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Non alimentaire Les biocarburants sous pression

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Après avoir été reconnus comme une des grandes solutions en terme d’énergies renouvelables, les biocarburants se trouvent sous le feu de critiques tous azimuts. Succédant aux organisations écologistes, les grandes institutions internationales diffusent rapports sur rapports reprenant les mêmes reproches : les biocarburants se voient reprochés d’augmenter le prix des produits alimentaires tout en étant défavorables sur le plan environnemental. Une étape vient d’être dépassée par les ministres de l’énergie de l’Union européenne qui feignent de s’apercevoir que l’objectif de 10 % d’incorporation dans les carburants ne concerne pas que les biocarburants mais les énergies renouvelables en général. Cela ne remet pas en cause les investissements déjà réalisés ou en cours mais de futurs développements seront difficiles à valider avant l’arrivée des produits dits de 2 génération. Le G8, pour sa part, se déclare favorable à des règles de production destinées à améliorer l’impact écologique des biocarburants. Ceux-ci sont rebaptisés, même par ses défenseurs, agrocarburants.

La critique a maintenant largement dépassé le cercle des organisations écologistes. Elle atteint les grandes institutions internationales comme la banque Mondiale, le FMI, la FAO. Principale accusation : les biocarburants sont accusés de provoquer une hausse des prix alimentaires tout en n’ayant pas un impact favorable sur le plan écologique. À leur tour, les politiques ont relancé le procès début juillet.

Pour faire face aux problèmes liés à la sécurité alimentaire et aux cours élevés des matières premières agricoles qui frappent de plein fouet les plus pauvres, les pays du G8 (Allemagne, Canada, Etats-Unis, France, Grande-Bretagne, Japon, Russie, Italie) ont tenté de dégager un « consensus clair », le 8 juillet à Toyako (Japon), sur les biocarburants. Ils se sont dits « pleinement conscients » de la nécessité de « garantir la compatibilité des politiques relatives à la production et à l’utilisation durable des biocarburants avec la sécurité alimentaire, et accélérer le développement et la commercialisation de biocarburants de deuxième génération […]. À cet égard, nous travaillerons ensemble, et avec d’autres partenaires pour développer des critères et des indicateurs scientifiques pour la production et l’utilisation des biocarburants », ont-ils affirmé.

Les « nouvelles inquiétudes » de Jean-Louis Borloo

Peu avant cette déclaration, le ministre français de l’écologie avait fait état « d’inquiétudes nouvelles »le 6 juillet, à propos des carburants verts, lors de la réunion informelle des ministres européens de l’Environnement. « Ce qui était la solution, il y a 18 mois, est aujourd’hui voué aux gémonies », fait remarquer le ministre dont le pays assure la présidence de l’UE. « Pendant des années, la seule vérité c’était les biocarburants. On est en train de changer d’avis à toute vitesse », a-t-il conclu en soulignant que les ministres européens avaient « découvert »qu’aucun objectif contraignant sur le développement des biocarburants ne figurait dans le plan de lutte contre le réchauffement climatique proposé par la Commission européenne en janvier dernier, mais qu’il était prévu, de façon plus générale, de parvenir à 10 % d’énergies renouvelables dans les transports d’ici à 2020. De tels propos représentent-ils le nouveau courant de pensée du gouvernement ? Non, assure-t-on dans l’entourage d’un autre ministre.

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« La solution réaliste » pour remplacer le pétrole

La Commission européenne a immédiatement réagi en faisant remarquer qu’il « suffisait de lire » son plan, et que, si cet objectif a été traduit par 10 % de biocarburants, c’est parce que ceux-ci constituent « la solution réaliste » pour remplacer le pétrole. En tout état de cause, « la porte reste ouverte aux autres sources d’énergie (hydrogène, électricité), à condition qu’elles soient renouvelables ». « Ce qui n’est pas le cas pour l’électricité fournie par les centrales nucléaires », s’est-elle empressée de rajouter. À ce stade, l’exécutif européen estime qu’il faut encore une « révolution » pour trouver des alternatives au pétrole sans les biocarburants. D’ailleurs, la commissaire européenne à l’agriculture, Mariann Fischer Boel défend inlassablement les biocarburants de première génération au motif qu’ils constituent un préalable indispensable au lancement de la seconde génération.

Si le plan de lutte contre le réchauffement ne fixe aucun objectif contraignant pour les biocarburants, d’autres textes européens le font. Une directive de 2003 sur les agrocarburants impose ainsi aux États membres d’incorporer « 5,75 % d’agrocarburants dans la qualité totale d’essence et de gazole » utilisés dans les transports d’ici à 2010. La France s’est elle-même fixé le chiffre de 7 % à cet horizon. Et le Conseil européen de mars 2007 a approuvé la proposition de la Commission de parvenir à 10 % d’agrocarburants dans les transports d’ici à 2020.

Des députés européens pour un objectif inférieur et non contraignant

Il n’empêche : les députés de la commission de l’environnement du Parlement européen ont réclamé une révision de l’objectif de 10 %. Ils proposent de le remplacer par un objectif non contraignant d’énergies renouvelables compris dans une fourchette de 8 à 10 %. Cet appel des élus européens a été salué par les organisations écologistes qui estiment que « l’impact indirect » des biocarburants sur l’environnement n’a pas été suffisamment pris en compte. « Faux » répondent les défenseurs et producteurs de biocarburants qui mettent en avant les progrès constants de la production, tant en termes de bilan énergétique que d’impact écologique. Ils expliquent aussi que, vu la très faible proportion de terres agricoles consacrées aux biocarburants, l’impact sur les prix alimentaires est dérisoire par rapport à la demande chinoise et indienne, aux problèmes climatiques et à la spéculation financière. La question est évidemment loin d’être tranchée. Mais le débat ne sera pas sans effet sur les décisions publiques en cours, au nombre desquelles l’évolution à la baisse de la défiscalisation des carburants verts.