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Coop de France Les ambitions des coopératives agricoles : être plus fortes et plus proches des agriculteurs

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Concilier la nécessité d’être plus puissantes et plus fortes sur leurs marchés tout en étant plus proches des agriculteurs. Voilà l’équation parfois jugée complexe que les coopératives se sont donné comme défi de résoudre. Une équation dont les éléments ont été abordés à l’occasion du congrès de Coop de France qui s’est tenu à Paris les 15 et 16 novembre. Dans sa conclusion, Philippe Mangin a lancé un véritable appel à ses pairs afin que les structures coopératives travaillent sur leur gouvernance et soient « plus proches des agriculteurs ».

«Dans un contexte peu favorable de réforme de la Pac, notre responsabilité va être grande », a affirmé Philippe Mangin, président de Coop de France le 16 novembre à l’issue du congrès de l’organisation. « Pour cela il faut une bonne gouvernance des coopératives, développant l’attractivité des coop chez les agriculteurs ». « Il nous faut attirer les jeunes, la matière grise et les capitaux, insistait Philippe Mangin. Je lance un appel pour que nous soyons, à cause des crises, beaucoup plus près de nos agriculteurs, notamment pour réussir la contractualisation. »

Devenir leader sur son secteur

Etre plus proche des agriculteurs ne va pas de soi quand il s’agit aussi, pour une coopérative, d’être plus étoffée, d’avoir une taille et une stratégie qui la hissent parmi les leaders de son secteur. Si certaines peuvent conserver une taille moyenne, voire modeste sur des micro-marchés, d’autres doivent grandir. Philippe Mangin a insisté sur le fait que les coopératives françaises, dans un contexte où l’amont (l’agrofourniture) et l’aval (l’agroalimentaire) ne cessent de se concentrer, doivent elles aussi étoffer leur chiffre d’affaires, nouer des alliances entre elles ou avec des structures à l’étranger. Une volonté de croître que Jean-Marc Bournigal, le nouveau directeur de cabinet de Bruno Le Maire, s’est dit prêt à appuyer. L’objectif partagé est « de faire émerger des leaders coopératifs par filière et par région », convenait Jean-Marc Bournigal.

Lever les obstacles au développement

En regrettant vivement – et avec étonnement – l’absence du ministre de l’Agriculture, Philippe Mangin a plaidé avec insistance pour que l’Etat lève dès que possible tous les obstacles au développement des coopératives. Obstacles administratifs, freins à la concentration des exploitations, impossibilité de profiter de la technologie OGM en France, pourtant exploitée depuis plus de vingt ans dans le monde, maintenant sur 134 millions d’hectares, sans risque majeur, insistait Philippe Mangin en suscitant des applaudissements nourris. Autre problème à résoudre, celui de la concurrence jugée déloyale de l’industrie agroalimentaire allemande, renforcée par une main d’œuvre très bon marché venue des pays de l’Est. Tous ces facteurs desservent la compétitivité des coop françaises qui est pourtant un impératif. Pour l’améliorer, explique Philippe Mangin, il faut aussi investir.

« Casser sa tirelire »

« C’est le moment de casser sa tirelire », lance le président des coopératives. C’est le moment aussi de renforcer l’organisation des producteurs, dit-il, expliquant que « l’atomisation de l’offre est un contre-sens économique ». Cette organisation est indispensable face au poids de la grande distribution, et à la stratégie « indigne de certains distributeurs qui refusent toute hausse de prix, et font du pouvoir d’achat du consommateur leur stratégie de communication ». La régulation des marchés devrait apporter une meilleure garantie pour les agriculteurs mais sur ce point, la réforme de la Pac, telle que la Commission la propose, est « encore trop timide, trop floue et pas assez claire ». Philippe Mangin a une appréciation plus positive des contrats producteurs-transformateurs « tel que le propose Bruno Le Maire ». L’objectif, pour les coopératives est de se mobiliser sur ces contrats afin que le maximum d’agents économiques en signent. Le grand problème serait que beaucoup d’entreprises et d’agricultures passent « à travers » ces contrats.
Cette urgence économique ne doit pas faire perdre de vue les impératifs écologiques. Reprenant les efforts réalisés par plusieurs coopératives, Philippe Mangin a relativisé la notion de pause environnementale et plaidé pour une agriculture « écologiquement intensive », le seul moyen de répondre à la croissance de la demande tout en respectant les contraintes écologiques. Et puis, cette forme d’agriculture ne devient-elle pas un facteur de compétitivité : faire plus avec moins ?

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