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Régulation Les céréaliers prêts à des discussions avec la nutrition animale

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Le 6 septembre, l’AGPB s’affirmait prêt à discuter avec les industriels de la nutrition animale afin de trouver ensemble une solution pour réguler les prix des matières des aliments du bétail. De leur côté, les coopératives s’affirment favorables à la démarche contractuelle entre producteurs et metteurs en marché. Tous azimuts, des réflexions émergent pour stabiliser des évolutions de prix, tant entre filières qu’entre amont et aval.

Tous les opérateurs savent qu’ils ont beaucoup à risquer et peu à gagner face aux prix aléatoires. D’où des idées qui émergent ou tout au moins des propositions de discussions. Ainsi, les céréaliers sont prêts à ouvrir des discussions avec les industriels de la nutrition animale pour réguler, en période de hausse comme en période de baisse, les prix des céréales destinées aux aliments du bétail. C’est l’une des orientations prises par le conseil d’administration de l’Association générale des producteurs de blé (AGPB), réuni le 6 septembre. Celui-ci s’est prononcé en faveur de discussions entre Orama et les représentants de l’industrie de la nutrition animale (Coop de France et Syndicat national des industries de la nutrition animale). L’AGPB part du constat, illustré par l’actualité, que la volatilité des prix des céréales devient de plus en plus fréquente. L’association cite « les difficultés qu’entraîne l’ampleur de la hausse des prix des matières premières végétales pour les élevages porcins (55% d’incorporation de céréales, selon Céréaliers de France) et avicoles (63%) ». Les producteurs de grandes cultures savent qu’ils ont plus à perdre qu’à gagner de voir un secteur de l’élevage mis à mal par une hausse de ses charges.

Proposition pour l’instant
Pour l’instant, il ne s’agit que d’une proposition de discussion. Au sein de Céréaliers de France, on n’avance pas encore de mécanisme précis ou d’orientation laissant imaginer ce à quoi il pourrait ressembler.
Cependant, au conseil de gestion céréales du 8 septembre, FranceAgriMer a proposé aux professionnels d’être le lieu d’accueil de ces discussions et d’utiliser son expertise en tant qu’interface entre les filières, tant pour imaginer que pour téter des solutions.

Céréales : l’AGPM porte un projet de contractualisation
Pour sa part, l’Association générale des producteurs de maïs (AGPM), comme l’AGPB (blé) envisage la régulation des prix des céréales destinées aux industries d’aliments du bétail, a confié Luc Esprit, directeur de Maïz’Europ, lors des « journées maïs » qui se sont tenues les 8 et 9 septembre à Pau. « L’AGPM réfléchit à un schéma de contractualisation entre les producteurs et les industries d’aliments du bétail et le portera à Orama ».
Selon ce schéma, les producteurs contractualiseraient une partie de leur production pour tel volume et à tel prix avec leurs organismes stockeurs. Dans le cas où ces derniers sont aussi fabricants d’aliments du bétail, ce qui est fréquent, la chaîne de contractualisation serait courte, car elle s’arrêterait là. Mais on peut imaginer aussi le cas où un organisme stockeur (OS) ne dispose pas d’outil de production d’aliments du bétail, a précisé Cédric Poeydomenge, chargé de mission à l’AGPM. Dans cette situation l’OS s’engagerait vis-à-vis d’un industriel extérieur à l’approvisionner pour un volume et un prix convenus. En contrepartie, l’industriel s’engagerait à assurer un débouché à l’OS. Ce genre de contractualisation existe aux États-Unis, avec comme référence de prix les cours des marchés à terme, a ajouté Cédric Poeydomenge. Un financement de ce schéma pourrait être trouvé à partir du second pilier de la Pac, avance-t-on à l’AGPM.
Deux jours après la proposition des céréaliers, « Coop de France Nutrition animale appelait à la mise en place de systèmes efficients de régulation des marchés céréaliers, de manière à restreindre la volatilité des cours », selon un communiqué de presse daté du 8 septembre. « La proposition d’Orama de travailler conjointement à un dispositif de régulation des prix pour l’alimentation animale » a donc été accueillie « favorablement » par Coop de France. En attendant de tels outils, cette organisation demande à nouveau la remise en marché « d’urgence » de l’ensemble des stocks d’interventions européens. Et elle dénonce ouvertement la spéculation sur les marchés des matières premières alors que « les bilans céréaliers mondiaux ne laissent entrevoir aucune pénurie, contrairement à 2007. »

Les contrats ne font pas peur aux coop
En ce qui concerne les relations amont – aval, « les contrats ne nous font pas peur ! C’est une démarche naturelle pour la coopération ! », a lancé Philippe Mangin, le 9 septembre, lors de sa conférence de presse de rentrée. Le président de la coopération française souscrit totalement à la contractualisation, mesure phare de la loi de modernisation de l’agriculture. « On appelle à la mise en place des contrats dans les meilleures conditions dans les filières fragiles ». Cette mise en place doit s’accompagner d’un « travail sur l’organisation économique ». « Il y a actuellement beaucoup de mouvements d’alliances et de fusions dans le monde coopératif : il faut les poursuivre », ajoute-t-il. Bon nombre de coopératives, d’ailleurs, travaillent sur le principe des contrats, telles Sicarev, dans le centre de la France. Le groupe coopératif propose, pour chaque catégorie d’animaux, des engagements d’achats définissant des périodes de sortie d’animaux, des poids d’engraissement et des garanties de prix lorsque le prix de marché est inférieur aux coûts de revient.
Au sujet de l’idée lancée par le ministre Bruno Le Maire de faire des contrats inter-filières (céréalier-éleveur) pour tenter de stabiliser le prix de l’aliment, Philippe Mangin se montre beaucoup plus prudent. S’il y est favorable, il estime que « ce n’est pas si facile à mettre en place sauf si l’on a recours aux instruments de couverture ». « Les fabricants d’aliments du bétail auraient pu se couvrir en juillet, pour 6 mois, un an ou 18 mois quand les cours de céréales fourragères étaient très bas, explique Philippe Mangin. Mais ils ne l’ont pas fait ». L’explication est « culturelle », estime-t-il. Si on ouvre le chantier des contrats inter-filières, « il faut recourir à des instruments d’arbitrage de cette nature ». « Les marchés à terme offre de la lisibilité mais ils doivent évoluer dans un cadre mieux maîtrisé », ajoute Philippe Mangin. « Il est souhaitable de réguler leur fonctionnement en Europe », a-t-il conclu.

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