Réuni en AG le 26 septembre, le Cnaol veut passer à l’offensive pour défendre les fromages au lait cru en mobilisant les pouvoirs publics sur le sujet. Mais l’instabilité gouvernementale, les questions sanitaires et l’attitude différente des industriels compliquent la tâche.
Le Cnaol (AOP laitières) tire la sonnette d’alarme au sujet des fromages au lait cru. À l’occasion de son assemblée générale tenue à Millau (Aveyron), le 26 septembre, le Cnaol a proposé de mettre en place, dès l’automne, une concertation nationale sous l’égide des ministères de l’Agriculture et de la Santé, pour bâtir un plan de sauvegarde du lait cru. Ce plan annoncé vise à « renforcer la recherche scientifique et mieux penser les risques, accompagner économiquement et techniquement les filières, soutenir la formation et la communication auprès des consommateurs et anticiper et gérer collectivement les crises sanitaires. » Ce plan est également soutenu par le FNPL (éleveurs laitiers) et la Fnec (éleveurs de chèvres).
« Nous sommes à un moment charnière. Le lait cru est une richesse collective, mais si rien n’est fait, il risque de disparaître », alerte Hubert Dubien, son président, qui souligne aussi que les produits au lait cru sont davantage valorisés sur le marché. Ils représentent 77,2 % des 202 503 tonnes de fromage français porteurs d’une AOP. « Après un recul en 2023, la production repart en 2024 (+ 1 %), portée par les pâtes pressées cuites (+ 3,8 %) et les fromages de chèvre (+ 3,3 %). Cette reprise confirme une tendance de fond (+ 6,8 % en dix ans), tout en soulignant la vulnérabilité structurelle », note le Cnaol.
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Surveiller les nouveaux pathogènes
Plus concrètement, Hubert Dubien suggère plusieurs mesures : des analyses pour détecter plus rapidement des bactéries chez le producteur, avant même que le lait infecté puisse être mélangé à celui des autres producteurs et que la fabrication soit lancée. Un problème qui entraîne souvent la destruction de lots de produits alors que le problème aurait pu être identifié en amont. Autres pistes : surveiller les nouveaux pathogènes apparus ces derniers temps, mieux former les professionnels, communiquer davantage sur les bienfaits de la consommation du lait cru pour la santé humaine.
Selon le Cnaol, la filière des fromages au lait cru subit une « pression sanitaire croissante » liée à la gestion des épizooties, aux mesures de précaution renforcées et aux destructions de lots, fragilisant la rentabilité des acteurs du secteur. Toutefois, tous les maillons de la filière ne sont pas sur la même position. La Fnil (industriels) tient un discours très différent sur le sujet. Son p.-d.g. François-Xavier Haurd est favorable à un débat sur le lait cru et le recours à la thermisation pour améliorer la sécurité sanitaire et la situation économique des fromageries. « Sortir d’une fabrication au lait cru, c’est ne pas y revenir », prévient Hubert Dubien.