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Diagnostic Les 10 caractéristiques de la faim dans le monde

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La géographie de la faim se recentre. Tandis que l’Asie du Sud-Est parvient à surmonter, peu à peu, à la faveur de la croissance, ses handicaps, l’Afrique reste dans un état très grave. Dans son rapport, la FAO décrit les grandes lignes de cette géographie tout en préconisant ses remèdes à la lumière de son expérience. Dix enseignements peuvent être tirés.

Le nombre de mal nourris a diminué
Par rapport à un milliard de personnes sous-alimentées dans les années quatre-vingt-dix, les 868 millions considérées comme mal nourris aujourd’hui constituent une baisse indéniable. Le pourcentage d’affamés est passé de 18,% sur la planète à 12,5% aujourd’hui. Cependant, la baisse a été surtout constatée entre 1990 et 2007. Depuis, parallèlement au début de l’époque marquées par la flambée des prix agricoles, le nombre de mal-nourris a cessé de baisser. Le taux a cependant continué à se réduire en raison de l’augmentation de la population en général.
 
L’Afrique, au cœur de la malnutrition
La réduction de la malnutrition est surtout constatée par la Fao dans les régions asiatiques. En Afrique, ce ne fut pas le cas. De 170 millions personnes touchées dans les années quatre-vingt-dix, ce nombre est passé à 234 millions aujourd’hui. Il a également augmenté dans la région du Moyen Orient (de 8 à 21 millions).
 
La malnutrition et ses conséquences sur les besoins fondamentaux
La hausse des prix alimentaires a eu un impact indéniable mais complexe sur l’alimentation. Non seulement elle a pu réduire l’accès général à l’alimentation mais, explique la FAO, elle a pu engendrer un moindre accès à des besoins de base tels que la santé et l’éducation. La qualité de l’alimentation elle-même, dans ce cas, s’est déteriorée.
 
La croissance ne signifie pas toujours une meilleure alimentation
La croissance économique d’un pays ne signifie pas toujours une meilleure alimentation, observe la FAO. Il faut, pour que ce soit le cas, que cette croissance atteigne les classes les plus pauvres, crée des emplois et améliore leur revenu. De plus, il faut que ce surplus de revenu, le cas échéant, incite à acheter plus de nourritures ou de meilleure qualité. Une augmentation de revenus ne conduit pas toujours les populations à acheter des aliments plus riches ou plus sains. Des traditions locales ou des pressions sociales (consommation de riz blanc par exemple) ou publicitaires peuvent les amener à consommer des produits socialement plus valorisants mais pas forcément plus riches. Enfin, les gouvernements locaux doivent investir dans des infrastructures, des services sociaux de santé et des systèmes de régulation de prix. Des augmentations de revenus nationaux issus de l’exploitation d’une matière première (pétrole par exemple) ne sont pas toujours diffusés dans la population.
 
La consommation de calories a augmenté sur toute la planète
Partout dans le monde, entre 1990 et 2010, la consommation énergétique mesurée en kcalories a augmenté (210 kcal par personne et par jour). Cette hausse est beaucoup plus forte dans les pays d’Asie du Sud-Est (260 kcal) que dans l’Afrique Sub-saharienne (moins de 130 kcal). Néanmoins, en poids relatif, la demande d’énergie alimentaire est plus forte pour les revenus les plus faibles que pour les personnes aux revenus plus élevés.
 
Les produits carnés, fruits et légumes, prennent plus d’importance
Au fur et à mesure que le revenu des populations s’élève, celles-ci se portent sur les produits carnés, les fruits et légumes en proportion croissante, aux dépens des céréales et tubercules. Dans tous les pays, les 25% de revenus supérieurs consomment une part fortement décroissante de céréales et une part croissante de produits animaux. En Chine, en particulier, part des produits animaux est passée de 3 % à plus de 20% en cinquante ans.
 
La croissance de l’agriculture est directement responsable d’une baisse de la malnutrition
Le message et la constatation de la FAO sont claires : la croissance agricole d’un pays, et surtout lorsqu’elle se base sur de petites exploitations, a des effets très directs sur la malnutrition dans les pays les plus pauvres. L’organisation estime que les progrès de productivité en agriculture ont été supérieurs de 1,5% chaque année à ceux des autres domaines. « La politique clé, dans les pays les plus pauvres, affirme le rapport de la FAO, est de permettre à l’agriculture de devenir le moteur de la croissance. »
 
La petite exploitation plus efficace
Selon la FAO, la petite exploitation se révèle souvent plus efficace que la grande, par exemple pour des productions légumières vivrières. Celle-ci doit devenir la base du développement agricole des pays les plus pauvres et le rôle de l’Etat est de leur donner des outils leur permettant d’accéder aux marchés : routes, stockages, sécurité juridique des propriétaires, etc. La FAO prend l’exemple de la révolution verte qui avait permis aux exploitants d’être plus compétitifs, de créer des emplois dans des métiers connexes et donc de créer de la valeur localement.
 
L’environnement, fruit de l’agriculture
« Le développement durable ne peut pas être atteint si, auparavant, la faim et la malnutrition ne sont pas éradiquées », affirme la FAO. Cela implique cependant des incitations de la part des Etats aux comportements agricoles écologiques. L’organisation a constaté qu’il existe encore d’énormes marges de progrès pour ces petites exploitations, sur la base d’une agriculture écologiquement intensive.
 
Les femmes, promoteur de la croissance agricole et du bien être alimentaire
L’organisation agricole des Nations Unies constate que dans la plupart des pays pauvres, ce sont les femmes qui sont moteur du développement agricole et surtout de la bonne alimentation. Au Sri Lanka, l’alimentation est bien plus diversifiée lorsqu’elle est prise en charge par les femmes. Dans des pays comme l’Inde ou le Nicaragua, les politiques prônant une meilleure fréquentation des écoles ont des résultats 30% plus importants pour les filles que pour les garçons. Lorsqu’existe une politique de dons alimentaires, il est indispensable de s’assurer que ces dons sont transmis aux femmes, éventuellement contre l’engagement d’aller bénéficier de soins médicaux.

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