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Les agriculteurs soulagés, les écologistes déçus

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La FNSEA et les JA soulagés par la suspension de l’écotaxe
La suspension de l’application de l’écotaxe poids lourd, annoncée par le Premier ministre Jean-Marc Ayrault le 29 octobre a soulagé les agriculteurs représentés par la FNSEA et les Jeunes agriculteurs. Le président de la FNSEA, Xavier Beulin a estimé avoir « été entendu. Nous demandions un ajournement, et non pas une suppression », a déclaré le président de la FNSEA. Pour lui, ce report se justifie par un environnement économique et conjoncturel « extrêmement difficile » pour le secteur agricole et agroalimentaire. À cela s’ajoute, selon lui, « une vraie difficulté d’application » de ce dispositif car « il pourrait conduire au paiement de la taxe cinq ou six fois durant le cycle de production d’un même produit. » Cependant, « nous sommes conscients qu’il y a besoin aujourd’hui d’avoir quelques ressources pour l’entretien des réseaux routiers et pour développer des modes de transport alternatifs, mais rediscutons sur le fond du dispositif », estime Xavier Beulin qui demande à faire partie du nouveau « round » de discussion sur le sujet. Dans un communiqué commun, les deux organisations considèrent que « ce premier pas du gouvernement devrait permettre de reprendre le dialogue et de réunir l’ensemble des acteurs concernés autour de la table. »

Guy Vasseur : « Une taxe inappropriée dans le contexte actuel »
Après l’annonce de la suspension de l’écotaxe, le président de l’APCA (Chambres d’agriculture) Guy Vasseur estimait que ce projet « était mal ficelé depuis le départ ». Il posait des problèmes pour toute l’économie et pas seulement la région Bretagne. « Dans le contexte économique actuel, toute idée de taxe n’est pas appropriée et c’est une réaction de bon sens que de l’avoir retirée. » Guy Vasseur estime surtout qu’il n’est « pas tolérable de voir une taxe de cette nature frapper davantage les produits français que les produits importés ». Guy Vasseur en revient surtout à l’idée de départ de la taxe : le financement de l’entretien des routes sans péages. « Il faudra bien trouver une solution », dit-il, s’étonnant que les pouvoirs publics ne semblent plus en mesure d’y faire face.

Les coopératives saluent une décision « sage »
« Bien que cette prise de conscience des pouvoirs publics soit tardive, elle est sage », estime Coop de France. L’organisation des coopératives agricoles « militait depuis des semaines pour l’ajournement de l’application de l’écotaxe au vu de son impact économique sur les filières agricoles et agroalimentaires, mais aussi de sa conception kafkaïenne ». Coop de France est prête à participer à tout dialogue sur le sujet. Pour sa part, la Confédération des coopératives vinicoles de France (CCVF) se félicite de la suspension de la mise en œuvre de l’écotaxe sur l’ensemble du territoire. Pour les caves coopératives, la répercussion par les transporteurs de la charge de l’écotaxe représenterait un surcoût à la fois « à l’entrée » des caves (réception des matières sèches) et « à la sortie » (enlèvement du vin). Pour Interbev (interprofession bétail et viandes), la suspension de la mise en application de l’écotaxe, initialement prévue au 1er janvier 2014, n’est pas suffisante. Dans un communiqué du 29 octobre, elle réitère sa demande aux pouvoirs publics d’exonérer la filière bétail et viande.

Plutôt que l’écotaxe, la Coordination rurale demande de taxer les importations
L’Organisation des producteurs de grains (OPG) de la Coordination rurale « accueille avec soulagement la décision de Jean-Marc Ayrault de suspendre l’écotaxe », dans un communiqué du 29 octobre. Elle en profite pour faire une autre proposition : « Pour permettre à l’État de renflouer ses caisses, sans mettre en péril l’agriculture française, ce sont les produits importés d’origine hors UE, qui déstabilisent nos marchés et nos productions, qu’il faudrait taxer », suggère-t-elle. « Ce sont les importations de soja, de corngluten feed (alimentation animale fabriquée à partir de l’enveloppe des grains de maïs) et d’huile de palme qui doivent être taxées », ce qui serait plus efficace pour permettre le « redéploiement des élevages sur le territoire et le rééquilibrage des grandes cultures entre céréales et protéines végétales », ajoute l’OPG.

La suspension de l’écotaxe vivement critiquée par les écologistes
Tout le monde ne se réjouit pas de la suspension de l’écotaxe. Pour José Bové, « c’est juste minable, c’est une reculade vraiment invraisemblable face à un lobby agro-industriel mené par le président de la FNSEA, Xavier Beulin, et le Medef pour casser une logique économique » qui permettrait des relocalisations d’activités. France Nature Environnement abonde : « L’environnement devient le bouc émissaire des problèmes économiques » des transporteurs et des éleveurs, a regretté son président, Bruno Genty. Pour le porte-parole de la fondation Nicolas Hulot, Matthieu Orphelin, « le gouvernement montre qu’il n’a pas envie de changer de modèle énergétique, de modèle de mobilité, ni de modèle agricole... Le bilan du gouvernement est clairement négatif ». Pascal Durand, secrétaire national d’Europe Ecologie-Les Verts (EELV), estime que la suspension de l’écotaxe ne « résoudra en rien » à la crise en Bretagne. L’ancienne ministre de l’écologie Delphine Batho regrette que l’écologie soit « en train de devenir la victime expiatoire de la crise », ce qui est « dangereux pour l’avenir de la France ». Le Parti communiste, qui estime que le gouvernement mène une « politique à la petite semaine faite d’annonces et de reculades successives », pense que « l’écotaxe ne doit pas être rejetée par principe », mais qu’elle doit être mise en œuvre dans « une réflexion globale sur la transition écologique des territoires ».

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