Dix associations pour l’agriculture biologique ont signé le 20 octobre une plate-forme commune pour un « plan français de développement » de la bio», à Nat expo, salon international des produits bios, qui s’est tenu à Paris porte de Versailles.
Les signataires sont la Fnab, la Confédération paysanne, Nature & Progrès, le Syndicat d’agriculture bio-dynamique, Setrabio-Bioconvergence, Biobourgogne, Biocoop, Biolait, Deméter-France, Bio des régions interprofessionnellement organisées. Elles appellent à une reconnaissance des impacts positifs environnementaux et sociaux de l’agriculture biologique, «à l’instar de ce qui existe dans tous les autres États membres». Elles appellent à un «soutien fort» en sa faveur, pour la «positionner comme l’une des composantes de l’agriculture française». Elles soulignent la nécessité de créer une interprofession nationale. Elles insistent particulièrement sur l’importance d’un appui public à la formation et à la recherche, tant à la production qu’à la transformation et à la distribution.
Pour une réorientation des fonds publics
La Fnab développe ses propositions dans une brochure de 13 pages. Elle en vient naturellement à la question financière «par qui, avec quels moyens développer la bio ?». L’agriculture biologique estime que pour prendre son essor dans de bonnes conditions, «il est nécessaire d’opérer une réorientation des moyens : fonds professionnels, publics, voire dégager des sources nouvelles de financement». Concernant les fonds professionnels, la Fnab estime que les cotisations professionnelles (les cotisations volontaires obligatoires, celles de l’Adar -l’ex-Anda) doivent alimenter des budgets réservataires pour la bio.
Concernant les fonds publics, elle considère comme indispensable une réorientation des fonds en faveur de l’agriculture biologique tant au niveau national que régional.
Évoquant de nouvelles sources de financement pour diminuer la charge financière que représente la part de l’État français dans le deuxième pilier, elle propose une taxe sur les produits chimiques (engrais et phytosanitaires) permettant de financer l’effort en faveur de la bio.
Raffermir l’identité de la bio
Les associations rassemblées autour de cette palte-forme au salon Nat expo ont souligné la nécessité de raffermir l’identité de la bio. Le député Martial Saddier, auteur d’un rapport étudiant un nouveau plan de développement de l’agriculture biologique (après le plan qui expire fin 2003), «risque de noyer l’agriculture biologique dans l’agriculture raisonnée», selon François Thierry, président de la Fnab. Le rapport Saddier dit que chaque secteur de l’agriculture biologique doit réintégrer ses organisations professionnelles : les éleveurs «bios» dans les organisations d’éleveurs, les maraîchers «bios» dans les organisations de légumiers, les céréaliers «bios» dans les organisations céréalières professionnelles, etc. Certes, l’agrobiologie doit être représentée dans les organisations professionnelles, mais elle doit aussi exister de façon transversale aux productions, «ne pas être saucissonnée dans toutes les filières», a indiqué M. Thierry, regrettant que la France soit en queue du peloton européen, alors qu’elle était la première il y a quinze ans.
Didier Guilet, président de Nature et Progrès, a mis en lumière le paradoxe de la règlementation, qui, faute d’homologation de produits artisanaux, comme le jus de fougères pour protéger des plantes contre la prolifération de virus ou l’utilisation d’acide oxalique pour désinfecter les ruches, les interdit. De nombreuses innovations, mises au point par des agriculteurs passionnés , avec peu de moyens, «ne sont pas reconnues», les autorisation de mise en marché étant des procédures onéreuses , pas à la portée des particuliers.
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Fnab : l’agriculture sans OGM doit être acceptée par l’UE
La Fnab a averti, dans un communiqué publié le 22 octobre, du risque de voir adoptée la proposition de la Commission européenne, de tolérer une proportion de 0,5 à 0,7% de semences OGM dans les semences classiques. «Le 27 octobre sera décisif, puisque la comité règlementaire «semences» de la Commission se prononcera sur la proposition de la Commission».
La Fnab soutient l’initiative de départements, comme l’Ariège et la Sarthe, avec l’ensemble de leurs filières alimentaires de qualité, d’appeler à ce que les plantes génétiquement modifiées ne soient pas cultivées sur leurs territoires. « Ce que nous savons aujourd’hui des études réalisées pour le gouvernement britannique nous conforte dans notre refus des plantes génétiquement modifiées : les effets sur l’environnement sont négatifs en termes de biodiversité », ajoute la Fnab.
Gilles-Éric Séralini : pourquoi les OGM sont incompatibles avec la bio
Gilles-Éric Séralini, professeur de biologie moléculaire à l’université de Caen et président du conseil scientifique du Crii-Gen (Comité de recherche et d’information indépendantes sur le génie génétique), a expliqué, à l’issue de la prise de position des dix organisations, pourquoi les OGM sont incompatibles avec la bio. Les trois-quarts des variétés de plantes transgéniques sont conçues pour absorber des désherbants sans mourrir. Environ 20% fabriquent leurs propre insecticide. Au total, 95% des variétés de plantes issues de la transgénèse sont liées aux pesticides. Or, l’agriculture biologique cherche à s’affranchir des pesticides, a rappelé M. Séralini.
En outre, les OGM «contribuent à la perte de la bio-diversité», non pas en raison du génie génétique employé, mais de l’exploitation commerciale qui en est faite. Les groupes semenciers qui les développent, explique Gilles-Éric Séralini, font 95% de leur miel sur quatre espèces : soja (62%), maïs (21%), coton (12%), colza (5%).
Au lieu de recourir à de telles constructions génétiques, l’agro-biologie cherche à mieux connaître le fonctionnement du vivant, dont la science ne connaît encore qu’une partie infime, et à utiliser les ressources existant déjà à l’état naturel, avant d’en concevoir de nouvelles artificiellement.