliorer leur visibilité dans les classements et reconnaissances internationales de leurs domaines. » Ainsi, il argue qu’AgroParisTech est « aujourd’hui troisième en Europe et treizième mondial au classement QS World University Rankings by Subject dans le domaine agriculture et forêts ». Cette volonté de reconnaissance à l’échelle internationale n’est pas propre à la ferme France. Elle s’inscrit dans une volonté globale de la formation supérieure en France d’être en haut des classements mondiaux. En ce sens, le plateau de Saclay réunit déjà douze « grandes écoles » (Polytechnique, HEC, Mines, etc.) pour former l’ensemble Paris Tech. Finalement, Stéphane Le Foll estime que l’enseignement supérieur agricole sort « renforcé » de ces réformes.
Des réformes à poursuivre
Néanmoins, il rejoint la Cour des comptes sur le fait que la fusion a ses limites, « notamment du fait de l’éloignement géographique des sites ». Mais il ne s’arrête pas là et justifie le travail en réseau national pour faire face à cet éparpillement géographique. Ainsi, depuis 2010, l’intervention de la DGER (direction générale de l’enseignement et de la recherche) du ministère de l’Agriculture dans les orientations et les choix de gestion des établissements s’est renforcée, tandis que la responsabilisation des directeurs des établissements s’est « accrue ». La Cour des comptes recommande tout de même de « diminuer le nombre d’implantations des établissements ». Elle attend aussi des écoles d’ingénieurs de s’ouvrir davantage au monde universitaire. Pourtant, cette ouverture a déjà commencé. « Cette ouverture sur le monde universitaire et les organismes de recherche des établissements d’enseignement supérieur agricole est couronnée par des succès aux appels à projets structurants du Programme d’investissement d’avenir (PIA) », soutient le ministre. Par exemple, AgroParisTech est partenaire de l’Idex (1) « Université Paris-Saclay », Bordeaux Sciences Agro fait partie du périmètre de l’Idex de Bordeaux…
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(1) Idex : Les initiatives d’excellence réuniront, selon une logique de territoire, des établissements d’enseignement supérieur et de recherche déjà reconnus pour leur excellence scientifique et pédagogique (ministère de l’Enseignement supérieur)
Les établissements publics d’enseignement supérieur agricole regroupent 10 000 étudiants avec un budget 2014 de 367 M€.
Le coût de la formation initiale des professeurs de l’enseignement technique agricole est « exorbitant »
« Le dispositif de formation initiale des professeurs de l’enseignement technique agricole, confié à l’École nationale de formation agronomique (Enfa), n’a pas changé, le nombre de stagiaires est faible et les disciplines enseignées nombreuses », a constaté la Cour des comptes dans son rapport annuel présenté à Paris, le 9 février. Elle reproche surtout son coût « exorbitant ». Par exemple, la formation d’un futur professeur de l’enseignement technique à l’Enfa de Toulouse dure de quatre à dix semaines pour un coût variant entre 20 000 € et 35 000 €. Ainsi, l’institution appelle à rationaliser les activités de ces formations initiales avec les établissements d’enseignement supérieur agricole et de l’éducation nationale. Le ministre de l’Agriculture Stéphane Le Foll a répondu qu’un travail important est en cours.