Les conclusions de l'étude du consortium Emabois publiée en 2015 prouvent, si besoin était, tous les avantages à l'utilisation du bois au contact alimentaire, au contraire d'autres matériaux, et ce d'un point de vue aussi bien chimique que microbiologique. Mais contrairement à ce que souhaitait la filière bois, la mise à jour de la réglementation bois au contact alimentaire de la DGCCRF ne devrait pas intervenir avant la fin de l'année, sauf changement de programme
La filière des emballages bois devra encore attendre. Alors qu'elle avait bon espoir d'être la prochaine sur la liste de travail de la DGCCRF, pour mettre à jour la réglementation concernant les emballages bois au contact alimentaire, il semble qu'elle doivent encore attendre. C'est ce qui ressort de la réunion de la commission matériaux pour la fiche bois du 11 mars. À cette occasion, tout en confirmant en avoir fini avec le dossier emballages plastiques, le représentant de la DGCCRF a en effet indiqué que le dossier papier/carton serait le prochain sur la liste des priorités de leur service. Une décision qui n'est « pas du tout du goût des adhérents du Siel (Syndicat national des industries de l'emballage léger en bois NDLR) », nous a confirmé Olivier de Lagausie, son délégué général. Sauf modification du programme, la DGCCRF ne devrait donc pas se pencher sur les emballages bois au contact alimentaire avant la fin 2016.
UNE FICHE BOIS QUI DATE DE 2012
La filière bois avait pourtant bon espoir que l'ensemble des tests scientifiques issus de l'étude Emabois publiée en 2015 permette la mise à jour de la réglementation dès les premiers mois de 2016. Aujourd'hui, le bois fait partie des 17 matériaux (1) listés par le règlement européen « RCE 1935-2004 » identifiés pour le contact alimentaire. Et en France, il est autorisé au contact alimentaire par le biais de l'arrêté de novembre 1945 qui décrit une liste positive d'essences aptes au contact alimentaire, mais également par la note d'information de la DGCCRF n°2012-93 « fiche matériau bois ». Celle-là même que les professionnels espèrent voir bientôt mise à jour, sachant que la dernière modification remonte à … 2012.
En attendant cette mise à jour, les spécialistes du bois dans l'alimentaire ont marqué des points avec cette fameuse étude « Emballage bois pour le XXIe siècle », réalisée par le consortium scientifique français Emabois (2). « Si l'on sait que les risques alimentaires, concernant d'éventuelles migrations chimiques, microbiologiques et organoleptiques sont ailleurs que dans le bois, il n'empêche que les fabricants, comme les autorités sanitaires avaient besoin de pouvoir s'appuyer sur des éléments techniques fi ables », explique en substance Olivier de Lagausie également porte-parole d'Emabois. C'est donc à la demande de ses adhérents et de la DGCCRF, qu'un programme de recherche a été engagé dans ce sens il y a quatre ans. Une étude dont les conclusions permettent aujourd'hui, aussi bien aux fabricants, qu'aux autorités sanitaires, de s'appuyer sur de robustes éléments scientifiques et techniques.
LE BOIS INOFFENSIF POUR LE CONSOMMATEUR
L'un des objectifs majeurs de cette étude était « de développer des méthodes d'analyses destinées à quantifier les migrations chimiques, microbiologiques et organoleptiques entre supports en bois et matrices alimentaires ». Les études ont porté sur les filières fruit et légumes, lait et produits laitiers et produits de la mer, les trois principaux utilisateurs d'emballages en bois. « Plus de 19 200 tests (dont 11 600 en microbiologie et 7 600 en chimie) ont ainsi été effectués pendant trois ans », souligne Olivier de Lagausie. Une quantité qui offre non seulement la possibilité de faire des publications, mais permet aussi d'être objectif. Et donne aussi des arguments supplémentaires parce que prouvés scientifiquement aux fabricants face à la concurrence. Ainsi, il est désormais possible d'affirmer que le bois brut (pin, peuplier et épicéa) est apte au contact alimentaire. D'un point de vue chimique, sur plus de 4 800 tests réalisés, il apparaît que les molécules issues du matériau naturel de bois brut « sont inoffensives à la santé du consommateur ». Les tests ont permis de démontrer que les 146 molécules volatiles identifiées qui migrent du bois vers les aliments « sont inoffensives pour le consommateur, car elles ne sont pas cancérogènes, ni des perturbateurs endocriniens, ni des molécules susceptibles de bioaccumulation, ni des nanomatériaux, ni des substances radioactives, ni des substances pharmacologiquement actives ».
LE BOIS ASPIRE LES BACTÉRIES
Sur le plan microbiologique, l'étude permet de prouver que « comparé au verre et au plastique, le bois a le taux de transfert de microorganismes vers l'aliment le plus faible » (voir graphique). Un autre résultat mis en avant par l'étude concerne la réduction drastique du nombre de micro-organismes extraits du bois après 24 h de contact direct avec le peuplier, le pin et l'épicéa. En effet, passé ce délai, « la population microbienne est divisée par 20 voire 200 ! », affirme l'étude. Ainsi, « la porosité du matériau bois serait un avantage quant à l'hygiène de cette surface puisqu'elle « piègerait » les micro-organismes empêchant leur survie et leur multiplication » expliquent encore les scientifiques. Et surtout, « 99 % des micro-organismes (bactéries, moisissures) inoculés sur le bois ne migrent pas vers l'aliment sec ou aqueux et gras ».
Autant de résultats originaux « extrêmement utiles aux gestionnaires du risque dans le contexte global d'Analyse du Risque défini dans le règlement européen 178/2002 », conclut ainsi l'étude. Et autant de résultats aussi qui mettent à mal un certain nombre d'idées préconçues et d'a priori sur le matériau bois au contact alimentaire. Reste maintenant à convaincre les utilisateurs finaux de tous les avantages compétitifs du bois, notamment vis-à-vis du plastique.
UN MEILLEUR BILAN CARBONE
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Et au-delà même des résultats scientifiques, à l'heure où l'on parle économie d'énergie, recyclage des matériaux polluants, pollution alimentaire, le retour du bois semble tout tracé. Il est utile de rappeler que l'empreinte carbone d'une tonne de cagette en bois sortie d'usine est de 72 kg équivalent carbone (3), contre près de 1 000 kg eq CO2 pour une tonne de caisses en plastique (source Ademe 2010 : Bilan carbone sur les guides des facteurs d'émission). Si historiquement le bois a toujours été utilisé pour le transport de denrées alimentaires, il n'empêche qu'au fil du temps, les emballages plastiques sont venus supplanter les traditionnelles cagettes en bois, aussi bien chez les industriels que chez les distributeurs. Et ce même jusqu'à récemment, où l'on a vu certains distributeurs imposer à leurs fournisseurs l'utilisation de bacs 100 % plastiques au détriment de l'emballage bois. Il est vrai que la faiblesse des cours du pétrole ne favorise pas l'abandon des matières plastiques…. pour le moment au moins.
PAS SEULEMENT POUR L'ALIMENTATION
Et même si la baisse des prix du pétrole joue en défaveur du bois, « une situation d'ailleurs totalement artifi cielle, on constate un regain de sympathie pour les matériaux renouvelables », explique Olivier de Lagaussie. La filière emballage bois devrait donc être bien placée lorsque le mar-ché et les prix des dérivés pétroliers se retourneront. « L'image du bois s'améliore et celle du plastique se détériore, mais il reste encore du chemin à faire pour abandonner totalement l'usage les matières issues du pétrole », conclut ce dernier. Non négligeable d'un point de vu compétitif, l'utilisation du bois pourrait aussi trouver des débouchés au-delà de l'alimentaire. Ainsi, l'Ecole supérieure du bois a obtenu des subventions pour élargir les travaux de recherche d'Emabois à d'autres essences et d'autres bactéries pour de nouveaux usages du bois dans un environnement à risque. Puisqu'il est prouvé que le bois a un tel pouvoir d'absorption des micro-organismes, pourquoi ne pas étendre son utilisation dans d'autres milieux que l'alimentaire ? Des développements prometteurs qui permettraient au bois de retrouver toutes ses lettres de noblesse.
(1) Les 17 matériaux : matières plastiques y compris les vernis et les revêtements, celluloses régénérées, élastomères et caoutchouc, papiers et cartons, céramiques, verre, métaux et alliages, bois (y compris le liège), produits textiles, cires de paraffine et cires microcristallines, matériaux et objets actifs, colles, liège, résines échangeuses d'ions, encres d'imprimerie, silicone et vernis et revêtements.
(2) Emabois compte 10 membres : Trois organisations professionnelles françaises formant le pôle emballages bois : SIEL, SEILA et SYPAL-FNB, le réseau européen des emballage : GROW, l'interprofession : France Bois et cinq établissement de recherche et/ou de formation français : Actalia produits laitiers, Ecole Supérieure du bois, ESIReims : Ecole Supérieure d'Ingénieurs en Emballage et Conditionnement, FCBA : Institut Technologique Forêt Cellulose Bois construction Ameublement et Oniris : École nationale vétérinaire, agroalimentaire et de l'alimentation, Nantes-Atlantique (3) L'équivalent carbone est la mesure «officielle» des émissions de gaz à effet de serre un kilogramme de dioxyde de carbone (CO2) contient 0.27 kg de carbone, l'émission de 1 kg de CO2 vaut donc 0.27 kg équivalent carbone
Etude Emabois à consulter sur : http: //www.emballage-leger-bois.fr/sites/emballage-leger-bois.fr/files/documents/DOSSIERDEPRESSEEMABOIS16juin2015WEB.pdf
Chiffre d'affaires : 1,1 M€
625 entreprises : 18 000 emplois
Dont trois secteurs :
-Palettes (: 450 entreprises : 450 M€
-Emballages industriels : 130 entreprises, 350 M€
-Emballages légers en bois : 45 entreprises, 300 M€