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Accord libre-échange Les Canadiens également partagés

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L’accord de libre-échange conclu avec l’Union européenne (UE) a été diversement salué par les acteurs des filières agroalimentaires canadiennes. Pour certains, cet accord historique offre des perspectives remarquables, leur ouvrant un marché de 500 millions d’habitants. Les autres redoutent une concurrence notamment pour les vins et fromages. Les ministres, tant fédéraux que des provinces ont dû monter au créneau pour défendre ce projet, mettant en avant les bénéfices que tireront les exportateurs et les consommateurs canadiens de celui-ci.
Les différents ministres canadiens du gouvernement central, mais également des provinces, vont entreprendre une tournée à travers le pays afin de faire la promotion de l’accord auprès des Canadiens. Les détails de l’Accord économique et commercial global (AECG) ne sont toutefois pas encore connus dans toute leur précision. Ottawa affirme qu’ils seront rendus publics lorsque les derniers points seront réglés. Cette entente doit encore être approuvée par le Parlement européen, les 28 pays membres de l’UE, et, au Canada, par les gouvernements fédéral et provinciaux, ce qui pourrait prendre environ deux ans.
Le Premier ministre, John Harper, avait tenu à rassurer ses compatriotes dès cette signature, vendredi à Bruxelles, estimant que « c’était le meilleur accord que le Canada ait jamais signé, car éliminant 98% des droits de douane sur les produits importés ou exportés ». Il espère que la signature pourra intervenir avant 2015, année des élections fédérales. Trois ministres fédéraux lui ont emboité le pas et convoqué la presse nationale le lundi 21 octobre pour défendre cet accord : le ministre du Commerce international, Ed Fast, le ministre des Affaires étrangères, John Baird, et le ministre d’État à la Petite entreprise, au Tourisme et à l’Agriculture, Maxime Bernier. Ce dernier a affirmé que les PME du Québec et du Canada tireront des bénéfices dès l’entrée en vigueur de l’accord. Il a souligné que l’industrie agroalimentaire dans son ensemble sortira gagnante, dans la mesure où il n’y aura plus de droits de douane sur toute une série de produits, comme le sirop d’érable, le homard ou les crevettes qui sont actuellement imposés à des taux variant entre 8 % et 20 %. Tous font valoir que le futur accord permettra d’augmenter de 1,5 milliard de dollars (1,1 milliard €) les exportations annuelles vers l’Europe.
 
Des aides aux secteurs fragilisés
Conscient que tous les secteurs ne sont pas logés à la même enseigne, le gouvernement a d’ores et déjà fait savoir que des aides pourraient être mises en place. Les premiers à faire part de leur inquiétude ont été les producteurs de lait qui redoutent les importations supplémentaires de fromages européens. Le ministre de l’Agriculture s’est voulu rassurant, estimant « que personne ne serait mis en danger par ce projet », il n’exclut pas des subventions temporaires, tout au moins pour les petits producteurs de fromages. Le ministre d’État à la Petite Entreprise, Maxime Bernier, a minimisé l’impact de l’accord sur les producteurs de fromages artisanaux. Il a mentionné que l’accès additionnel accordé à l’UE représente 17 000 tonnes sur les 400 000 tonnes de fromages consommés au Canada annuellement, soit 4 % du marché. Il a dit avoir confiance en la capacité des producteurs de fromages fins à s’adapter à cette nouvelle donne.
Les producteurs de vins de l’Ontario font également part de leurs préoccupations. Le Liquor Control Board de cet État (LCBO) n’a pas réussi à faire maintenir son système de taxation des vins importés qui est assis sur leur valeur. La Commission européenne a fait valoir que les frais d’approche ne varient pas en fonction du prix des vins mais du poids. La surtaxe imposée par le LCBO (6% du prix) doit donc être supprimée, ce qui fait craindre aux viticulteurs locaux de faire face à une concurrence accrue des vins européens à bon marché. Les autres provinces sont moins affectées par ce futur traité. Les seuls à vraiment se réjouir, sont les producteurs agricoles de végétaux ou céréales, ainsi que les éleveurs.
Ces derniers toutefois devront modifier leurs pratiques d’élevage, car les viandes aux hormones sont bannies dans l’Union européenne. Certains analystes font enfin remarquer que cet accord de libre échange avec l’Europe, le plus important après celui en vigueur avec les Etats Unis pourrait avoir des conséquences sur les négociations en cours avec le Japon, l’Inde ou les partenaires trans-pacifiques.

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