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Les brasseurs touchés par la fermeture des bars

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S’il y a un secteur directement exposé à la fermeture des cafés, bars et festivals, c’est bien la brasserie française. Les syndicats demandent le concours de l’Etat et veulent tout faire pour préserver leurs débouchés.

Le confinement décidé mi-mars ne pouvait pas plus mal tomber pour les brasseurs français (22,5 millions hl de bière). « C’est le début de la saison pour la consommation de bière dont 35% des volumes sont écoulés dans les cafés, hôtels, restaurants et événements », détaille Maxime Costilhes, délégué général des Brasseurs de France. « Du jour au lendemain, ce sont plus d’un tiers des volumes qui se sont arrêtés brusquement », poursuit-il. Les ventes en GMS (65% des volumes) n’ont pas compensé l’arrêt du CHR, avec une hausse pendant la deuxième quinzaine de mars, puis un recul.

Les petites structures sont les plus fragiles, notamment celles qui sont en démarrage d’activité, et souffrent d’une trésorerie faible. Facteur aggravant : après l’hiver consacré à la production, le printemps marque le début de la reconstitution de la trésorerie de ces entreprises. Les petites brasseries, qui produisent souvent exclusivement pour le hors domicile, ont arrêté leur production. Elles avaient déjà souffert en 2019 avec les manifestations des Gilets jaunes et les grèves de fin d’année. Pour les aides, le SNBI (brasseurs indépendants) a lancé un site qui recense ses 500 adhérents, dont certains poursuivent leur activité en gardant une boutique ouverte, en vendant en drive ou en livraison.

Des demandes pour sauver les entreprises

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Les Brasseurs de France, principal syndicat du secteur, a formulé plusieurs demandes auprès des pouvoirs publics, dont certaines déjà satisfaites. « Nous venons d’obtenir une indemnité de perte de gain de 1250 euros pour les artisans brasseurs non salariés », souligne Maxime Costilhes. Le fonds de solidarité, qui était mobilisé à partir d’une perte de chiffre d’affaires de 70% en mars, sera déclenché désormais dès 50% de perte. La bière a aussi obtenu la suspension des droits d’accise, comme pour le vin et les spiritueux. Le syndicat majoritaire demande aussi que les assureurs prennent en charge le complément de rémunération des salariés qui sont en arrêt maladie pour garder leurs enfants (50% de la rémunération est prise en charge actuellement). Autre revendication : l’annulation des charges sociales pour 2020, en accord avec la CPME, le Medef et les Chambres de métiers.

Le SNBI se montre de son côté plus exigeant. Pour les brasseurs indépendants produisant moins de 200 000 hl, le syndicat demande l’exonération totale des charges sociales et patronales pendant toute la durée du confinement, sans perte des droits générés par ces cotisations (chômage, retraite), l’exonération totale des charges fiscales directes pendant la durée de la crise, l’annulation des taxes sur l’alcool (droits accises) jusqu’au 31 décembre 2020, la suspension des mensualités des prêts sans aucun frais, ni intérêt et l’éligibilité automatique au prêt de trésorerie garanti par l’Etat sans garantie, ni assurance additionnelle. Le SNBI demande aussi que « l’état de catastrophe naturelle sanitaire » soit reconnu et la dispense de licence dès la fin du confinement. Et depuis l'annonce, le 13 avril par le président Macron, que les CHR ne réouvriront pas le 11 mai, le SNBI demande que les brasseries indépendantes soient intégrées au plan spécifique pour l'hôtellerie, la restauration, le tourisme et l'événementiel prévoyant des annulations de charges dans des cas particuliers.

Les brasseurs s’inquiètent aussi pour les cafés qui pourraient être fragilisés par des semaines sans activité, à plus forte raison si les clients désertaient les débits de boissons aux beaux jours. Les trois quarts des ventes de bière se font en juin, juillet et août en France. Une opération est lancée auprès du grand public pour leur venir en aide : J’aime mon bistrot. Les consommateurs sont invités à alimenter une cagnotte pour permettre aux établissements de renforcer leur trésorerie, en échange d’un bon d’achat à utiliser dès la réouverture.