Le Pr Belpomme a présenté le 18 septembre un rapport indépendant très médiatisé réalisé à la demande d’une organisation écologiste et d’élus antillais, inquiets de la contamination de l’environnement par les pesticides et d’une forte incidence des cancers. Ce rapport propose une autre méthodologie pour étudier les éventuelles relations de causes à effet entre pesticides et cancer ainsi qu’un plan pour améliorer la situation. Les autorités sanitaires françaises ont réagi le jour même en rappelant les études menées et les décisions prises pour protéger les populations.
L’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa), la Direction générale de la santé (DGS) et l’Institut national de veille sanitaire (INVS) ont réagi le 18 septembre en rappelant que la situation des Antilles faisait l’objet d’études d’exposition de la population et de contamination des aliments depuis 2002 (le chlordécone a été interdit en 1993). Des recommandations ont été formulées pour l’alimentation, principale voie d’exposition (la contamination de l’eau étant maitrisée lors du retraitement). L’INVS a rappelé qu’« à ce jour, aucun lien n’a été démontré entre l’exposition aux pesticides et les observations sanitaires qui y sont effectuées ».
La situation dans les îles n’a pas été contestée. Le Bulletin d’alerte et de surveillance Antilles-Guyanne (Basag) de juin 2005, publié par l’INVS, note que « l’utilisation d’insecticides et de nématicides de la famille des organochlorés a été intense » aux Antilles, qu’ils sont « chimiquement très stables » et « persistent dans le sol plusieurs dizaines d’années ». « La quasi-totalité des rivières de l’aval des bassins versants est contaminée par le chlordécone (teneurs comprises en 0,2 et 1 microgramme par litre) sans qu’aucune évolution ne se dégage au cours du temps (sur la période 1999/2004) », poursuit le Basag. En termes de santé publique, le chlordécone – pour ne parler que de lui – est classé comme « perturbateur endocrinien », les « effets suspectés » sont « les atteintes à la fertilité masculine, les anomalies du développement intra-utérin et anomalies neurologiques post-natales et des pathologies tumorales hormono-dépendantes ». Quant au cancer, « les données scientifiques concernant le développement des cancers sont extrèmement limitées », regrette le bulletin.
La population très imprégnée par le chlordécone
Le Basag précise encore que « la Guadeloupe présente le taux d’incidence du cancer de la prostate le plus élevé au monde » après les Etats-Unis et que « la Martinique présente un taux d’incidence du même ordre de grandeur ». L’INVS a écrit le 18 septembre dans un communiqué que cette fréquence « peut être expliquée par l’origine ethnique de la population ».
D’autre part, les « issues défavorables de la grossesse » sont plus nombreuses aux Antilles qu’en métropole, de même que les problèmes de prématurité et de petit poids à la naissance, selon le Basag.
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
Le numéro de juillet 2006 établit que « le chlordécone a été détecté dans 90 % des prélèvements de sang maternel et du sang du cordon » (étude Hibiscus menée sur de jeunes mères). Un « pourcentage identique » à celui observé chez les hommes adultes de Guadeloupe et qui « confirme qu’une très forte proportion de la population guadeloupéenne est imprégnée par ce pesticide ».
Des études en cours discutées
Reste à déterminer si les pesticides sont en cause. Pour le Pr Belpomme, le protocole des études en cours ne permettra pas d’établir des preuves. Ce que conteste le Pr Luc Multigner de l’Unité 625 de l’Inserm qui explique utiliser des protocoles d’études épidémiologiques reconnus. Pour le Pr Belpomme, les études sur les causes des cancers doivent porter sur les personnes malades (recherche des polluants dans le sang). Claude Reiss, directeur de chercheur au CNRS, préconise l’utilisation des tests toxicogénomiques – utilisés dans d’autres pays – permettant de connaître de matière précise, rapide et économique les effets des molécules sur les cellules humaines.
Au-delà des études sur la santé, pour remédier à la situation, le Pr Belpomme, en concertation avec des experts, conseille de continuer les mesures de pesticides pour déterminer les zones polluées et les convertir à des cultures non alimentaires, de développer l’agriculture biologique sur les sols non pollués et de réformer les pratiques agricoles. Il souligne la nécessité de sensibiliser la métropole aux problèmes antillais pour obtenir, notamment, un soutien plus significatif.