Abonné

Agriculture écologiquement intensive L’environnement interroge la R&D et la formation (et inversement)

- - 4 min

Ils ont parfois trainé des pieds, se sont opposés, mais ils s’y sont mis. D’abord par obligation, aujourd’hui, avec volontarisme. Les agriculteurs ont intégré le paramètre environnement dans leurs choix. Ce qui change en profondeur les relations entre agriculteurs, conseillers, développement, recherche mais aussi formation.

Sur les 160 000 agriculteurs désormais détenteurs du Certiphyto, 70 % aimeraient aller plus loin et trouver des réponses plus concrètes par des formations complémentaires, avance  le fonds de formation Vivéa. Attestation d’un niveau de base sur la bonne utilisation des produits phytosanitaires, le Certiphyto est obligatoire. C’est en revanche une impulsion volontaire qui guide ces quelque 110 000 agriculteurs à approfondir (à rapporter au nombre de chefs d’exploitation : 600 000). Sur les questions environnementales, les agriculteurs semblent donc bien en quête de réponses… et les chercheurs en quête de questions émanant du terrain ! Tant mieux ? Ce n’est pas si simple, comme l’a illustré la table ronde autour de l’agriculture écologiquement intensive (AEI) organisée par Vivéa le 19 avril, dans le cadre d’un atelier intitulé : « Quelles compétences des chefs d’entreprises agricoles pour allier performances économique et environnementale ? »
Parce qu’elle demande de complexifier le raisonnement, de créer de nouveaux indicateurs d’amélioration, parce qu’elle repose sur le partage d’expériences, sur des dynamiques de groupes d’agriculteurs, porteurs d’une innovation « ascendante », avec ou sans le concours des organismes agricoles, et parce qu’elle passe par le web, l’agriculture écologiquement intensive revoit les relations entre les agriculteurs, le développement, la recherche, mais aussi la formation.

Une relation agriculteur-conseiller qui évolue

« Il faut changer la structure R&D, témoigne Philppe Augeard, de la Chambre d’agriculture de Bretagne. Nous cherchons, comme beaucoup d’autres, à développer des réseaux d’agriculteurs expérimentateurs, mais il faut franchir la barrière entre R et D. » Se pose aussi la question de la transmission des résultats entre les groupes d’agriculteurs. « Une des choses qu’il faut qu’on fasse, envisage Michel Griffon, fondateur du concept d’AEI, c’est d’élaborer, en clubs, des cahiers de bonnes pratiques, pour montrer aux agriculteurs demandeurs qu’il y a des ressources disponibles sur les questions qu’ils se posent ». Avec un retour nécessaire à l’agronomie, à l’observation, « il y a un enjeu de formation pour les agriculteurs et pour les conseillers, et la synergie est importante », notait de son côté Jacques Orsini, d’Arvalis. Une relation agriculteur-conseiller qui sera donc amenée à évoluer.

Pour un conseil harmonisé

Et pour porter le paramètre environnement jusque dans le raisonnement stratégique des entreprises agricoles, mieux vaudra « favoriser des messages communs aux différents conseillers d’un même agriculteur », et éviter les concurrences, suggère Philippe Augeard. « Pourquoi ne pas envisager des formations de conseillers communes aux différentes structures ? » Enfin, la formation initiale ne restera pas étrangère à ces modifications de fond des relations entre les acteurs du monde agricole. « Nous questionnons l’appareil de formation initiale agricole pour qu’il intègre ces problématiques complexes du développement durable », explique Christiane Lambert, qui reconnaît des « lacunes » à la formation initiale. La formation continue, elle aussi, devra s’adapter. « Côté marché, on est plutôt dans le court terme, note le sociologue Roger Leguen, tandis que la recherche et la formation s’inscrivent dans un moyen ou un long terme. Et la formation des agriculteurs est de plus en plus conçue à court terme, avec peu de formation continue ». Voilà pourquoi Vivéa souhaite « accompagner des groupes d’agriculteurs innovants, agitateurs d’idées, de questionnements, pour pousser les organismes de formation à proposer des offres plus étoffées, plus structurées, plus élaborées afin de mieux répondre à cette palette de compétences beaucoup plus large dont les agriculteurs ont besoin », a expliqué sa présidente.
Roger Leguen conclut qu’avec l’avènement des questions environnementales, « on est dans une phase d’innovation : sur les produits, les procédés, mais aussi innovation sociale ». Il ajoute : « La question du développement durable c’est celle du développement agricole. Il faudra aider les agriculteurs à construire les questions mais aussi les solutions sur le terrain. Ce travail doit être plus créatif qu’il ne l’a été, il doit rester collectif, et se faire entre pairs, mais aussi avec des intervenants de secteurs plus extérieurs. »

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

formation
Suivi
Suivre
recherche
Suivi
Suivre