« La situation n’a jamais été aussi tendue et grave dans notre filière », insiste Guillaume Roué, président de l’Inaporc, l’interprofession porcine. « En un an, nous avons perdu les gains de compétitivité gagnés en quinze ans », s’alarme-t-il. « C’est un choc important dont nous ne sommes ni maître ni acteur. La filière subit la situation et cela crée des tensions ».
En cause la hausse des céréales. Alors que le prix moyen d’une tonne de blé atteignait 120 euros durant l’été 2006, il a largement dépassé les 250 euros et avoisinerait les 300 euros à l’heure actuelle, soit une hausse de plus de 70 %. Et les perspectives semblent montrer que cette situation va durer. L’alimentation animale représente désormais 66 % du coût de production de la viande de porc, alors que cette part s’élevait à 57 % un an plus tôt. Selon le modèle économique de l’IFIP, le coût de production d’un kilogramme de porc est passé de 1,238 euro par kilogramme en 2006 à 1,57 en août 2007.
En parallèle, l’Inaporc tient à rappeler que le prix moyen payé à un éleveur est passé de 1,40 euro par kilogramme en 2006 à 1,24 euro en 2007. « Ainsi, en même temps que les éleveurs de porcs ont vu augmenter leur coût de production, le prix payé aux éleveurs a baissé, entraînant un déficit de près de 20 euros pour ces derniers », indique Guillaume Roué.
Répercuter les hausses
L’interprofession demande ainsi une valorisation des prix payés aux éleveurs. « Les hausses constatées au stade de l’alimentation animale doivent pouvoir être répercutées jusqu’aux consommateurs de façon à ne pas perdre une partie de la production porcine française. Dans le cas où cette perte de production surviendrait, elle engendrerait une baisse de l’offre avec une inflation non maîtrisable sur les prix de la viande ».
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L’IFIP a simulé à la demande de l’Inaporc un modèle économique dans lequel la hausse des matières premières serait répercutée sur le prix au consommateur (voir tableau ci-après). « Nous avons besoin de passer ces hausses. Mais cela ne se décrète pas surtout dans un contexte où le gouvernement tient un langage anti-inflationniste. Notre première opération est donc de sensibiliser l’opinion », souligne Guillaume Roué, ajoutant « si rien n’est fait, il y aura de la casse ».
De son côté, Robert Volut, président de la Fict (Fédération des Industriels de la charcuterie), s’est dit « prêt à faire face aux négociations de tarifs. Les pouvoirs publics doivent prendre en compte la situation générale de la filière et ne pas globaliser le problème avec celui du pouvoir d’achat ». Le président a rappelé que la filière porcine représente 80 à 90 000 emplois dans l’Hexagone et un chiffre d’affaires d’environ 14 milliards d’euros.
« Trouver de nouveaux marchés »
Le déséquilibre entre l’offre et la demande a entraîné cette situation inflationniste des cours des céréales. D’un côté, les pays émergents, et en particulier l’Inde et la Chine, augmentent de manière importante leurs importations. L’Inde est ainsi passée entre 2004 et 2006 de zéro à 7 millions de tonnes de blé importé, représentant environ 20% de la production française de blé pour l’année 2006, selon l’Inaporc. De l’autre, l’offre diminue du fait notamment de l’utilisation des matières premières à des fins non alimentaires, type bioéthanol, mais également de mauvaises récoltes dans plusieurs pays producteurs. S’ajoutent à ces facteurs une spéculation financière sur les marchés et une diminution des «stocks stratégiques mondiaux» pour des raisons budgétaires. « Aujourd’hui les stocks ne peuvent couvrir qu’une cinquantaine de jours de besoins, contre 80 jours il y quelque temps », précise Guillaume Roué. L’Inaporc met donc en exergue la nécessité de «trouver de nouveaux marchés pour la viande de porc afin de permettre de mieux équilibrer l’offre et la demande, garantissant une meilleure tenue des cours du porc. Des possibilités semblent s’offrir en Chine». Guillaume Roué a d’ailleurs fait état de la signature entre la Chine et Socopa d’un contrat de fourniture de 7 000 tonnes de porcs, soit 100 000 porcs abattus, représentant environ 2 % de la production hebdomadaire française. 3 000 tonnes supplémentaires devraient s’ajouter aux termes du contrat prochainement.