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Bière/Taxes Les brasseurs de bière dénoncent la chronique d’une mort annoncée

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Le projet de loi de financement de la Sécurité sociale prévoyant de multiplier par 2,5 les droits d’accises sur la bière va signer l’arrêt de mort, dans les deux à trois ans à venir, de nombre de petites et moyennes brasseries en France, s’est indigné devant la presse, Gérard Laloi, président de Brasseurs de France, représentant la profession brassicole. Aucun secteur n’est en mesure de supporter un tel choc qui aura des conséquence désastreuses sur l’industrie, ses emplois et les consommateurs, selon elle. Interrogé à la radio sur le sujet, la veille, le ministre du Budget Jérôme Cahuzac avait reconnu que le risque existait mais défendait cette hausse d’une taxe « parmi les plus faibles d’Europe »

Le projet de loi nous a laissé « KO debout, nous avons réellement accusé le choc», a déclaré le 2 octobre, Pascal Chèvremont, délégué général de Brasseurs de France. Pour lui, la profession qui réalise un chiffre d’affaires de 2 milliards €, va voir les taxes qu’elle collecte pour le compte de l’État, assises sur les volumes et le degré alcoolique, passer de 337 millions € à plus de 800. Pour un pack de bière d’entrée de gamme en grande surface, cela impliquera un prix passant de 10 € à 12,5€. Une mesure insupportable alors que les ventes de bière sont en recul de 30% en France sur les 30 dernières années. Lors de la dernière augmentation en date du 1er janvier 1997, la chute de la consommation avait été de 7%.
 
Une décision incompréhensible
Pour Gérard Laloi, cette décision est incohérente à plus d’un titre. La hausse qui va atteindre de 20 à 25% selon les types de bière va toucher en premier lieu les classes modestes et populaires, ce qui constitue une attaque du pouvoir d’achat. Cela va se traduire par une baisse de la consommation qui va frapper l’ensemble de la filière. Une situation absurde alors que la France dispose en amont d’une filière d’excellence, reconnue comme telle au niveau mondial pour la qualité de ses orges et malteries. La France est le premier producteur au monde d’orge de brasserie (3,5 millions de tonnes), devant la Grande Bretagne (2,2 millions) et loin devant l’Allemagne (1,3 million). La profession investit également 250 000 € par an dans la recherche et le développement via l’Institut français des boissons, de la brasserie et de la malterie.
 
Des PME en risque de disparition
Le secteur industriel repose, explique Gérard Laloi, sur six grands groupes industriels avec une capacité de production de 20 millions d’hectolitres (dont 8 pour le numéro 1), auxquels s’ajoutent quatre brasseries familiales produisant 1,5 million hl, et 450 micro- brasseries, d’une capacité de 500 000 hl. Au total, 22 millions sont produits, dont 2 sont importés pour 6 exportés. Toutes ces industries « qui essaient d’optimiser un schéma industriel européen ont besoin de stabilité ». Ce projet de loi bouleverse tout. Les petites entreprises qui auraient pu se regrouper pour former de futures entreprises de taille intermédiaire (ETI), vont disparaître « dans deux ou trois ans » prédit Gérard Laloi.
 
Un argument santé récusé
Il réfute par ailleurs l’argument santé invoqué pour justifier cet alourdissement de la fiscalité. Cela est irrecevable, car « la profession n’a pas pour mission de combler le trou de la Sécurité sociale et que les taxes ne font que diminuer la consommation moyenne mais non celle qui se situe dans l’excés », tempête Gérard Laloi. S’exprimant à la radio, Jérôme Cahuzac, tout en reconnaissant les risques de ce projet, le justifie au motif que « le droit d’accise sur la bière était en France l’un des plus faibles en Europe : trois centimes par hectolitre et par degré ». « Nous passons à huit, ce qui laisse la France parmi les pays ayant les droits d’accises les plus faibles. En Belgique, en Allemagne, aux Pays-Bas, ces droits sont beaucoup plus élevés que ce qu’ils seront en France si le Parlement vote la disposition que je lui proposerai », a-t-il insisté. Brasseurs de France est d’un tout autre avis estimant que les niveaux de taxation sont plus forts à l’étranger et que les vins ou champagne sont taxés cinq fois moins que la bière. Les professionnels entendent rencontrer les parlementaires et défendre leur position. Ils font valoir que la bière représente 3 000 emplois directs et 65 000 sur l’ensemble de la filière.

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