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Investissements agricoles Les agriculteurs reviennent à la prudence

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À entendre les constructeurs et distributeurs de machines agricoles, l’année 2008 a été exceptionnelle. Rien de moins qu’une hausse des ventes de 22%. Mais tous s’attendent à une année 2009 plus difficile qui devrait revenir à un niveau proche de celui de 2007. Dans le contexte de crise financière internationale et de baisse des cours des matières premières, les agriculteurs vont se montrer prudents. Ce sont surtout les producteurs de grandes cultures, portés par le cours des céréales, qui avaient tiré le marché l’an dernier. Mais ces résultats spectaculaires masquent les difficultés du secteur de l’élevage où les filières bovines (viande), ovines, porcines et avicoles ont fortement freiné leurs dépenses en matériel. La décision française de redistribuer une partie des aides de la PAC des céréaliers aux éleveurs a peut-être quelque peu rebattu les cartes mais ces filières devraient encore limiter les investissements en 2009.

«Après une année 2008 exceptionnelle, 2009 s’annonce comme un retour à la normale ». Voilà le message qu’ont fait passer les responsables de la filière des agroéquipements (constructeurs, importateurs et distributeurs) lors d’une conférence de presse mardi 7 avril. L’année dernière, le marché français des agroéquipements a enregistré une hausse spectaculaire de 21,6% pour un chiffre d’affaires de 4,85 milliards d’euros. 2009 s’annonce d’ores et déjà en retrait par rapport à ces résultats records et devrait se rapprocher d’une année plus « normale » comme 2007 avec environ 4 milliards d’euros de chiffres d’affaires. Les agriculteurs reviennent à la prudence.

Retrouver le niveau de 2007

« 70 % des concessionnaires estiment que la chute n’atteindra pas 15%, le marché en 2009 retrouverait donc le niveau plus raisonnable de 2007. C’est un retour normal sur les tendances euphoriques de 2008 », a indiqué le nouveau président du Sedima (Syndicat national des entreprises de service et distribution du machinisme agricole), Alain Dousset, se basant sur une enquête réalisée auprès des membres de son syndicat. Même constat du côté des constructeurs. D’après une enquête similaire menée par l’Axema (Union des industriels de l’agroéquipement) auprès de ses adhérents, deux constructeurs sur trois prévoient même une année 2009 meilleure que 2007. La crise internationale n’aurait donc pas, sur l’agriculture, des effets aussi importants que dans les autres secteurs d’activité. « Nous sommes dans un secteur protégé » a déclaré, confiant, Gérard Leprince, vice-président de l’Axema. Selon lui, « l’agriculture est au cœur des grands défis du futur : l’alimentation, l’environnement et l’énergie », elle peut donc préparer sereinement l’avenir.

Les investissements continuent

Certes, l’activité du début 2009 est soutenue par les retards de livraisons résultant de commandes passées en 2008, mais les agriculteurs continuent aussi de passer des commandes en raison du nécessaire renouvellement de leur matériel, lié à la modernisation ou l’agrandissement de certaines exploitations. Les agriculteurs ne semblent donc pas avoir arrêté leurs investissements malgré la baisse du cours des matières premières. L’année dernière, le marché a été tiré par les ventes de matériels pour les grandes cultures. En 2009, c’est leur baisse qui sera la principale cause du retournement de situation. Dans les autres filières, les investissements des producteurs devraient en effet rester sur leur tendance de 2008. Voici quelles sont ces tendances sectorielles, des plus optimistes aux plus pénalisés.

Lait : un secteur qui devrait poursuivre ses investissements

Les constructeurs se montrent notamment optimistes en ce qui concerne la production laitière. Malgré la baisse du prix du lait, ils fondent leurs espoirs sur l’engouement pour la robotisation de la traite et sur l’augmentation de 23% des revenus des éleveurs en 2008. Ceux-ci devraient en profiter pour investir. D’autant que d’après l’Axema, la conjoncture n’est pas si mauvaise puisque même si le prix du lait est en baisse, les charges d’exploitation le sont aussi. Des investissements records en matériels de laiterie ont été enregistrés en 2008. Après un coup de frein en fin d’année, les constructeurs voient, depuis 2009, une reprise des demandes de devis en installation de bâtiments.

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Grandes cultures : retour au calme

Alors que sévit la crise financière mondiale et que les cours des céréales ont chuté depuis la fin de l’été 2008, les agriculteurs ont acheté leurs intrants au prix fort au moment où le prix pétrole était encore cher. A cela s’ajoute la redistribution des aides de la PAC en faveur de l’élevage. Selon la filière agroéquipement, cet événement a « provoqué un choc psychologique négatif chez les producteurs en grandes cultures qui les poussent à différer les décisions d’investissement ». « On observe un fort attentisme dans l’espoir d’une éventuelle hausse des cours des céréales », soulignent les professionnels. Reste que les ventes de moissonneuses-batteuses qui avaient bondi de 36% en 2008 ne devraient baisser que de 12% en 2009. Pour les tracteurs standards, la baisse ne devrait pas dépasser les 10%. Les constructeurs comptent également sur la loi rendant obligatoire depuis le 1er janvier le contrôle des pulvérisateurs (tous les 5 ans) pour inciter les producteurs à renouveler leurs équipements.

Viande et vin : les investissements continuent de chuter

Les ventes d’équipements pour l’élevage à viande, que ce soit le matériel de fenaison, les presses à balles ou les aménagements de bâtiments, ne devraient pas se redresser cette année. Pour la filière agroéquipements, la redistribution des aides de la Pac en direction de l’élevage à l’herbe ne devrait pas permettre de compenser les dégâts causés par l’épidémie de fièvre catarrhale ovine chez les ruminants. L’enquête menée au premier trimestre 2009 par le Sedima montre que dans les régions d’élevage à viande, un concessionnaire sur deux prévoit une baisse supérieure à 25% de ses ventes de matériels de fenaison contre un sur quatre sur l’ensemble du territoire. Dans l’élevage hors-sol non plus les éleveurs n’investissent pas. Pourtant, que ce soit en aviculture ou en porc, les bâtiments nécessitent des mises aux normes. Les fabricants d’équipements pour élevage porcin prévoient une baisse de l’ordre de 10 % de leurs ventes.

Mais s’il y a un secteur qui préoccupe particulièrement les professionnels c’est celui des équipements de caves vinicoles. Les ventes sont en baisse de 15 à 25 % selon le matériel depuis le début de l’année. La faute au plan d’aide à l’adaptation des caves annoncé par Bruxelles dans le cadre de l’OCM vin qui tarde à être lancé. « Il y a un gel des investissements, dans l’attente de ce plan, depuis plusieurs mois, qui risque de mettre en difficulté les constructeurs les plus fragiles », s’est inquiété Jean-Pierre Bernheim, le président de l’Axema. De manière générale, les difficultés que connaît la filière viticole ne favorisent pas les investissements. Même la Champagne a connu une baisse importante de ses exportations en 2008. Le marché des tracteurs étroits devrait donc encore rester modeste cette année, même si une hausse de 7 % est prévue par les constructeurs pour renouveler un parc vieillissant. Les ventes de tracteurs enjambeurs qui avaient déjà diminué de 9% l’an dernier pourraient continuer sur cette pente en 2009.

Les stocks en hausse chez les distributeurs vont faire baisser les prix

La baisse du chiffre d’affaires de l’agroéquipement devrait être limitée par la hausse du prix moyen de vente des machines. Elles sont, chaque année, de plus en plus puissantes et évoluées. La puissance moyenne des tracteurs est passée de 107 chevaux en 1999 à 133 chevaux en 2008 soit une augmentation moyenne de 3 chevaux par an. « Pour les distributeurs, les retards de livraisons entraînent l’arrivée en masse de matériels d’occasion chez les concessionnaires à un moment où les conditions de ventes sont moins favorables », explique Alain Dousset. 61% des points de ventes connaissent ces derniers mois un accroissement des volumes et valeurs de leurs stocks de matériels d’occasion. Bonne nouvelle pour les exploitants agricoles qui devraient voir le prix moyen des équipements – à puissance comparable – diminuer en cours d’année.