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Alimentation animale Les agriculteurs confirment leur leadership

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Le monde agricole reprend la main sur le secteur de l’alimentation animale. Déjà initié depuis 1998, ce mouvement vient de s’accélerer après la reprise des sociétés commerciales Glon et Evialis respectivement par la société financière Sofiprotéol et le groupe coopératif In Vivo. Avec le rachat récent du géant mondial Provimi, le secteur de l’alimentation animale semble connaître un regain d’intérêt pour les investisseurs. Mais davantage pour s’implanter à l’international que pour se développer en France, semble-t-il.

Surprise, le 13 avril dans le secteur de l’alimentation animale : In Vivo annonce qu’il va acheter 38,49 % du groupe privé Evialis. L’union de coopératives agricoles achète ainsi, pour 35 millions d’euros, la part détenue jusqu’à présent par BNP Paribas avant de lancer une OPA sur l’ensemble du capital à raison de 35,04 euros par action. Cette offre sera soumise à l’approbation de l’Autorité des marchés financiers (AMF) et de la direction de la concurrence. Cet événement fait suite à une série d’opérations dans l’alimentation animale depuis le début de 2007. Après le géant mondial Provimi fin janvier, c’est au tour de Glon en mars puis d’Evialis aujourd’hui. Provimi, coté à la Bourse de Paris, qui réalise 9 % de son chiffre d’affaires en France sur une activité mondiale de 1,823 milliard d’euros, est essentiellement présent dans l’Hexagone en pré-mix, via les sociétés, Centralys, Néolait et Celtic. Mais pour ce groupe dont le siège social se situe aux Pays-Bas, le cas est un peu différent des deux derniers. Il s’agit là d’un rachat d’actions, correspondant à 74,05 % du capital, entre les fonds d’investissements gérés par PAI et CVC Partners d’une part et le britannique Permira Advisers d’autre part.

Baisse de la production depuis 2001

La reprise par le secteur agricole des sociétés Glon et Evialis, spécialistes des aliments composés, reflète un mouvement de fond qui s’est particulièrement confirmé ces dernières années. Depuis 1998, la production d’aliments composés par les entreprises à capitaux coopératifs a progressivement dépassé celle du secteur commercial. Selon Coop de France - Nutrition animale, cette part s’élevait en 2006 à 62 % pour le secteur coopératif, contre 38 % pour le privé, alors que cette proportion était encore à 50/50 en 1997 ! Comment expliquer ce phénomène ? «Jusqu’en 2001, nous étions sur un marché en croissance, puis on a assisté à un tassement et à une restructuration lente des opérateurs», explique Jacques Poulet, directeur du Syndicat national des industriels de la nutrition animale (Snia). Après avoir culminé à 23,3 millions de tonnes en 2001, la production française d’aliments composés décroît. En 2004, elle était de 21,804 millions de tonnes, puis de 21,484 millions en 2005 (-2,4%) et de 20,304 millions en 2006 (-2%). Preuve d’une restructuration importante dans le secteur, le nombre d’usines a littéralement fondu entre 1996 et 2006, passant de 416 à 310 !

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Hausse des cours et baisses des marges

Du côté de Coop de France - Nutrition animale, on estime que les différentes crises successives dans les productions animales (vache folle, poulet à la dioxine, grippe aviaire) ont mis à mal la rentabilité de la filière et fait fuir progressivement les capitaux privés. Pour Jean Myotte, directeur général du groupe Union In Vivo, repreneur d’Evialis, «le recul du secteur privé a surtout été lié à des problèmes de succession à la tête d’entreprises depuis plusieurs années». Confronté à ce problème, Glon a ainsi trouvé la parade en vendant la majorité de son capital familial à la société financière Sofiprotéol. Ajouté à cela, la hausse récente du cours des matières premières a fait plonger les marges du secteur privé, qui, contrairement aux coopératives, n’ont pu se rattraper sur les bénéfices liées à la vente des céréales. C’est le cas d’Evialis qui a vu son résultat net s’effondrer de 50 %, passant de 7,9 millions d’euros à 3,9 millions en 2006. La nouvelle de sa reprise soudaine par In Vivo a semble-t-il surpris beaucoup de monde, y compris chez les professionnels du secteur. «Nous sommes surpris de voir que nos fournisseurs vont devenir nos propres concurrents», confie Jean-François Rouxel, directeur de la branche nutrition animale du groupe Cooperl.

Secteur d’avenir

« L’alimentation animale est un secteur d’avenir tant en France qu’à l’international », estime Jean Myotte. «L’arrivée de nouveaux investisseurs est peut-être aussi un signe prometteur», estime Jean-François Rouxel. Certes, mais plus à l’international qu’en France, car le marché intérieur apparaît aujourd’hui comme réellement saturé. Récemment encore, le p.-d.g. d’Evialis reconnaissait que la France souffrait de « surcapacités de production » dans le secteur, précisant qu’il n’y aurait « pas de nouvelle fermeture d’usine chez Evialis, avant d’avoir rationalisé les marques existantes ». Jean Myotte insiste d’ailleurs sur les «complémentarités à l’international entre Evialis et Inzo (ndlr : branche pré-mix) d’In Vivo». «Ils sont très présents là où on l’est moins, et nous le sommes dans des pays où ils n’ont pas encore investi», souligne-t-il. « Nous avons deux lignes directrices en commun, une recherche et développement puissante et une stratégie d’internationalisation forte », ajoute-t-il. Cette reprise en main du secteur de l’alimentation animale par les agriculteurs permet de dégager des synergies évidentes entre la commercialisation des matières premières et la transformation en aliments, que seul pouvait véritablement assumer le secteur agricole. Mais elle montre également une nouvelle fois que les outils économiques et industriels du monde agricole savent aussi se positionner en force compétitive au niveau européen et international.