D’après une étude prospective présentée à l’occasion de la conférence internationale Global Grain 2007, à Genève le 22 novembre, les biocarburants ne bouleverseront pas l’économie agricole européenne en 2010/2011. Même si l’Union est amenée à accroître ses importations.
Non, le développement de l’éthanol en 2010/2011 ne devrait pas assécher l’Europe en céréales. C’est ce qu’estime Tallage-Stratégie grains, qui a présenté une étude sur le sujet lors de Global Grain, conférence internationale sur les céréales qui s’est déroulée à Genève le 22 novembre. En blé, « le disponible exportable devrait rester autour de 11 à 13 Mt en 2010 », a expliqué Hémeline Macret, analyste dans cette entreprise. Tallage prévoit que la hausse de production de biocarburants doit entraîner une augmentation des disponibilités en coproduits. En blé et en maïs, 5,1 Mt de drèches seraient mises sur le marché en 2010/2011. De fait, les besoins des fabricants d’aliments du bétail en céréales brutes se réduiraient. En blé, ils passeraient de 53,8 Mt en 2006/2007 à 53,1 Mt, tandis qu’en maïs, ils chuteraient de 51,2 Mt à 47,8 Mt.
Importer de l’éthanol
Sur ce même laps de temps et en l’absence d’accidents climatiques, la production grimperait. En blé, la hausse serait de 15 Mt, compensant largement l’augmentation des besoins pour la filière éthanol, estimés à 10,5 Mt en 2010/2011 contre 1,5 Mt en 2006/2007. Idem en maïs.
Quoi qu’il en soit, l’Europe des 27 pourrait malgré tout se voir obliger d’importer de l’éthanol. D’après les données actuelles, la capacité des usines resterait en 2010/2011 légèrement inférieure aux besoins : 7,49 Mt contre 8,78 Mt.
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En colza, la situation, sans être inquiétante, s’annonce plus tendue. « En 2010/2011, le biodiesel représentera 80 % des besoins en colza au niveau de l’Europe à 27 », a indiqué Hémeline Macret. Pour Tallage, l’Union ne sera pas capable de fabriquer suffisamment de graines pour répondre à la demande. Il lui en faudrait 27,3 Mt, or elle n’en produirait vraisemblablement que 26,4 Mt, sous réserve de conditions météorologiques normales. Hémeline Macret estime qu’il faudra entre autres remettre en culture en 2009/2010 la moitié des terres en jachères ou abandonnées.
Surcapacités de production en biodiesel
Ce qui n’empêcherait pas d’accroître les importations. Elles atteindraient 900 000 t en 2010/2011 contre 600 000 t en 2006/2007, avec un pic de 1,2 Mt en 2008/2009 et 2009/2010. A l’inverse de l’éthanol, les Etats membres ne devraient pas acheter le produit fini, mais bien des graines. Compte tenu des éléments connus aujourd’hui, l’Union serait en 2010/2011 largement en surcapacité de production : 21,4 Mt pour 13,44 Mt de production réalisée.
Au final, les besoins en biocarburants des 27 représenteraient toutefois en 2010/2011 moins de 10 % des utilisations industrielles et de la demande du secteur animal. « La variabilité de la production de céréales aura beaucoup plus d’importance sur les bilans que la demande en biocarburants », a conclu Hémeline Macret.