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Les achats d’aliments du bétail bondissent, la logistique se tend

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Alors que les achats d’aliments du bétail ont bondi d’environ 30 % ces derniers jours, les fabricants d’alimentation animale alertent sur des dysfonctionnements dans la chaîne logistique. Un sujet qui affecte toutes les industries agroalimentaires.

Ces derniers jours, les fabricants d’alimentation animale font face à une « forte hausse de la demande » de la part des éleveurs, indique François Cholat, président du Snia (industriels), à Agra Presse le 18 mars. Une augmentation d’environ 30 % qui concerne toutes les espèces, selon lui. « Nous avions anticipé en rechargeant nos usines en matières premières », précise M. Cholat. D’après le Snia, cette hausse n’est pas appelée à durer, en raison de la mise à l’herbe des bovins, qui a commencé, mais aussi car « les capacités de réception de nos clients ne sont pas extensibles ».

Pour les industriels de l’alimentation animale, « les transports, c’est le point crucial aujourd’hui », martèle François Cholat, président du Snia (industriels). Même si, « globalement, il n’y a pas de gros problème d’approvisionnement », les mesures sanitaires liées au coronavirus provoquent des difficultés logistiques de deux ordres. Premier problème, « on manque de chauffeurs », constate-t-il, entre ceux qui sont tombés malades, ceux qui restent à la maison pour garder leurs enfants et ceux qui ont fait valoir leur droit de retrait. Face à cette situation, le Snia demande de « ramener de la souplesse dans les transports », et notamment de « pouvoir faire partir des camions le samedi soir et le dimanche ».

Vers un surcoût du transport de 25 %

Deuxième difficulté : « Un surcoût important se profile », prévient M. Cholat. « Les transporteurs qui nous livrent nos matières premières ont du mal à trouver du fret pour leur voyage retour », constate-t-il, car « beaucoup d’autres secteurs économiques tournent au ralenti, voire sont à l’arrêt. » Une situation qui pourrait provoquer des surcoûts moyens de 25 % environ, d’après le Snia.

Les fabricants d’aliments du bétail dépendent des transporteurs pour recevoir leurs matières premières pour recevoir leurs matières premières, mais aussi pour livrer leurs produits à leurs clients éleveurs. Une activité souvent confiée à des prestataires : « Dans mon entreprise, 100 % des transports sont externalisés, explique François Cholat. C’est le cas dans beaucoup d’autres entreprises en alimentation animale. »

De son côté, le président de l’association de l’Association des industries alimentaires (Ania) Richard Girardot, prévient aussi sur des tensions dans la chaîne logistique, rappelant qu'« en temps de guerre, sans logistique une armée n’est rien. » « J’appelle à trouver des solutions rapidement pour sécuriser le transport des marchandises, c’est-à-dire le travail en particulier des chauffeurs, métiers déjà en forte tension », déclare-t-il dans un communiqué. S’il n’y a « pas d’alerte spécifique sur l’absentéisme », qui oscille autour de 5 % selon Alexis Degouy, délégué général de l’Union TLF (Transport et logistique de France), il y a bien « quelques dysfonctionnements » dans la chaîne logistique, rapporte-t-il à l’AFP.

Permettre aux camions de rouler et rassurer les chauffeurs

« J’ai eu écho de transporteurs qui hésitaient à lancer des camions d’aliments, mais aussi d’engrais, de semences », rapporte Christiane Lambert, présidente de la FNSEA à Agra Presse. Ils n’ont pas tous entendu que l’agriculture est une priorité. » Permettre aux camions de rouler et rassurer les chauffeurs, ce sujet était à l’ordre du jour d’au moins deux réunions de la chaîne alimentaire avec le gouvernement, les 18 et 19 mars. « Il est rappelé que le secteur du transport de marchandises, toutes activités confondues […] restent en activité pour assurer la continuité de l’activité économique et des industries de notre pays », insistent dans un communiqué les ministres de l’Agriculture, de la Transition écologique et des Transports.

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Le gouvernement indique avoir pris des mesures pour « permettre aux collaborateurs de se rendre sur le lieu de travail ou de production » et « maintenir ouverts de façon dérogatoire les commerces ou services indispensables à la chaîne logistique », comme les stations-service et les garages pour poids lourds. Enfin, « un décret paraîtra prochainement pour préciser les mesures de protection sanitaire des opérateurs de la chaîne logistique », annoncent les ministres dans le communiqué. Un point crucial pour rassurer les chauffeurs et les entreprises.

« On manque de chauffeurs »

« En temps de guerre, sans logistique une armée n’est rien »


 

Les vétérinaires appelés à se concentrer sur les actes urgents (Conseil de l’ordre)

Dans un message vidéo diffusé le 17 mars, Jacques Guérin, président du Conseil national de l’Ordre des vétérinaires, appelle les praticiens à « réduire drastiquement [leurs] déplacements et [leur] activité professionnelle » pour cause de coronavirus. Avant de prendre en charge la demande d’un client, les professionnels doivent désormais « apprécier si la demande peut être différée », préconise l’Ordre des vétérinaires. Dans un communiqué du 15 mars, le Conseil national a distingué les actes pouvant être différés et ceux ne pouvant pas attendre, car en lien avec un risque sanitaire, un impact économique élevé ou le bien-être animal. Dans le détail, les actes prioritaires en élevages sont les « interventions chirurgicales et médicales d’urgence (obstétrique, déplacement de caillette, etc.) », les « soins aux animaux malades », les prophylaxies « uniquement pour les animaux qui vont être mis au pré pendant la période », ainsi que les visites d’achat « au regard de la notion de vice rédhibitoire ». Les vaccinations sont aussi considérées comme prioritaires, mais uniquement « dans les zones où une maladie sévit de façon endémique » ou pour les protocoles en cours liés à des maladies réglementées (FCO par exemple).