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TRIBUNE LIBRE L’environnement n’est pas dans l’étiquette

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L’étiquette verte est une idée séduisante, croit-on à première vue, si l’on veut modifier l’offre pour qu’en achetant ses produits de consommation courante, le public diminue son empreinte écologique. Le Grenelle de l’environnement a ainsi abouti à un consensus en faveur d’une obligation d’informer le consommateur sur le caractère plus ou moins vertueux des choix qu’il fera entre tel ou tel produit. A charge pour les fabricants de développer une information lisible, reposant sur des mesures fiables et avérées . Mais pas forcément d’en encombrer les étiquettes elles-mêmes, ce qui serait contre-productif, selon Jean-François Molle. L’analyse de cet expert vise à convaincre le législateur, dans le cadre des lois Grenelle 1 et 2 (encore en discussion au moins jusqu’à l’automne) de ne pas se tromper de méthode à un moment où des amendements parlementaires sont toujours susceptibles de faire passer en force un tel étiquetage obligatoire.

La loi dite du « Grenelle 1 » prévoit la mise en œuvre de l’information environnementale du consommateur dans le but d’orienter ses achats vers des choix plus écologiques et donc, in fine, de modifier l’offre des producteurs.

Cet objectif écologique est partagé par la plupart des acteurs économiques. La question est plutôt : « comment faire ? » et plus précisément, l’étiquette doit-elle être un vecteur obligatoire de cette information ? Si cette option doit rester ouverte au choix de chacun de ces acteurs, elle ne doit pas, à notre sens, devenir obligatoire. Défendre ce point de vue relève-t-il d’un « combat d’arrière-garde », d’une réticence hélas fréquente des acteurs économiques devant les évolutions souhaitées par la société ? ou bien y a-t-il à l’appui de cette position de solides raisons voire des contre-propositions attractives ?

ETAT DES LIEUX

Incontestablement, les étiquettes sont (et seront encore plus demain) saturées d’informations, en particulier dans le domaine alimentaire. La liste des informations concernées par cet étiquetage est déjà très longue :

– les informations obligatoires, définition du produit, contenu (masse ou volume), liste des ingrédients, adresse du producteur, etc….

– celles relatives à la sécurité du produit, présence éventuelle d’allergènes, par exemple;

– celles relatives à la nutrition et à la santé, assorties de différents logos, tableaux, « camemberts des apports », etc… Un projet européen très avancé (« Draft regulation on the provision of food information to consumers ») prévoit d’étendre l’étiquetage nutritionnel (protides, lipides,…) à tous les produits alimentaires alors qu’il n’est aujourd’hui obligatoire que pour les seuls produits portant une allégation nutritionnelle (« riche en… ») ou de santé.

– celles d’ordre éthique : commerce équitable, chartes sociales, travail des enfants, bien-être animal, ressource en poisson (« marine stewardship » du WWF), gestion des forêts, durable ou non et des emballages en papier-carton qui en sont issus, etc….

– celles relatives aux modes de production, ionisation par exemple aujourd’hui, recours aux nanotechnologies peut-être demain.

Et dans le domaine de l’information environnementale, on recense, déjà existants ou à l’étude :

– le « point vert » relatif à la gestion des déchets d’emballages,

– le contenu CO? du produit, éventuellement détaillé selon les étapes de la vie du produit (!?), production, emballage, transport, voire en « équivalents kilomètres »,

– les déchets générés, en particulier par l’emballage que l’on pourra « utilement » détailler selon la qualité du tri effectué…. 

– le transport sous forme de CO 2 ou de kilomètres. On pourra aussi envisager de préciser le moyen de transport utilisé …

– la qualité environnementale de la production agricole en amont : biologique, raisonnée ou « HVE » (haute valeur environnementale)

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– le contenu en OGM, ou non, et en produits dérivés, voire la biodiversité, maintenue, promue ou menacée par le produit en question

– les différents écolabels, enfin.

BOUSCULADE SUR LES CENTIMETRES CARRES

Avant de faire quelques propositions, il convient de voir que toutes ces démarches s’inscrivent dans des perspectives attendues (et justifiées !) de diminution des emballages à la source : un exemple particulièrement illustratif est ici le projet interprofessionnel à l’étude de suppression des cartonnettes des yaourts par quatre. « Cela va se bousculer sur les cm 2 restants ! ».

A-t-on la moindre chance d’atteindre l’efficacité que tout le monde souhaite ? D’éviter la confusion voire la saturation dont on sait qu’elles sont déjà bien établies dans l’esprit des consommateurs ? NON.

Une question risque d’être soulevée : « pourquoi ce qui a été efficace pour un lave-linge (étiquetage des consommations d’énergie) ne le serait plus pour les produits de la grande consommation ? »

Parce que, toutes les enquêtes le montrent, les choix du consommateur-acheteur s’effectuent très rapidement (on parle de quelques secondes en présence des produits proposés en linéaires..) pour les achats de produits de grande consommation, achats par définition répétitifs et rapides, à la différence des achats de biens d’équipement.

Ce raisonnement négatif a cependant des limites puisque, dans le même temps, il y a une vraie demande d’information environnementale de la part des consommateurs, ou du moins d’une partie d’entre eux, y compris pour les produits de grande consommation.

JOUER SUR LES PRIX

Comment leur fournir alors l’information correspondante et donc la possibilité de faire un choix éclairé ? On peut penser en premier lieu à une information restreinte (CO 2 par exemple) ou agrégée (une note globale). Pourtant il serait facile de montrer à quel point cette démarche est pénalisante pour l’objectif même recherché (pédagogie, modification des comportements d’achat dans un sens plus écologique).

Le prix des produits apporte, lui, au contraire un message clair et il peut intégrer les coûts environnementaux externes des produits comme la production de déchets, d’effluents, de CO 2, etc….Cette démarche « d’internalisation des coûts externes », quelquefois appelée « responsabilité élargie du producteur » ou encore « éco-contribution » permet à la fois de tenir compte des effets environnementaux négatifs, de corriger ces effets (l’argent collecté est bien affecté à la résolution du problème identifié, comme dans le cas des Agences de l’Eau) et enfin de donner la possibilité à l’industriel d’agir pour réduire ces externalités et donc ses coûts (la redevance à l’Agence de l’Eau est fonction des effluents rejetés et donc cette contribution diminue si l’industriel organise leur réduction à la source). En conséquence la modulation du prix proposé au consommateur est finalement un élément d’orientation « vertueuse » du choix de ce dernier. Ce devrait être un des moyens privilégié de la démarche publique de progrès, tant écologique qu’économique.

AUTRES PISTES

Pour en rester à l’information environnementale elle-même, indiquons deux pistes prometteuses au-delà de l’information en linéaire :

– Tesco, un des leaders de la grande distribution britannique, avait testé dans ses magasins voici quelques années, des bornes d’information. Quand le client leur présentait le code-barre du produit, il avait accès sur l’écran de la borne à toute une série d’informations. Le coût d’installation de ces bornes a mis un terme à cette initiative. Cette difficulté est aujourd’hui en passe d’être résolue, puisque se développent des techniques fondées sur le téléphone portable : le consommateur photographie le code-barre avec son téléphone et reçoit immédiatement un « menu » d’informations dans lequel il choisit celles qui l’intéressent, environnementales ou autres. A un prix qui peut être nul et sans aucune conséquence environnementale (« zéro déchet, zéro CO 2, etc. »). Le grand avantage ici est que, par définition, la démarche est volontaire et donc ciblée sur le consommateur et ses attentes spécifiques. Ces méthodes sont aujourd’hui d’usage courant au Japon et en Corée du Sud.

– Des « caddies intelligents » sont aujourd’hui en cours de test. Equipés d’une « douchette » à codes-barre utilisée par le client au moment où il choisit un produit et le met dans le caddy, elle lui évite le passage en caisse. On pourrait envisager qu’elles fournissent aussi les informations souhaitées.

Une des caractéristiques de ces démarches est qu’elles autorisent une information conviviale, précise, détaillée, puisqu’elles ne sont plus limitées par le manque de place ou de lisibilité propres à l’étiquetage.

Au total, compte tenu de l’évolution des méthodes d’information du consommateur, il ne semble pas opportun de limiter, de figer, aujourd’hui l’information environnementale par voie réglementaire ou législative au seul étiquetage.