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Les blés 2015 de bonne qualité, mais encore faibles en taux de protéines

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Le conseil spécialisé « céréales » de FranceAgriMer et l'institut technique Arvalis ont donné, le 9 septembre, dans une conférence de presse commune, leur appréciation sur les blés 2015 : ils sont de « très bonne qualité », mais encore faibles en taux de protéines. La filière a diffusé quelques recommandations pour remédier à cet écueil. Elle a ébauché un panorama de la campagne 2015-2016.

Quantité et qualités sont au rendez-vous pour les blés 2015. Outre le rendement de 79 quintaux par hectare en moyenne nationale pour blé tendre, le millésime est de « très bonne qualité », selon Arvalis : des poids spécifiques élevés (79,6 kilos par hectolitre) contre 76-77 en année moyenne, un taux d'humidité de 12,8% seulement, contre 13,5-13,7% habituellement. La qualité des protéines des blés boulangers est bonne : supérieure à l'indice 170 mesuré à l'alvéographe de Chopin pour 51% d'entre eux. Mais le taux de protéines est de 11%, contre 11,1% en 2014.

La protéine diluée dans une abondance de biomasse

« C'est certes un dixième de point de moins que l'an dernier, mais ce n'est pas si mal, pour le rendement exceptionnel qui a été obtenu cette année, qui tend à diluer la protéine », a commenté Jean-Charles Deswarte, agrophysiologiste chez Arvalis. « Au bout du compte, plus d'azote sera sorti des champs, si l'on multiplie le taux de protéines par le rendement », a-t-il ajouté. Un atout qui jouera surtout en alimentation animale, parce que « ce sera toujours du soja (matière première riche en protéines) en moins dans les formules d'aliments composés », a fait remarquer Rémi Haquin, président du conseil spécialisé de FranceAgriMer.

Le trop faible taux de protéine est dû à la sécheresse et à la chaleur en fin de cycle végétatif : le rayonnement solaire a produit de la biomasse, diluant la protéine, tandis que le manque d'eau a pénalisé la minéralisation de l'azote, a expliqué Jean-Charles Deswarte.

Le blé dur n'est pas en reste dans la bonne appréciation de la qualité : un PS moyen de 80,3 kilos par hectolitre (contre 77-79 en année courante), une teneur en protéines, une proportion de 88% des blés durs au-dessus des 300 secondes de temps de chute de Hagberg, un faible taux de grains mouchetés (1,5%). Ce dernier facteur est important, parce que la moucheture est un écueil majeur à l'exportation.

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La filière céréalière cherche à endiguer la dégradation du taux de protéines du blé tendre (voir graphique), parce que c'est aussi un écueil à l'exportation, les meuniers des pays acheteurs préférant les taux relativement élevés. « Des pistes existent pour épandre davantage d'azote, dans des circonstances précises », a indiqué Rémi Haquin. En effet, a développé Jean-Paul Bordes, chef de l'unité R&D d'Arvalis, la réglementation prévoit un dépassement possible de la dose d'azote réglementaire si le dépassement est justifié par un outil de pilotage. Des outils de pilotage permettent d'appliquer un coefficient corrigeant à la hausse la dose réglementaire, en tenant compte du besoin de la plante en azote. Ainsi, pour les variétés de blé qui donnent du rendement, mais peu de protéines, on peut applique un tel coefficient correcteur, a détaillé Jean-Charles Deswarte. Pour des variétés biscuitières, qui en revanche nécessitent peu de protéines, ce type de majoration n'est pas nécessaire.

Blé tendre : la filière céréalière se prépare à une concurrence « exacerbée »

La concurrence internationale s'annonce « exacerbée » en blé tendre sur la campagne 2015-2016, et ne laissera pas beaucoup d'opportunités de marchés à l'exportation vers les pays tiers, a indiqué Olivia Le Lamer, chef de l'unité des grandes cultures de FranceAgriMer. Les opérateurs commerciaux devront faire des efforts pour trouver des marchés, tant à l'export que sur le marché intérieur, selon Rémi Haquin, président du conseil spécialisé de FranceAgriMer.

La récolte mondiale de blé 2014-2015 a laissé « des stocks partout », et la moisson est équivalente à celle de l'an dernier au niveau planétaire, a rappelé Olivia Le Lamer. Prenant ces éléments en compte, les membres de la filière ont crédité la France, lors de ce conseil spécialisé, d'un niveau d'exportation vers les pays tiers de 11 millions de tonnes (Mt) en 2015-2016, contre 11,4 Mt la campagne passée.

Cette abondance de blé tendre en France a conduit les membres du conseil céréalier de FranceAgriMer à inscrire au bilan prévisionnel un volume de 5,1 Mt de blé tendre pour l'utilisation en aliment du bétail, contre 4,4 Mt la campagne passée. Cette poussée du blé tendre sur le créneau de l'aliment du bétail modifie l'équilibre des céréales : le maïs ne devrait plus entrer qu'à hauteur de 2,9 Mt dans les formules d'aliments composés, contre 3,7 Mt la campagne dernière.