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Sucre Les betteraviers européens font part à Bruxelles de leurs préoccupations

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Face à l'augmentation continue des stocks de sucre de l'UE, les betteraviers européens demandent à la Commission de Bruxelles de prendre des mesures à l'exportation et de s'opposer à toute importation supplémentaire. Selon eux, il existe aujourd'hui un « risque élevé » de fermeture anticipée de sucreries.

L A Confédération internationale des betteraviers européens (Cibe) souligne, dans une lettre adressée le 24 octobre à la Commission de Bruxelles et consacrée à la campagne sucrière 2014/2015, le risque que fait peser sur le secteur l'augmentation continue des stocks dans l'UE « depuis 2009/2010 ». Une hausse due essentiellement, selon elle, aux dispositions exceptionnelles mises en œuvre et, en particulier, aux mesures à l'importation décidées en 2012/2013, qui, « de toute évidence, n'étaient pas appropriées ».

Un marché « sévèrement déprimé » par l'état des stocks

La consommation de sucre de l'UE reste stable, et 600 000 tonnes d'importations exceptionnelles en 2012/2013 ont directement alimenté les stocks, souligne la Cibe. Représentant plus de 15 % de la consommation alimentaire cette année-là, ceux-ci « dépriment sévèrement » le marché européen depuis 2013, et la « très bonne » récolte attendue pour 2014/2015 ne devrait pas alléger cette pression. Avec un niveau estimé « historique » de 2,4 Mt de stocks de fin de campagne, « les betteraviers européens seront confrontés à la décision de reporter des quantités importantes de betteraves à 2015/2016 et de réduire significativement leur surface plantée pour cette campagne, avec le risque d'un contrecoup ces prochaines années », affirme la Cibe.

Selon elle, « il existe maintenant un risque élevé de fermeture anticipée des sucreries et de pertes d'emplois dans l'UE ».

Licences à l'exportation, plafonnement des importations

Dans ces conditions, la Cibe appelle la Commission à faire voter au comité de gestion de l'UE l'ouverture de la deuxième tranche de licences à l'exportation de sucre hors quota pour 2014/2015 et à recourir à toutes les options pour faciliter des exportations supplémentaires (anticipation en 2014/15 de l'ouverture de la première tranche de licences prévue pour 2015/2016), afin de réduire la pression sur ce sucre et d'éviter un « ajustement trop fort » de la surface betteravière en 2015/2016. Les betteraviers européens demandent également à Bruxelles de rejeter toute proposition de réduction des droits à l'importation actuels, en particulier de suspension du tarif réduit de 98 €/t qui s'applique aux quotas de sucre de canne destiné au raffinage.

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Ils estiment que la Commission doit, de même, s'opposer, à toute augmentation des importations préférentielles. Selon eux, les importations de sucre doivent « commencer à décroître en 2014/2015 de façon à stabiliser le marché de l'UE ». De plus, l'entrée en vigueur éventuelle d'accords de libre-échange déjà conclus (avec l'Equateur, accord de partenariat économique avec l'Afrique australe) avant le 1er octobre 2017, date de l'abolition du régime communautaire des quotas, est « totalement inappropriée et dangereuse pour la durabilité du secteur ».

Une politique commerciale « inquiétante »

Dans sa lettre à la Commission, la Cibe se déclare « particulièrement préoccupée » par la politique commerciale de l'UE pour le sucre, par l'impact cumulé des concessions et des importations exceptionnelles acceptées depuis 2006, par les nouveaux développements sur le marché mondial, ainsi que par l'augmentation des mesures de soutien et mesures qui faussent les échanges instaurées par des pays tiers en contradiction avec la logique de l'OMC.

Dans le même temps, déplorent les betteraviers européens, l'UE est « constamment blâmée », ses exportations de sucre sont non seulement strictement limitées par l'OMC mais aussi pénalisées par des partenaires.

Ainsi, selon la Cibe, le nombre accru des droits compensateurs et antidumping qui s'appliquent depuis le 5 septembre 2014 à certaines exportations de sucre et de spécialités à base de sucre de l'UE au Canada, pays auquel l'Union vient juste de consentir l'ouverture de son marché dans le cadre d'un accord de libre-échange, « soulève des inquiétudes sur la façon dont la Commission intègre les questions de l'agriculture et du sucre dans les négociations commerciales ». (FXS)