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Marchés mondiaux Les céréales et les oléagineux « sur le fil du rasoir », selon le rapport Cyclope

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En présentant la 25e édition de son rapport Cyclope 2011, le 17 mai à Paris, Philippe Chalmin a fait remarquer que les marchés mondiaux avaient récupéré de leurs chutes du deuxième trimestre 2008. Selon l’économiste, professeur à l’université Paris-Dauphine, « en avril 2011, les prix mondiaux ont dépassé les niveaux records de juillet 2008, particulièrement en ce qui concerne les produits agricoles et les métaux ». Cependant, Philippe Chalmin indique que la moyenne des cours des matières premières en mai 2011 s’était un peu détendue.

«Un renforcement du dollar face à l’euro notamment, et une certaine irrationalité des prix vis-à-vis des fondamentaux, notamment sur l’élasticité de l’offre et de la demande, ont permis une détente des cours des matières premières agricoles », a expliqué Philippe Chalmin, en présentant la 25e édition du rapport Cyclope qu’il a dirigé. Si, selon lui, la spéculation n’agit qu’à la marge comme facteur de hausse, les prix de l’énergie jouent en revanche un rôle fondamental dans la flambée des prix.
Les céréales et les oléagineux restent sous tension
« Les céréales et les oléagineux sont sur le fil du rasoir en cette fin de campagne 2010/2011 en raison d’événements climatiques retardant les semis de maïs et de printemps aux Etats-Unis et au Canada, asséchant le nord-ouest de l’Europe et retardant les semis de printemps en Russie », a souligné Philippe Chalmin. Pour lui, il est nécessaire à court terme, d’investir dans les capacités de production, notamment agricoles, afin de répondre à la demande mondiale. « Mais la problématique est transversale à l’ensemble des matières premières (énergie, minerais, métaux) », fait remarquer Philippe Chalmin. D’ailleurs, dans son chapitre dédié à la régulation agricole, l’économiste fait un rapprochement entre la volonté de régulation des années 70, suite au choc pétrolier, et le G20, notamment agricole, qui voudrait réguler les marchés des matières premières. Problème, la différence d’interprétation du mot régulation entre les Etats-Unis et la France. Pour les premiers, cela se traduit par la mise en place d’une transparence accrue sur les marchés, pour la seconde, le mot est lié à la stabilité.

L’Europe est-elle capable de réguler ses marchés ?

« L’Europe est-elle capable de se doter d’un organisme tel que la CFTC ? », la Commodity Futures Trading Commission, organe américain de régulation des marchés des matières premières, s’est demandé Philippe Chalmin. Selon lui, les marchés de matières premières en Europe « ont besoin d’avoir des règles du jeu et une autorité capable de siffler la fin de la partie si nécessaire », en cas de volatilité journalière trop élevée notamment. « Les marchés des matières premières ont besoin d’un contrôle public », a clamé Philippe Chalmin. Cependant, il pense que si des efforts étaient déjà faits afin de stabiliser les changes, la situation pourrait s’améliorer. En ce qui concerne le G20 agricole, Philippe Chalmin a déclaré « rêver d’un fonds de financement mondial des politiques agricoles, pour donner les moyens aux pays qui le souhaitent de se doter d’une Pac sur le modèle de 1958 ». Pour lui, faire utiliser les marchés à terme par les producteurs agricoles dans les pays en développement n’est pas sérieux.

Une tendance à « surexposer les mauvaises nouvelles »

Au niveau agricole, l’un des auteurs du rapport, François Luguenot, responsable des analyses de marchés agricoles chez InVivo, souligne que pour le moment il n’y a pas de risque de pénurie en produits agricoles. Cependant, il explique que l’actuelle décrue des stocks et les incertitudes sur la prochaine récolte russe « variant de 10Mt pour les récoltes de blé et d’orge en fonction des estimations », ne sont pas de nature à rassurer les opérateurs. Selon lui, la situation n’est pas catastrophique, mais peut aussi « partir en vrille », étant donné les tensions sur les stocks agricoles mondiaux. Enfin, François Luguenot a expliqué que la ferme intention du président américain Obama de consolider l’indépendance énergétique des Etats-Unis grâce à la production d’éthanol pourrait maintenir les avantages fiscaux accordés à ces productions. Cependant, il a indiqué que les opérateurs sur les marchés agricoles avaient tendance à surexposer les mauvaises nouvelles. D’ailleurs, la part des céréales échangées dans le monde a plutôt eu tendance à croître entre 2005/2006 et les prévisions pour 2010/2011, passant de 214,8Mt à 243Mt, selon les données du rapport Cyclope. Sur la même période, le stock mondial en céréales de clôture est passé de 317Mt à 341Mt.

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