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Aquaculture/Alimentation Les aquaculteurs ne réintroduiront pas les PAT au 1er juin prochain

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La filière aquacole est passée à deux doigts d’une crise majeure en février après l’annonce par la Commission européenne de l’autorisation la réintroduction des protéines animales transformées pour l’alimentation des poissons d’élevage. Cette décision prise alors qu’éclatait la crise de la viande de cheval vendue pour du bœuf, était pour le moins malencontreuse, vis-à-vis de l’opinion publique. Les professionnels de l’aquaculture française souhaitent donc temporiser avant de réintroduire les protéines animales transformées dans les formulations. Marc Lamothe, président du Comité interprofessionnel des produits de l’aquaculture (CIPA), s’engage à ne pas les réintroduire au 1er juin prochain, comme l’autorise l’Union européenne, tant que l’opinion publique ne serait pas prête à les accepter.

Les aquaculteurs ont vraiment senti le vent du boulet en février ?
Oui, nous avons vécu une crise médiatique particulièrement importante, lors de l’annonce du retour des PAT dans les formules alors que le pays était secoué par l’affaire Spanghero, À partir du 15 février, les politiques ont repris le dossier en main, et dès lors ça a été bêtise sur bêtise. Nous avons passé une sale semaine jusqu’à l’ouverture du Salon de l’agriculture, jusqu’à ce que le président de la République intervienne en précisant au détour d’une question qu’il n’y aurait pas de PAT et que la France s’était toujours opposée à leur retour…

Comment vous êtes vous positionnés ?
Nous avons réagi dès les premières secousses par le biais d’un communiqué de presse pour rappeler tout le travail que nous avons mené jusqu’ici, l’existence de notre charte « aquaculture de nos régions » certifiées sans PAT Et en ajoutant que nous ne prendrions la décision d’inclure de nouveau les PAT que si cette idée était acceptée par la société et les consommateurs.

Avez-vous senti des répercussions de cette crise sur le marché ?
Non, nous avons eu de la chance, les marchés n’ont pas du tout été impactés et la crise, sur ce plan-là, s’est plutôt bien passée. C’est en interne, paradoxalement que les choses ont été les plus tendues…

Pourquoi ?
Tout simplement parce que notre message n’a pas été forcément compris comme il fallait par les producteurs, on nous reprochait d’avoir lâché le dossier trop vite, d’avoir bradé les PAT. À la suite de cela, nous avons eu des débats « riches et intéressants », pendant trois jours au CIPA la semaine dernière, afin de dégager une position commune.

Quelle sera-t-elle ?
Sur le fond, notre position n’a pas changé, les PAT sont une matière première intéressante pour l’aquaculture. D’ailleurs, celles qui sont autorisées, les farines de plumes et de sang, sont utilisées par une petite fraction des élevages français. Mais nous avons pris la décision de ne pas incorporer les nouvelles PAT autorisées (porc et volaille, ndlr) dès le premier juin prochain dans notre cahier des charges « Aquaculture de nos régions. » Nous allons prendre le temps pour vérifier que la réintroduction des PAT est compatible avec notre ambition d’être durable. La question sera donc étudiée par la commission durabilité du CIPA avant toute décision définitive et à condition qu’il y ait une acceptation sociale du principe. Sur cette question, il sera aussi intéressant de voir ce qui se passera l’année prochaine dans les autres filières de productions animales à ce sujet.

Les PAT sont-elles essentielles pour l’avenir de l’aquaculture française ?
Les PAT ne sont pas un enjeu en elles-mêmes, l’enjeu c’est la disponibilité en protéines. Et dans ce cadre-là, les OGM comme les PAT peuvent nous aider à surmonter cette équation complexe.

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