Les ministres de l’agriculture de l’UE ont réservé un accueil plutôt favorable aux propositions de la Commission européenne d’augmenter les quotas laitiers de 2% à compter du 1 avril 2008 pour répondre à la croissance de la demande tant dans l’UE que sur les marchés mondiaux. Seule l’Autriche -et accessoirement la France et l’Allemagne- ont émis quelques réticences.
L’évolution favorable du marché des produits laitiers, combinée à la réforme de 2003, a abouti en 2007 à une situation sans précédent depuis l’établissement du système des quotas en 1984, en ce sens qu’aujourd’hui toutes les restitutions à l’exportation sont égales à zéro et qu’il n’y a plus de stocks d’intervention. Les aides à l’écoulement dans l’Union européenne sont également égales à zéro, ce qui était l’objectif de la réforme. Le 1er décembre 2007, la Commission européenne a proposé une augmentation de 2% des quotas de production laitière à compter du 1 er avril 2008. Cette augmentation, soit 2,84 millions de tonnes, serait répartie « équitablement » entre les vingt-sept États membres. La proposition est assortie d’un rapport sur les perspectives dans le secteur laitier européen. Ce rapport montre que la demande de lait a progressé entre 2003 et 2007 et que cette tendance devrait persister entre 2007 et 2014.
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Michel Barnier invite à la prudence
Lors du bref débat le 18 décembre à Bruxelles sur ces propositions, le ministre français, Michel Barnier, a invité ses pairs à une « certaine prudence » car, dit-il, « cette décision ne sera formellement prise qu’en février ou mars 2008 et il faudrait en plus un avis du Parlement européen ». Ces quelques mois, selon lui, devraient être mis à profit pour bien scruter l’état du marché. « J’observe déjà que sur le secteur des matières grasses par exemple se profile une tendance à un retournement du marché », a indiqué le ministre. Il souhaite également que l’on tienne à l’œil ce qui va se passer dans des grandes régions productrices de lait du monde comme l’Océanie (Nouvelle-Zélande en particulier) dans les semaines et mois qui viennent. « Il faut faire attention aujourd’hui qu’en encourageant beaucoup plus la production de ne pas prendre des décisions qu’on regretterait plus tard si les marchés venaient à se stabiliser ou à se retourner », a averti Michel Barnier. Il se dit « très attentif » par rapport non seulement aux propositions d’augmenter les quotas –la France n’a pas de problème à ce sujet car pour elle la question est plutôt de remplir son quota – mais aussi à la décision de leur démantèlement futur sur lequel il émet les mêmes réserves et les mêmes prudences. « Parce que je veux préserver le bon équilibre de l’économie laitière sur un territoire comme la France ». Si les quotas sont sans doute une contrainte en termes de capacités de production, « c’est aussi un avantage en ce sens qu’ils fixent la production du lait et sa transformation dans les régions et territoires qui en ont besoin en évitant une concentration massive de la production et de la transformation dans quelques régions seulement ». Car on sait bien, dit-il, « que dans certaines régions on ne peut pas faire autre chose que du lait » (le ministre pense sans aucun doute à sa Savoie natale…). « Ne comptez pas sur moi pour participer – à la faveur de cette libéralisation des quotas de production laitière – au déménagement de l’économie laitière française », a-t-il insisté. Il faut, selon lui, trouver d’autres moyens et « je reste assez ouvert comme l’ensemble des responsables de la filière du lait car on doit trouver à travers la contractualisation d’autres méthodes pour préserver l’équilibre d’un bon aménagement de l’économie laitière européenne et française en particulier », a conclu le ministre.