Abonné

Présidentielle Les candidats planchent devant la FNSEA

- - 13 min

Pas moins de sept candidats à l’élection présidentielle se sont présentés à Montpellier le 29 mars au matin devant quelque 1 500 personnes à l’issue du congrès de la FNSEA. Un événement organisé par 22 organisations professionnelles de l’agriculture mais en fait orchestré par la fédération des syndicats d’exploitants. Ce fut l’occasion, pour les candidats à l’élection des 22 avril et 6 mai de valoriser la place de l’agriculture dans la société et leur programme, soulignant l’urgence d’une amélioration de la compétitivité, voulant réconcilier l’agriculture et l’environnement tout en prônant le développement de toutes les formes d’agriculture. Une matinée consensuelle, chacun apportant, si ce n’est une partition différente, une tonalité plus personnelle. Seule Marine Le Pen choisit de jeter un pavé dans la mare en s’en prenant nommément à la FNSEA et à son président, Xavier Beulin, lui reprochant de défendre les OGM.

L’un se plaisait à rappeler son passé d’agriculteur (François Bayrou), l’autre mettait en garde contre la démagogie de ses adversaires (Nicolas Dupont-Aignan) sans s’en priver pour autant, l’une jouait carrément la provocation (Marine Le Pen) tandis qu’un quatrième candidat insistait sur les maléfices de la finance folle ou les promesses de l’agroéquipement (Jacques Cheminade). Eva Joly assurait que les différences de point de vue entre son mouvement écologiste et les agriculteurs n’étaient pas si grandes ; Nicolas Sarkozy parlait autant comme président actuel, annonçant un décret très attendu tout en disant que l’Europe « ne peut pas continuer comme ça » ; François Hollande annonçait des grands chantiers agricoles de sa présidence désirée, tels celui des coûts de production, de la gestion de l’eau, des coûts énergétiques ou encore de la création du statut d’un groupement d’intérêt économique et environnemental.
Telle fut la matinée à laquelle assistèrent pas moins de 1 500 personnes, dans le grand Corum de Montpellier par un beau soleil printanier, quasi estival. 1 500 personnes plutôt attentives, surtout face aux deux leaders des sondages, mais ne dédaignant pas les candidats plus modestes. Une assemblée composée de congressistes de la FNSEA réunis la veille auxquels s’étaient joints des dizaines d’invités des 22 organisations (1) hôtes de l’événement.
« Sur la question de la compétitivité, on reste sur notre faim », affirmait le président de la FNSEA Xavier Beulin, remarquant que la question embarrassait la plupart des candidats, notamment lorsqu’il s’agit de traiter des charges sociales. Le président de la centrale syndicale de remarquer néanmoins une légère avancée de Nicolas Sarkozy, celui-ci affirmant que si l’Union européenne ne censurait pas une mesure sectorielle, l’allégement des charges d’employeurs sur les salariés permanents pourrait être étendu aux exploitants eux-mêmes. Autre engagement du président de la République, l’accord, via un décret qui devrait paraître bientôt, pour la possibilité de créer des retenues collinaires sans demande d’autorisation en deçà de 350 000 m3 d’eau. Un dossier très sensible en cette période de sécheresse annoncée, largement évoqué par le congrès de la veille et abordé par la quasi totalité des candidats à l’élection présidentielle.
De fait, la question de l’environnement fut bien souvent au centre des prestations, chacun, ou presque voulant arrondir les angles d’un sujet chatouilleux pour les agriculteurs français. Eva Joly promit qu’elle s’opposait à une « écologie punitive » tout en se disant convaincue que « la France n’abuse pas du principe de précaution ». De quoi soulever des murmures réprobateurs, bien en deçà des protestations vigoureuses quelques moments avant, contre les provocations de Marine Le Pen. Celle-ci n’avait pas hésité, choisissant la fin de sa prestation, à s’en prendre nommément à Xavier Beulin. Lui reprochant d’agir autant comme patron de Sofiprotéol que comme président de la FNSEA, elle l’accusait de défendre l’introduction des OGM « dont les Français ne veulent pas », soutenait-elle. « Je n’ai aucune leçon à recevoir de Mme Le Pen », lui rétorquait Xavier Beulin, regrettant l’utilisation « d’amalgames comme effet de tribune ».

(1) Accompagnement Stratégie - Comité de liaison des centres et associations de gestion partenaires; Association générale des entreprises vinicoles ; Conseil national du réseau CER France ; Conseil Nationale de l’enseignement privé ; Confédération de la Mutualité, de la Coopération et du Crédit agricoles ; Groupama ; Mutualité sociale agricole ; Fédération nationale du Crédit agricole ; Coop de France ; Fédération des exportateurs de vins et spiritueux de France ; Fédération du Négoce agricole ; Fédération nationale des courses françaises ; Fédération nationale des entrepreneurs des territoires ; Fédération nationale des métiers de la jardinerie ; Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles ; Groupement national interprofessionnel des semences et plants ; Jeunes agriculteurs; Union des industriels de l’agroéquipement ; Union des industries de la fertilisation ; Union des industries de la protection des plantes ; Union nationale des entrepreneurs du paysage ; Union nationale des Maisons familiales rurales d’éducation et d’orientation. 

François Bayrou : pour des prix les plus vrais possible
«Si on me pousse un peu je dirais que je suis pour une politique de prix les plus vrais possible», annonce François Bayrou à plusieurs reprises. N’hésitant pas à jouer sur l’émotion de l’exploitant agricole qu’il est, le candidat centriste livrait plus un plaidoyer sur sa sensibilité agricole qu’un programme en tant que tel. Pour lui, l’agriculteur est protecteur et entrepreneur. Protecteur de l’environnement et à ce titre doit pouvoir maîtriser sa ressource en eau alors que « nous allons vers des crises pluviométriques plus importantes ». L’agriculteur entrepreneur, lui, doit voir se réduire la paperasse et les contrôles « qui sont là pour aider et pas pour bloquer». Et François Bayrou de plaider pour une stabilisation des normes et la défense de l’organisation des producteurs. Quant aux aides Pac, il s’agit moins de subventions que de compensations pour des prix bas. C’est bien pour cela qu’il faut maintenir une régulation des marchés (on a abandonné les quotas laitiers à tort mais il ne faut surtout pas abandonner les droits de plantation viticoles), tandis « qu’il ne faut pas céder un millimètre de terrain sur le budget agricole européen ». Enfin, la fiscalité agricole « est à remettre à plat mais pas sous la pression. C’est à vous de faire des propositions », lance François Bayrou aux agriculteurs.

Jacques Cheminade : « pas de spéculation sur ce qu’on mange »
Jacques Cheminade distingue deux types d’agriculture, l’une à forte intensité capitalistique, exportatrice, et l’autre à circuits courts, biologique, raisonnée. Pour lui, il faut rejeter l’affirmation selon laquelle la mise en concurrence de l’agriculture européenne est souhaitable. Et de souhaiter que l’on revienne à une politique européenne des biotechnologies, sous contrôle public, depuis la recherche jusqu’aux applications. Et le candidat « anti-finance folle » de stigmatiser les grandes banques, souhaitant mettre fin à « la spéculation sur ce qu’on mange » et demandant la séparation entre les banques de financement et les banques de détail. Mais Jacques Cheminade insiste aussi sur les promesses technologiques de l’agroéquipement, rappelant le lien entre des industries de pointe comme le spatial et les retombées pour les agriculteurs et leurs machines souvent plus en avance que les voitures elles-mêmes.

Nicolas Dupont-Aignan : « la politique agricole détricotée »
Stigmatisant « la démagogie » de ses concurrents, Nicolas Dupont-Aignan promet que s’il est élu, il fera tout pour instaurer des prix rémunérateurs pour les agriculteurs. Pour le candidat souverainiste, tout le mal vient du « détricotage systématique » de la Pac, notamment depuis le «malheureux élargissement » de l’Europe aux pays de l’Est. Sous De Gaulle, qui n’hésitait pas à utiliser la politique de la chaise vide, la Pac avait été négociée de manière favorable aux intérêts de la France. Tout cela a disparu au fil des traités européens, dit-il. Et de condamner « la contractualisation qui est un mensonge organisé », brandissant le contrat proposé par Lactalis à ses producteurs de lait. « Contrat de la honte, contrat de servage », dit-il, évoquant ensuite ces industriels « qui iront chercher du lait en Roumanie ». Avec ces pays de l’Est, on ne s’en sortira qu’en instaurant des montants compensatoires, prévoit Nicolas Dupont-Aignan.

François Hollande : « installer et installer des agriculteurs »
«Nous devons installer et installer des agriculteurs », martèle François Hollande. Suivant précisément la trame proposée par ses hôtes, le candidat favori des sondages du 2e tour prend l’occasion d’annoncer les chantiers à ouvrir s’il est élu. C’est d’abord relever le défi alimentaire de la planète en maintenant encore des organisations communes de marché dans le cadre européen. «Il ne faut pas se résigner à ce que les marchés imposent leurs règles », dit-il. Concernant les problèmes de sécheresse il faut dès maintenant une politique de long terme sur la ressource, de même qu’une politique de diversification des sources d’énergie. ce qui signifie aussi des marchés nouveaux pour l’agriculture. Des politiques à mener sur un, voire deux quinquennats, explique-t-il, déclenchant les sourires de l’assemblée. Et de proposer un nouveau statut pour les exploitations, le Groupement d’intérêt économique et environnemental, bénéficiant d’une fiscalité incitative et d’accompagnements des institutions publiques. François Hollande annonce aussi vouloir porter à 40% la part des produits locaux dans la restauration publique. Surtout, concernant la compétitivité, il estime qu’il y a bel et bien un problème de charges excessives pour les employeurs mais que la solution n’est pas un report de cette charge sur le consommateur. « Toute source de financement doit être considérée », insiste-t-il, persuadé qu’il faut « engager une réforme du mode de financement des prestations sociales ». Mais cela n’exclut pas une négociation européenne destinée à une harmonisation sociale. François Hollande prône aussi une démarche de filière qui passe par des contrats collectifs entre agriculteurs et industriels. Contrats qui permettent une prévisibilité des prix et des quantités. « Je crois, moi, aux corps intermédiaires », assure-t-il. Et d’indiquer que la création d’emplois dans l’enseignement qu’il a annoncé concerne aussi l’enseignement agricole, tout l’enseignement agricole, insiste-t-il faisant allusion au public et au privé.

Marine Le Pen : « le libre échange est vecteur de chaos »
«Je ne prendrai pas un centime aux salariés », clamait Marine Le Pen évoquant la réduction des charges sociales sur les salariés de manière à alléger les coûts du travail. C’est une Marine Le Pen volontiers provocatrice qui s’est adressée aux agriculteurs, allant jusqu’à accuser Xavier Beulin de confondre son rôle de patron de Sofiprotéol et président de la FNSEA en défendant les OGM. « Mme Le Pen n’a aucune leçon à me donner », répondait celui-ci, conscient que l’offensive de la présidente du Front national était clairement murie et préméditée. Marine Le Pen se livrait également à une critique en règle des entreprises agroalimentaires et de la grande distribution, évoquant la « bibine de Listel » ce qui ne manquait pas de susciter de vives réactions de l’audience, manifestement pas d’accord sur cette vision. « Pas question de brader les AOC », affirmait-elle, évoquant un « collectivisme ultralibéral » et encore ce « machin ultralibéral » que constituerait la réforme de la Pac. « Aux entreprises agroalimentaires, je demanderai des comptes », prévenait-elle.

Nicolas Sarkozy : « les agriculteurs ne sont pas des jardiniers »
Président de la République sortant, Nicolas Sarkozy pouvait à la fois faire campagne comme candidat et annoncer quelques bonnes nouvelles pour les agriculteurs « qui sont des entrepreneurs, pas des jardiniers ». Ainsi, il affirmait avoir donné son feu vert à la possibilité de créer des retenues collinaires sans demande d’autorisation dans le cas où elles représentent moins de 350 000 m3 d’eau. Faisant l’éloge de la Pac, il rappelait ses deux exigences face à l’Europe : d’une part la mise en place d’une véritable politique de gestion de l’espace Schengen (libre-circulation des personnes) ; d’autre part, la possibilité de réserver une proportion des approvisionnements en cantines publiques à des produits d’origine locale. « L’Europe ne peut plus continuer comme cela », affirmait le président-candidat. Si elle ne fait rien d’ici un an, « nous le ferons nous-mêmes», affirme Nicolas Sarkozy. Critiquant l’ouverture sans contrôle des frontières, il demandait : alors que les éleveurs européens respectent la traçabilité et le bien-être animal, « pourquoi faire venir de la viande de pays où le terme de traçabilité n’existe même pas et où les règles de bien-être animal sont inexistantes ? » Nicolas Sarkozy se félicitait d’avoir obtenu un accord pour le maintien en euros courants du budget de la Pac de même que d’avoir fait prendre des mesures (TVA emploi notamment) pour alléger les charges salariales des exploitants. Et de promettre : « Si la Commission européenne dit que ce n’est pas une mesure sectorielle, nous étendrons l’allègement des cotisations sociales aux exploitants non salariés ». Et de conclure par une pique à l’encontre du candidat socialiste : « Ce n’est pas nous qui voulons travailler avec les Verts ! »

Eva Joly : « le développement durable implique un changement de modèle »
Le « clash » semblait devoir venir de la confrontation entre les représentants agricoles et Eva Joly, la candidate d’Europe-Ecologie-Les Verts. Il n’en a rien été et la candidate a laissé le rôle de provocatrice à Marine Le Pen. Eva Joly a été au contraire plutôt consensuelle, justifiant tout au plus le principe de précaution et s’affirmant radicalemenrt contre les OGM, non sans provoquer quelques murmures. Quelques murmures appuyés aussi lorsqu’elle évoqua, ironie ou inconscience (?) être conseillée par les agriculteurs que sont René Louailhe et José Bové, oubliant qu’elle citait là deux ex-adversaires syndicalistes de la Confédération paysanne. Eva Joly s’efforçait néanmoins de « montrer nos convergences, évoquant « la bataille qualitative qui doit être gagnée après que la bataille quantitative eut été remportée ». Plus tranchée était sa position concernant la vocation exportatrice de l’Europe, la candidate estimant que l’UE n’avait pas vocation à nourrir le monde et citant à ce sujet, Luc Guyau, ce qui rendait dubitatifs les congressistes.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.