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Temps libre Les agriculteurs sont partis en vacances durant les longs week-ends de mai

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Les services de remplacement ont été particulièrement sollicités en mai et avril par les exploitants agricoles désireux de partir en congés. La demande a pratiquement doublé en un an durant ces deux mois et vient confirmer la demande des agriculteurs, de s’apparenter à des citoyens comme les autres.

Les agriculteurs partent de plus en plus vacances mais profitent aussi désormais de quelques longs week-ends pour se détendre. Dans le seul département du Maine-et-Loire qui suit significativement la trajectoire nationale, indique le directeur général du service de remplacement, Franck Laur, les demandes de remplacement pour « vacances et temps libre » ont pratiquement doublé entre 2011 et 2012 durant les mois d’avril et de mai : en mai, particulièrement riche en week-ends prolongés cette année, ce sont ainsi 258 jours de remplacement qui ont été comptabilisés contre 144 l’année dernière. Même tendance en avril : les agriculteurs du département ont pris au total 221 jours de vacances contre 164 en avril 2011. Ce qui vient confirmer plus largement la donne au niveau national : d’après une étude commanditée par le ministère de l’Agriculture et publiée en avril 2010, la proportion de paysans qui sont partis en vacances est passée de 24 à 38%, entre 1994 et 2004 (contre 65% des Français). Le service de remplacement a de son côté enregistré une hausse de 7% des besoins en remplacement pour temps libre, de 2010 à 2011. Le président des Jeunes agriculteurs, François Thabuis, l’a affirmé le 6 juin, lors du congrès du syndicat à Pontarlier : « Nous réclamons en matière sociale une cohérence avec nos concitoyens de notre génération ». Une cohérence sur le revenu mais aussi sur les vacances qui bénéficient notamment à leur conjointe, qui travaillent de plus en plus à l’extérieur de l’exploitation.

Faire confiance

Pour les agriculteurs, les vacances ne seraient donc plus tabou, ni totem. « En réalité, on évite d’en parler », explique Nicolas Fischer, le président du service de remplacement. À 35 ans, cet éleveur laitier du Loiret, ancien vice-président des Jeunes agriculteurs (son mandat a pris fin la semaine dernière) prend environ 15 jours de vacances par an. « Je ne suis pas issu du monde agricole, ce qui, je pense, facilite ma démarche ». Un complexe cependant à moitié surmonté : en majorité, les agriculteurs et d’autant plus les éleveurs laitiers n’excèdent pas ces fameux 15 jours de vacances, alors que les artisans, commerçants et chefs d’entreprise partent pour 20 jours en moyenne. La matière n’est pas non plus la même. Difficile de laisser derrière soi un troupeau. Ce sont surtout les plus jeunes et ceux dont les parents n’étaient pas agriculteurs qui parviennent le plus à se l’autoriser. « Pour les exploitants installés dans le cadre familial, la situation n’a pas beaucoup changé », explique Nicolas Fischer qui lui-même, salarié au sein du service de remplacement pendant deux ans avant de s’installer, parvient à faire plus facilement confiance que ses confrères, souvent rétifs à l’idée de laisser la responsabilité de leur exploitation à des jeunes peu expérimentés. « Ils sont de mieux en mieux formés. Le service s’est professionnalisé depuis ses débuts ». Il compte aujourd’hui 12 000 agents de remplacement en France, dont 2 400 salariés en CDI.

Fin du crédit d’impôt en décembre 2012

Instauré en 1991, ce service a réellement permis de faire évoluer les mentalités, d’autant plus avec la mesure de défiscalisation en place depuis 2006 – une prise en charge à hauteur de 50 % du coût occasionné (sur 14 jours maximum) : auparavant, le service totalisait 90 000 journées de remplacement sur l’année ; en 2011, le nombre de jours a été évalué à 165 000. Vingt mille exploitants agricoles ont pu bénéficier du dispositif en 2011.
Rappelons que les exploitants peuvent également demander à se faire remplacer dans le cas de maladie, d’accident ou de décès (première cause de remplacement, alors que les vacances arrivent en second), de congé maternité et paternité et de formation professionnelle. Autant d’arguments pour que les pouvoirs publics accordent la reconduite du crédit d’impôt qui s’arrêtera fin 2012.