Leroux n’abandonne pas les grains de chicorée qui ont fait le succès de l’entreprise nordiste depuis 150 ans. Les nouveaux dirigeants ont néanmoins la volonté de se recentrer sur leurs savoir-faire et de s’ouvrir le champ de la production d’ingrédients et de produits « santé » aux fonctionnalités prouvées. L’entreprise d’Orchies s’appuie pour cela sur un réseau de chercheurs et depuis peu sur le pôle de compétitivité Nutrition-Santé-Longévité.
« Nous avons pris la décision de réorienter l’intégralité des activités de la société Leroux sur la chicorée et ses produits dérivés », explique Olivier Hermand, président de la Finaler depuis 2006. La Finaler est la holding propriétaire à 100 % de Leroux SAS. Son frère Christophe préside quant à lui aux destinées de la « vieille dame » depuis 2002.
Implantée à Orchies près de Lille depuis 1858, la société Leroux célèbre cette année ses 150 années de torréfaction de chicorée. Ses points forts ? L’unité de séchage des racines de chicorée de Vieille Eglise (62) : « C’est une force de pouvoir la conserver ! ». L’unité de torréfaction d’Orchies (59) qui travaille environ 250 tonnes de racines séchées par jour : « Nous sommes fiers de pouvoir être des torréfacteurs hors pair ! », expliquent les deux frères. Quant aux tours d’atomisation, elles représentent le plus du process de fabrication, ce savoir-faire incontestable sur lequel la marque nordiste a bâti sa réputation. Avec 96 % de parts de marché en France, la société Leroux est depuis toujours le leader mondial de la production de chicorée et sa marque commerciale dispose d’une notoriété spontanée de 86 % !
Arrêt des diversifications hasardeuses
Ce changement de stratégie intervient après qu’un rapport d’expertise ait pointé du doigt « une situation financière tendue ». Début 2007, les syndicats de l’entreprise avaient exercé « leur droit d’alerte » et craignaient pour la pérennité de l’emploi. En effet, seule Leroux SAS avait clôturé l’exercice sur des résultats positifs, tandis que les autres filiales accusaient quasiment toutes des pertes. Un terme a donc été mis aux diversifications hasardeuses et Leroux s’est séparé en mai dernier de son activité de production de biscuits, l’Union Biscuit de Marcq-en-Baroeul (59) acquise en 1994. L’entreprise a également considérablement simplifié son organisation, même si sa holding Finaler qui coiffe les trois entités opérationnelles (Leroux SA, Chicobel SA et Molabe SA), est encore détenue par une association loi 1901, toujours présidée par Michel Hermand, le père d’Olivier et de Christophe ! (voir encadré)
Six années pour améliorer la chicorée
Leroux se recentre donc sur la chicorée et ses ingrédients. L’entreprise met sur le marché une nouvelle gamme de produits basée avant tout sur « une chicorée plus douce en goût, plus riche en fibres et en minéraux…et surtout possédant beaucoup moins d’amertume ».
Il aura fallu six années de recherche, la création d’un groupement d’intérêt scientifique (GIS) en 2001 et des compétences scientifiques locales et nationales (CNRS, INRA, laboratoire de physiologie végétale de l’Université de Lille) pour aboutir à ce nouveau produit. « Nous avons cherché à identifier les molécules responsables de l’amertume, les quantifier, les isoler pour les extraire », explique Olivier Hermand.
Ces recherches ont donc abouti aujourd’hui à cette nouvelle gamme de chicorée, aromatisée au chocolat, à la vanille ou au café et dans laquelle sont extraites les molécules responsables de l’amertume. Leroux compte donc rajeunir sa cible et vise 240 à 480 000 nouveaux foyers acheteurs (soit 1 à 2 % de part de marché en plus).
Leroux travaille en parallèle sur une étude clinique achevée en décembre 2007 et en cours d’interprétation. Elle porte sur « la fonctionnalité de cette nouvelle chicorée ramenée au produit formulé ». Dans un deuxième temps, l’entreprise d’Orchies compte bien utiliser des nouvelles variétés de chicorée sans amertume. C’est actuellement l’objet des recherches menées par Florimond Desprez, sélectionneur spécialisé dans la chicorée, les céréales à paille et la betterave implanté à quelques kilomètres d’Orchies.
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Une chicorée aux propriétés anti-oxydantes
Leroux ne compte pas s’arrêter là et vient de lancer le programme Oxychic, un nouveau programme de recherches ambitieux qui s’appuie sur le pôle de compétitivité nordiste Nutrition-Santé-Longévité (NSL) que préside Christophe Bonduelle. Amorcé en décembre 2006, il a été labellisé en 2007 et associe Florimond-Desprez et le laboratoire de physiologie végétale de Lille I. D’un budget d’1,8 M d’euros, ce nouveau programme vise à mettre en évidence les propriétés anti-oxydantes de la chicorée qu’il veut positionner comme « ingrédient-santé ».
Profitant de l’implantation à Lille du nouveau centre de recherche en nutrition de Tate & Lyle nouvellement adhérent du pôle de compétitivité NSL, Leroux pourrait également développer des programmes de recherche avec le géant britannique des ingrédients alimentaires. Des contacts sont en cours.
Une offre élargie pour la vente à distance
« Nous ne vendons plus seulement un produit alimentaire, mais une fonctionnalité et une technicité », souligne donc Olivier Hermand qui reconnaît que l’entreprise se dirige de plus en plus vers cette production d’ingrédients en surfant sur la vague des produits naturels « bons pour la santé » que Leroux avait déjà abordé dans le passé.
La société a en effet conclu en 1990 un contrat de sous-traitance avec le suisse Sanaro, numéro deux de l’édulcorant européen, pour la fabrication de l’aspartame à partir d’une des tours d’atomisation d’Orchies. Quelques années plus tard, elle avait mis sur le marché un dentifrice et une solution de bain de bouche sur la base des propriétés anti-inflammatoires de la chicorée et avait créé une filiale parapharmaceutique (Medicaler, rebaptisée depuis Finaler Ingrédients) en partenariat avec le laboratoire Pharmadent. Cette gamme a cessé d’être commercialisée mais pourrait l’être à nouveau via les nouveaux circuits de la VAD mis en place en 2005.
Leroux a aussi commercialisé des améliorants de panification à destination des boulangeries industrielles, des artisans comme des mixeurs en partenariat avec une société bretonne. « La farine de chicorée peut remplacer des E471 ou E472 et apporter un plus dans la phase de pétrissage », explique Olivier Hermand. D’autre offres ont été essayées, toujours en VAD ou pour la restauration hors domicile : ainsi Leroux commercialise depuis 2004 un lait à la chicorée (Mikilou) développé avec l’Institut Pasteur de Lille et s’est associé en août 2005 avec la société lyonnaise Birdy Nam Nam pour lancer une glace à la chicorée à la marque Leroux que fabrique la société La Charlotte à Boulogne-sur-Mer.
« On s’inscrit là dans une nouvelle dynamique de promotion de nos produits », souligne Olivier Hermand.