Parmi les 18 abattoirs bloqués par les éleveurs de bovins viande, certains appartenaient à des groupes coopératifs. Ces blocages ont relancé des débats sur la place de la coopération dans la filière viande bovine. Pour le président de Coop de France, Philippe Mangin, les éleveurs se trompent de cible.
Au lendemain des blocages lancés par la Fédération nationale bovine (FNB) le 14 juin, le président de Coop de France Philippe Mangin a rapidement réagi, le 15 juin dans un entretien accordé à Agra Presse, observant que des outils coopératifs étaient bloqués : « Il ne faut pas se tromper de cible, les coop sont mobilisées pour les éleveurs », estime-t-il. Selon lui, bon nombre de coop sont engagées à l'exportation, mais la concurrence de pays comme le Brésil rend cette activité déficitaire. Face au développement sans précédent du steak haché qui ramène les prix vers le bas, surtout dans les circuits de restauration collective, Philippe Mangin appelle les cantines à privilégier l'origine française. Il demande aussi au ministre de l'Agriculture de soulager la trésorerie des éleveurs en prévoyant, comme pour le porc, des mesures de prise en charge de cotisations sociales. Philippe Mangin rappelle d'ailleurs que les groupements de producteurs font actuellement environ 70 millions d'euros d'avance de trésorerie aux éleveurs, à taux zéro. Enfin, pour le patron des coop, la solution à la crise est largement structurelle : il faut renforcer l'organisation de la filière et la contractualisation. Seuls 80 000 animaux font l'objet de contrats tandis que la coopération ne représente que 35% de la collecte. Il plaide pour davantage d'organisation.
Dominique Daul « ne se retrouve pas dans la coopération »
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De son côté, le vice-président de la Fédération nationale bovine (FNB) Dominique Daul estime qu'il ne se « retrouve pas dans la coopération telle qu'elle est représentée au niveau national ». Pour lui, « il y a une vraie question sur le positionnement des coopératives » dans ce contexte de crise. Coop de France est effectivement adhérente, selon lui, au Syndicat nationale des industriels de la viande (SNIV-SNCP). « Pourquoi les coopératives ne s'associent pas au groupe Jean Rozé pour conquérir des marchés export par exemple ? », « Pourquoi les coopératives ne se rapprochent-elles pas pour faciliter la collecte des animaux ? », continue-t-il. Visiblement la coopération interpelle. Dominique Daul observe qu'« il y a eu un loupé dans la coopération : c'est de n'avoir pris en charge que la première et la deuxième transformation (abattage et découpe) et pas les troisième et quatrième transformations (piéçage, hachage). Nous avons perdu de la valeur ajoutée. Le groupe Bigard, va, lui, au bout de la chaîne. Il est le numéro un en France de la transformation des viandes ! ». Symbole de cette incompréhension : des constats d'huissier effectués dès le lendemain du début des blocages sur les sites de Roanne (Sicarev) et du Lion d'Angers (Elivia). Une action regrettable pour Mickaël Trichet, président de la section bovine FRSEA des Pays de la Loire : « D'un côté, ils revendiquent leur côté coopératif et de l'autre, ils sont les premiers à nous envoyer les huissiers ! ». Il confirme que des éleveurs ont bien bloqué les abattoirs de leur propre coopérative. La coopération semble donc largement interpellée dans la filière bovins à viande, à l'image de ce qui s'était passé il y a quelques mois dans la filière laitière.
Face aux blocages, la fédération agriculture et agroalimentaire de Force ouvrière (FGTA-FO) demande «aux dirigeants des entreprises du secteur de la viande de prendre leurs responsabilités en se mettant autour de la table des négociations avec les producteurs », indique le syndicat dans un communiqué du 16 juin. Il « déplore qu'une fois de plus ce soit les salariés qui se trouvent pris en otage » et demande que leurs salaires soient maintenus dans leur intégralité. « La FGTA-FO in-terpelle aussi Monsieur Le Foll, le ministre de l'Agricul-ture, pour qu'il intervienne dans cette situation dès au-jourd'hui » afin de permettre la reprise du travail.