Abonné

Les capteurs tentent d’investir les ruches

- - 4 min

Alors que les capteurs se multiplient en élevage et en grandes cultures, l’apiculture est un terrain difficile à occuper. Les territoires sont plus grands, les abeilles minuscules. Certains capteurs sont commercialisés. Mais les ruchers entièrement connectés, ce n’est pas pour demain, selon les spécialistes.

« Depuis chez lui, l’apiculteur peut visiter ses ruchers », décrit Christian Lubat, fondateur et directeur de l’entreprise Bee Guard. Ces visites sont essentielles pendant les périodes de transhumance des ruches. L’entreprise vend des capteurs et des boîtiers GPS pour les ruchers. À l’origine, l’idée était de dissuader les voleurs de ruches d’opérer. Mais cette seule activité étant limitante, Christian Lubat poursuit : « Nous avons développé des capteurs de poids, de température et de pression. Les informations sont directement envoyées à l’apiculteur ». Ce système permet à l’apiculteur de minimiser les déplacements en transhumance. Dans l’apiculture « traditionnelle », les apiculteurs se déplacent environ une fois par semaine pour vérifier l’état de la miellée. Mme Ciezkowski est apicultrice dans le Tarn (81). Elle a 800 ruches et a équipé ses ruchers (groupes de ruches) de capteurs de poids. Tous les jours, elle reçoit des informations. Autrement dit : elle sait où en est la production de miel dans ses ruches sans se déplacer. « Pendant la transhumance, ça change complètement notre façon de travailler », affirme-t-elle. De fait, les déplacements entre les ruchers, parfois distants de plus de cent cinquante kilomètres, sont alors moins fréquents et mieux ciblés.

Des petites avancées

L’idée de « pucer » les ruches était dans l'air, mais avait du mal à prendre forme. « Certains détournaient des produits de géolocalisation pour les vendre aux apiculteurs », raconte Christian Lubat. En quelques années, avec son équipe de R & D, ils mettent au point des capteurs (GPS, poids, température, pression) à destination des professionnels. Les équipements sont commercialisés depuis le 1er janvier 2015, année au cours de laquelle l’entreprise réalise un chiffre d’affaires de 325 000 euros. Avec près de 200 clients « professionnels », Bee Guard touche aussi des marchés extérieurs (Pologne, Portugal…), même si la majorité est en France. Christian Lubat semble optimiste pour la suite et explique que Bee Guard sera présent au congrès européen de l’apiculture qui doit se tenir en Suède du 11 au 13 mars.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

apiculture
Suivi
Suivre

Des défis à relever

Parallèlement, la recherche aussi avance. Mais les besoins et les défis sont infiniment plus grands. Fabrice Allier, coordinateur pollinisation et ressources à l’Itsap (institut technique de l’abeille), développe : « Contrairement à l’élevage ou aux grandes cultures, on ne travaille pas à l’échelle d’une parcelle. En apiculture, on travaille à l’échelle d’un territoire. » Par ailleurs, si l’on peut aisément mettre des puces électroniques au collier des vaches, pucer une abeille est une opération beaucoup plus délicate. « Ça nous arrive, mais dans un cadre expérimental. On installe des petits capteurs à l’entrée de la ruche, on peut alors étudier les allées et venues des abeilles. » Pour l’heure, le spécialiste explique que certains capteurs sont à l’étude. « Ce sont des projets expérimentaux », insiste-t-il. Si la commercialisation des capteurs de poids donne déjà des résultats dans la « routine » des apiculteurs, la technologie doit encore faire ses preuves. Loin d’enterrer les nouvelles technologies, ne serait-ce que pour faire avancer la recherche apicole, Fabrice Allier rappelle tout de même que les économies de déplacement pendant la transhumance sont déjà effectuées par ailleurs : « Lorsqu’un voisin va voir ses ruches, un apiculteur peut lui demander l’état de ses propres ruches. Cette pratique est répandue ».

« Pendant la transhumance, ça change complètement notre façon de travailler »