Le ministère de l’Agriculture souhaite laisser aux régions une grande latitude pour organiser le futur réseau d’épidémio-surveillance, dans le respect du cadre qu’il a imposé. Un choix que les professionnels saluent, mais qui ne facilite pas la mise en place de ce réseau. « Jouer collectif » ne s’avère pas facile, comme l’ont montré les discussions lors du colloque organisé par la Fédération nationale de lutte contre les organismes nuisibles (FNLON) le 16 décembre à Paris.
En route depuis 2007, la structuration du futur réseau d’épidémio-surveillance du végétal avance à pas comptés. Plusieurs étapes ont été franchies : le plan Ecophyto 2018 en fait un axe prioritaire dans le cadre de la réduction des usages de pesticides d’ici à 10 ans, les deux inspecteurs en charge d’un rapport sur le sujet ont rendu leurs conclusions fin juin, et le ministère a rendu publique cet automne l’architecture du futur réseau. Ses grandes lignes peuvent se résumer ainsi : le pilotage du comité régional en charge de la rédaction un bulletin de santé du végétal sera assuré par la chambre d’agriculture régionale, la direction régionale de l’alimentation et de l’agriculture contrôlera le dispositif, un animateur filière désigné par le comité régional coordonnera le réseau d’observation, des bases de données régionales consolidables au niveau national devront être mises en place.
Pas de redondances, une fragmentation
Une structuration qui laisse de la place à « la subsidiarité au niveau du territoire », essentielle pour Fabrice Marty, chef du service prévention des risques sanitaires de la production primaire à la DGAL (Direction générale de l’alimentation), qui s’exprimait lors du colloque organisé par la FNLON (Fédération nationale de lutte contre les organismes nuisibles), le 16 décembre à Paris. « Ce qui est important, c’est que tout ne soit pas piloté au niveau de l’administration centrale », a-t-il insisté. Une orientation saluée par l’ensemble des acteurs. « Oui, on peut jouer collectif », a affirmé Didier Marteau, membre du bureau de l’Assemblée permanente des chambres d’agriculture, comme Denis Onfroy, président de la FNLON. Pour Philippe Lucas, directeur de recherche à l’Inra de Rennes, il n’y a pas aujourd’hui de « redondances » entre les différentes structures qui collectent des informations sanitaires, mais une « fragmentation ». « L’enjeu de demain sera que l’on arrive à un dispositif plus organisé », a-t-il souligné.
Rivalités en région
Reste que la mise en musique n’est pas simple. La participation des organismes économiques au dispositif est loin d’être évidente, alors que ce sont probablement eux qui, en pratique, ont le plus vaste réseau d’observateurs sur le terrain. En région, les rivalités entre Fredon (Fédérations régionales de défense contre les organismes nuisibles) et chambre d’agriculture émergent de-ci de-là. Vice-présidente de la Fredon Midi-Pyrénées, Marie-Thérèse Lacourt a vivement dénoncé le 16 décembre « les chambres d’agriculture qui, dans certaines régions, se trouvent de nouvelles compétences ». « Au lieu d’un travail collectif, nous nous retrouvons plus sur de la concurrence », a-t-elle expliqué. La FNLON semble vouloir conforter sa place dans le dispositif, et ne veut pas se limiter à un rôle de délégataire de services publics. Comme Denis Onfroy l’a souligné, « nous disposons d’une base nationale toutes filières et toutes cultures que nous sommes prêts à proposer aux collectifs régionaux ». Mais d’autres interlocuteurs ont aussi ce genre d’outils. Difficile de dire comment ils vont s’articuler.
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Phase de transition
Si pour, Pascal Ferey, vice-président de la FNSEA, les choses se passent « bien » pour l’instant, en cas de problème, « la FNSEA avec le ministère fera rentrer tout le monde dans le rang ».
Un dossier porté par la FNLON et approuvé par le Cas-dar va réunir tous les acteurs dans les premiers mois de l’année prochaine : la définition du protocole de recueil des informations. Il permettra de mesurer l’aptitude des uns et des autres à travailler conjointement sur ce sujet.
En attendant plus de clarification, « nous sommes dans une phase de transition », a rappelé Fabrice Marty. En 2009, ce sont les services de la protection des végétaux, en collaboration avec les chambres d’agriculture et les Fredon, qui devront assurer « le tuilage » des avertissements pour les agriculteurs.