La filière bio s’inquiète du manque de crédits pour les aides bio à la conversion et au maintien pour la période 2015-2020. Elle a interpellé le ministre de l’Agriculture Stéphane Le Foll, ainsi que les président(e)s de région, le 25 février, pour que tous les agriculteurs qui souhaitent passer au bio bénéficient d’aides.
« Depuis le début de l’année, les questions et les demandes explosent. On est énormément sollicités », témoigne Anne Audouin, coordinatrice agriculture biologique pour la chambre d’agriculture de Bretagne, le 25 février. Ce discours n’est pas propre à la Bretagne. Les demandes d’information sur la conversion semblent se multiplier sur l’ensemble du territoire, même si elles ne sont pas toujours suivies d’une conversion. Pour la seule année 2015, plus de 200 000 hectares supplémentaires sont entrés en première année de conversion, selon l’Agence bio (1). Ces nouvelles surfaces représentent une hausse de 182 % par rapport à 2014. La tendance devrait se maintenir. L’Agence bio ne mâche pas ses mots : « La production bio poursuit son solide développement, entraîné par la hausse de la demande ».
Le coût du succès
En tout cas, suffisamment pour mobiliser la filière, voire l’inquiéter s’agissant des crédits disponibles pour accompagner les nouveaux arrivants. « Les aides à la conversion et au maintien de l’agriculture biologique sont gravement menacées », ont assuré l’APCA (chambres d’agriculture), la Fnab (agriculteurs bio) et le Synabio (transformateurs bio), dans un communiqué commun, le 25 février. Les aides bio sont cofinancées par l’Etat et par le Feader (deuxième pilier de la Pac) géré par les régions. Dans certaines, les aides à la conversion sont épuisées pour la période 2015-2020. Ainsi, 27 M€ ont été consommés dans le Centre. En Midi-Pyrénées, sur les 90 M€ programmés, 88,80 M€ sont déjà dépensés pour répondre aux demandes de conversion. Dans d’autres régions, les estimations montrent qu’il devrait y avoir suffisamment de crédits. Catherine Lerohellec, en charge de l’agriculture bio pour la région Bretagne, explique par exemple qu’au 15 juin dernier, sur les 40 M€ spécialement dédiés au soutien à l’agriculture bio, 11 M€ sont dépensés.
Tensions autour de la « fongibilité »
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Par ailleurs, les inquiétudes sur les aides bio viennent de la fongibilité « entre l’enveloppe dédiée à l’agriculture bio et celle dédiée aux Mesures agro-environnementales et climatiques (MAEC) ». Ce dispositif permet de transférer des fonds d’une enveloppe à l’autre. La filière craint que ce soit le cas pour « rémunérer des pratiques moins vertueuses que l’agriculture bio », dans le cadre de mesures non accessibles aux producteurs bio. « C’est le cas en Bretagne où l’accès à une MAEC système polyculture élevage, par ailleurs plus intéressante que les mesures bio, risque d’être refusé aux producteurs bio pour éviter une surconsommation de l’enveloppe », explique la Fnab. Par ailleurs, l’organisation regrette que dans certaines régions, « les systèmes sans pesticides soient loin d’être les mieux rémunérés ». La filière bio interpelle le ministre de l’Agriculture et les présidents de région pour que « tous les agriculteurs qui souhaitent passer au bio bénéficient des aides. »
En 2015, plus de 200000 hectares sont entrés en conversion bio (Agence bio).
(1) Lire dans ce numéro l’article « Le marché du bio, en hausse, atteint 5,5 mds€ en 2015 »