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Céréales Les blés français doivent profiter des débouchés de proximité

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Si le marché mondial est plutôt orienté à la baisse et, avec lui, les prix hexagonaux, les céréales françaises ont néanmoins des opportunités de débouchés. L’Hexagone a une carte à jouer avec ses blés sur le pourtour de la Méditerrannée. Mais il va falloir qu’il sache séduire ses clients potentiels.

«Un tiers de la demande mondiale en blé se trouve à nos portes », a expliqué Christine Bar l’Helgouach, chez Arvalis, le 19 novembre, lors d’un colloque organisé par l’institut technique à Paris. Il s’agit des pays du Maghreb et de l’Afrique de l’Ouest. Une chance dont il faut profiter. D’autant plus que les coûts de fret pourraient continuer à remonter encore quelques mois, éloignant d’autant nos concurrents potentiels. « Nous espérons cette année exporter pas loin de 10 Mt vers les pays tiers », a indiqué pour sa part Jean-Philippe Everling, chez Granite. Un chiffre peu éloigné des bonnes performances de 2008/2009. Pour ce professionnel, l’Hexagone peut notamment prétendre à une place de choix en Egypte : 40 % de parts de marché sur les achats publics qui couvrent les deux tiers des importations du pays. Ventes intra et extra-communautaires confondues, « l’export est le premier poste du bilan français en blé, loin devant les utilisations humaines ou l’alimentation animale », a rappelé le spécialiste. Plus de 40 % de blé exporté, « cela n’est pas une variable d’ajustement », a-t-il poursuivi.

La propreté, donnée essentielle
Encore faut-il être capable de fournir la marchandise ad hoc. Avant même le taux de protéines ou les caractéristiques technologiques, Jean-Philippe Everling estime que « la propreté de nos blés est une donnée essentielle pour accéder au marché ». A l’inverse de l’Amérique du Nord, les silos portuaires français n’ont pas de nettoyeurs. Il faut donc prévoir un tri du grain en amont, chez les collecteurs. « Le conditionnement, la présentation de ce qui est chargé dans le bateau sont importants », a insisté le spécialiste. Quelques critères sont déterminants. Au nombre de ceux-ci, le taux d’humidité. Parce qu’« on achète de la matière, pas l’eau qui va avec », a rappelé François Gatel, directeur de France Export céréales. Et aussi parce que le meunier fait sa marge à partir du taux d’humidité de la farine qu’il livre et de l’humidité du blé qu’il reçoit. Poids spécifique, taux de protéine, qualité des protéines et teneur en gluten sont également essentiels. Avec des priorités clairement différentes des nôtres : « La pâte doit pouvoir résister aux conditions de températures et d’humidité locales, a par exemple précisé François Gatel. Ce qui dépend de la qualité des protéines ».

Les acheteurs d’Etats ne veulent pas prendre de risque
Que ce soit en Algérie, en Tunisie, en Egypte, en Arabie Saoudite, en Irak ou en Iran, « l’Etat est un acheteur monopolistique, de droit ou de fait, a souligné le directeur de France Export céréales. Il ne veut pas prendre de risque ». Et comme il s’agit de sécuriser l’approvisionnement de la population avec le budget national, le prix sera déterminant dans la décision finale. Dans l’état actuel des choses, le blé français ne peut pas concurrencer tous les blés, notamment les origines anglaises de type soft, les HRW (Hard red winter), qui représentent 38 % des exportations américaines, ou les variétés canadiennes, à 15,3 % de protéines en moyenne en 2009 pour les CWRS. « Les blés américains et canadiens se situent dans des créneaux de dureté et de teneur en protéines complètement différents des nôtres », a signalé Christine Bar L’Helgouach. C’est contre les origines russes, ukrainiennes et allemandes, essentiellement, que la France doit lutter. Pas simple. D’autant plus qu’un pays comme la Russie s’organise de mieux en mieux. La mise en place d’une société d’exportation étatique pourrait lui permettre d’être plus agressive sur les marchés du Maghreb, entre autres. A priori, le pays devrait réaliser 18 % de parts de marché à l’export en blé, soit presque autant que les 19 % avancés pour l’Europe. En 2004, les deux intervenants représentaient respectivement 8 et 15 % de parts de marché.

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