La profession des semouliers et des fabricants de couscous et de pâtes sèches à base de blé dur se trouve brutalement confrontée à une hausse sans précédent (+40 % en quelques semaines) de leur unique matière première. Les tensions sur les autres céréales, les mauvaises récoltes de certains pays producteurs et l'absence de stocks entraînent un surcoût de 20 % du produit fini qui ne pourra pas échapper longtemps au consommateur.
«Situation alarmiste » pour les industriels semouliers et fabricants de pâtes alimentaires. Le prix des blés durs, base quasi exclusive de leurs productions, vient de subir une augmentation de 40 % en quelques semaines. C'est sans précédent depuis plus de 20 ans, souligne Christine Petit, secrétaire générale du Comité français de la semoulerie et le Syndicat des industriels fabricants de pâtes.
Le blé dur intervient pour 50 % dans le prix de revient des pâtes et l'industrie européenne, déjà fragilisée par une surcapacité de production, n'est pas en état d'absorber cette hausse. C'est donc à une forte augmentation du prix des pâtes qu'il faut s'attendre, selon ces deux organisations professionnelles qui sonnent le signal d'alarme sur une situation de crise résultant de trois types de facteurs :
- une mauvaise récolte tant en qualité qu'en quantité, liée à la sécheresse dans les zones arides (Maroc, Australie, ...) et à un niveau de pluviométrie record dans les zones tempérées (Italie, Canada) ;
- des stocks de report qui n'ont jamais été aussi bas depuis vingt ans ;
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- une très forte inflation des autres céréales avec une demande pour l'alimentaire (alimentation humaine et animale) et le non alimentaire (essentiellement les bio-carburants) supérieure aux volumes produits.
Une filière très intégrée
La production française de blé dur, elle, n'est pourtant pas orientée à la baisse, mais elle tend à se déplacer des régions sud vers le Centre et l'Ouest. Elle devrait être de 2,3 M T cette année contre 2,2 M T il y a un an, mais la pression de la demande extérieure est telle que l'approvisionnement des usines, assuré essentiellement sur le marché national du blé dur, ne se fait plus aux mêmes conditions de prix. Dès janvier dernier, les cours avaient pris 15 % par rapport à l'année dernière et maintenant ils sont tirés par l'envolée des blés durs du Canada ou de l'Espagne.
En 2006, la quantité de blé dur mise en œuvre par les semouliers s'est élevée à 715 000 tonnes ; sur 545 000 t de semoule produites par les 7 usines françaises, dont 38 % est exporté, plus de 360 000 t sont utilisées à la fabrication des pâtes sèches. Le secteur se caractérise par sa concentration en un petit nombre d'usines de grande taille au sein de groupes agroalimentaires importants (NutriXo, Panzani) et par son intégration avec l'industrie des pâtes, son débouché quasi exclusif avec celui du couscous. Au total, la filière emploie près de 1 500 salariés. Cinq usines produisent aussi 80 500 t de couscous, dont 22 % est exporté. Quant aux 9 sites de production de pâtes sèches, ils ont fabriqué 239 220 t en 2006, dont 11 % pour l'exportation.
La consommation française de pâtes, approvisionnée pour plus de la moitié par des importations, a atteint 463 400 t, soit 7,5 kg par habitant (dont 1,2 kg pour les pâtes aux œufs) : ce niveau résulte d'une lente mais régulière progression sur les deux dernières décennies, suivie d'un très léger fléchissement depuis quatre ans. Le marché du couscous non préparé (79 250 t) est fourni à 21 % par des importations, et la consommation par tête ressort à 1,3 kg par an.