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90e anniversaire de l'AGPB Les céréaliers en ordre de bataille face au défi alimentaire mondial

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L'AGPB (Association générale des producteurs de blé) s'est dite mobilisée face au défi alimentaire mondial, lors de son 90e anniversaire, en lançant le 16 juin des propositions via un livre blanc. Reste à lever des contraintes qui pèsent sur la production.

«N OUS avons la capacité, la France a la capacité de contribuer à relever le défi alimentaire mondial », a déclaré le président Philippe Pinta, qui a remis au ministre Stéphane Le Foll, venu pour l'occasion, un exemplaire de ses Douze défis pour produire plus, produire mieux (1). « Avec les céréales et le blé, nous disposons d'un pôle d'excellence française, nous regroupons des producteurs performants, une filière dynamique, reconnue aux plans national, européen et mondial, a-t-il poursuivi. Nous disposons d'outils industriels efficaces, nous comptons plusieurs leaders mondiaux, nous bénéficions d'installations portuaires parmi les plus efficaces du monde. Sachons utiliser tout cela comme autant d'opportunités, pour l'emploi, pour nos territoires, plutôt que lui infliger des contraintes inutiles et parfois insoutenables. »

Frein réglementaire

C'est notamment l'idée soutenue par des intervenants à un colloque, organisé ce jour-là par l'AGPB, ayant parmi ses thèmes : « Le blé, un atout stratégique pour la France ». « On a le devoir moral de produire face au défi alimentaire mondial », a soutenu Jean-Philippe Everling, directeur du négoce international chez Axéréal, en pointant « des régions très déficitaires » dans le bassin méditerranéen. « Il est injuste de ne pas tout mettre en œuvre pour approvisionner des marchés dans l'attente, a-t-il expliqué. Un tas de réglementations viennent contraindre la production. » Cela vise en particulier la limitation des intrants. Pour lui, l'exemple à ne pas suivre vient du Danemark, devenu importateur de blés meuniers à force de « réglementations excessives ».

Alain Le Floch, directeur général de Vivescia, a souligné le risque de « perte de compétitivité ». « Je milite pour une réglementation en valeur relative », a-t-il lancé, pour dire l'importance de prendre en compte l'« environnement de marché ». Autre impératif à ses yeux, « laisser aux agriculteurs le temps de s'adapter ». Xavier Beulin, président de la FNSEA, a aussi insisté sur la compétitivité, qu'il convient de renforcer « en réallouant des moyens sur les facteurs de production ».

Levier de l'innovation

L'innovation, thème d'une deuxième table-ronde, apporte une autre illustration des entraves liées à la réglementation. « La France est le pays le plus réglementé de la terre », s'est plaint le président de l'European Institute for Creative Strategies and Innovation Marc Giget, sous les applaudissements de la salle, en avançant le chiffre de 400 000 normes contre 78 000 chez le deuxième du classement.

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Le sujet controversé des biotechnologies a été abordé par Catherine Feuillet, DG de la recherche sur les caractères agronomiques chez Bayer, pour qui « il faut se laisser l'ensemble des possibilités de faire de l'innovation ». Ce n'est pas le cas en France, avec l'interdiction de culture des OGM. En matière d'innovation, « il faut combiner les technologies », a insisté Jacques Mathieu, DG d'Arvalis, en citant notamment la génétique, les prévisions météo, mais aussi d'autres leviers comme l'utilisation de l'azote des légumineuses. « L'agriculteur sait mobiliser à la fois les hautes technologies et le savoir-faire, l'agronomie », selon lui. Interrogé sur l'ambition de « produire plus et mieux », il s'est dit « résolument optimiste », même si « le challenge est compliqué ». « On a (en France) les meilleurs sols, le climat le plus favorable aux céréales à paille, des instituts de recherche, des agriculteurs formés ».

« Produire plus, produire mieux », reprend François Hollande

LE slogan de l'AGPB « produire plus, produire mieux » trouve un écho auprès du président de la République François Hollande, qui a transmis un message aux participants à l'événement. « Il faut que l'Europe et la France puissent participer aux équilibres alimentaires mondiaux, écrit le chef d'Etat dans une lettre datée du 12 juin. La population de la planète va atteindre 9 Mdr d'habitants en 2050 et la demande alimentaire va connaître une croissance importante. Il faut donc produire plus pour être en mesure de répondre à la demande de tous ceux qui comptent sur le blé de France et en particulier, nos voisins du bassin méditerranéen. (…) S'il faut produire plus, il faut produire mieux pour respecter les milieux naturels et répondre aux demandes des consommateurs. »

Voir n°3451 du 09/06/2014