Environ un millier d’agriculteurs bio ont manifesté à Paris le 6 février, place Vauban, tout près du ministère de l’Agriculture. Ils revendiquent la mise en place d’une « rémunération de reconnaissance » comme cela existe dans la plupart des pays de l’Union européenne. La proposition du ministère de l’Agriculture d’un crédit d’impôt est jugée comme allant dans le bon sens, même si ce n’est pas suffisant.
C’était la première fois, le 6 avril, que les agriculteurs biologiques organisaient une manifestation à Paris. Et ils sont venus en masse puisqu’un millier d’exploitation étaient représentée, soit 10 % de l’ensemble des agriculteurs bio. « Nous demandons à ce que les pouvoirs publics prennent des mesures de soutien en faveur de l’agriculture biologique, a insisté le président de la Fnab, Fédération nationale d’agriculture biologique. Nous n’avons eu aucune mesure nouvelle depuis 2002, d’où une baisse de la production, alors que la demande des consommateurs est en constante hausse ».
La Fnab dénonce le fait que l’agriculture biologique soit nettement moins aidée financièrement que l’agriculture conventionnelle : à système d’exploitation équivalent, les écarts sont de - 5 à
- 50 % selon les productions, la production laitière étant la plus pénalisée, notamment par le fait que les éleveurs bio produisent surtout des prairies temporaires non aidées plutôt que du maïs fourrage.
Une « rémunération de reconnaissance »
Les agriculteurs biologiques revendiquent un rééquilibrage des aides, dans le cadre de la nouvelle Pac. Ils revendiquent surtout la mise en place en France d’une « rémunération de reconnaissance » de l’agriculture biologique, comme c’est déjà le cas dans la plupart des Etats membres de l’Union européenne (à 15) dans le cadre des aides au développement rural. Les budgets existent. Pour les agriculteurs bio, ce soutien est fondamentalement justifié car l’agriculture bio emploie davantage de main d’œuvre que l’agriculture conventionnelle, et elle réduit les impacts sur l’environnement : elle apporte donc un bénéfice pour l’ensemble de la société. « Votre combat est juste, a lancé Corinne Lepage, présidente de Cap 21. On subventionne la pollution et on gêne les gens qui travaillent pour l’intérêt général, ce qui est scandaleux».
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Un crédit d’impôt de 2 000 euros : un bon début
Une délégation a été reçue au ministère de l’Agriculture. Le ministère a proposé un crédit d’impôt de 2 000 euros par exploitation, dans le cadre de la loi d’orientation agricole. Le ministère de l’Agriculture précise dans un communiqué que la proposition consiste à attribuer un crédit d’impôt aux exploitants pratiquant l’agriculture biologique lorsque les recettes issues de cette activité représentent au moins 40 % de l’ensemble de leurs recettes agricoles. Le coût de cette disposition fiscale est estimé à 18 millions d’euros en 2006. « Même si cette mesure va dans le bon sens, elle n’est pas suffisante et ne répond que partiellement à notre demande d’une application de la Pac plus équitable, et d’une rémunération de reconnaissance pérenne pour les bénéfices sociaux et environnementaux dont profite l’ensemble de la société », réagit la Fnab. « A l’heure où la MSA s’inquiète de la santé des agriculteurs et où l’incidence des pesticides dans l’eau et l’alimentation sur l’augmentation de certains cancers est jugée crédible par les scientifiques, l’agriculture chimique et polluante a encore de beaux jours en France », continue la Fnab, qui annonce qu’elle va initier d’autres actions en régions.
Non à une remise en cause des règles de production
« De plus, le ministère nous répète sans cesse que si l’agriculture bio française a des difficultés, c’est parce que nos règles de production sont trop strictes et doivent se limiter au socle commun de l’Union européenne. C’est inacceptable pour nous car ce serait décrédibiliser notre production», a expliqué Yves Jean, président d’Agribio 35 et Interbio Bretagne, la Bretagne s’étant déplacée en masse à cette manifestation puisque 150 exploitations étaient représentées.
Pour l’heure, la région Ile-de-France a annoncé qu’elle avait l’intention de se substituer à l’Etat pour créer une aide régionale au maintien de l’agriculture biologique, avec un cofinancement de Bruxelles. Elle serait alors la première. Peut-être sera-t-elle suivie par d’autres ?