Lors de l’assemblée générale d’Orama qui s’est déroulée le 10 juin à Troyes, les céréaliers ont rappelé la nécessité pour eux de garder des filets de sécurité comme l’intervention. Une position que leurs invités espagnol, allemand et polonais ont rejoint.
«Qui peut nous prouver que les marchés de nos productions puissent se réguler d’eux-mêmes ? », s’est interrogé Philippe Pinta, président d’Orama, association spécialisée dans les grandes cultures de la FNSEA, lors de l’assemblée générale de son organisation, le 10 juin à Troyes. A la veille du bilan de santé de la Pac, cette question devient fondamentale pour les céréaliers français, qui redoutent de perdre les instruments de régulation du marché comme l’intervention. Pour le président d’Orama, la volonté de la Commission « de remplacer l’actuelle intervention sur le blé par des achats aux moments, aux prix et pour les volumes qu’elle voudrait, est stupéfiante et surtout irresponsable ». Jean-Jacques Vorimore, vice-président de l’AGPB (Association générale des producteurs de blé) a pour sa part estimé que ce type de décision « non prévisible » était de nature à augmenter la volatilité du marché, au même titre que les quotas à l’exportation mis en place par la Russie et l’Ukraine. « Alors qu’aujourd’hui, l’intervention est un dispositif transparent, connu de tous et permanent », a-t-il ajouté.
Bruxelles « obsédée par les économies budgétaires »
Invité par Orama, Zbigniew Kaszuba, président de la fédération nationale des producteurs de céréales (KFPZ) en Pologne, a confirmé que la modification du système d’intervention aurait des « conséquences lourdes pour les agriculteurs » de son pays. Le responsable s’est montré inquiet quant à la réforme à venir. « La Pac devait introduire des règles stables, mais nous avons l’impression qu’une révolution est en cours », a-t-il fait remarquer. Un avis partagé par Klaus Kleim, président de l’union allemande pour la promotion des huiles et des protéines végétales (Ufop). « L’agriculture a besoin des meilleures conditions possibles, a-t-il commenté. Ce qui se traduit pour nous par une confiance en la politique. Aujourd’hui, elle n’existe pas ». De son côté, Ricardo Serra Arias, vice-président de l’association espagnole Asaja (jeunes agriculteurs), a estimé que la Commission « semblait toujours aussi obsédée par les économies budgétaires ».
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Négociations difficiles en vue à Bruxelles
Lors de son intervention, le ministre français de l’Agriculture, Michel Barnier, s’est en tout cas montré bien décidé à défendre le maintien d’un dispositif d’intervention efficace, sa « première priorité » (voir encadré). Comme les membres d’Orama, il souhaite une agriculture « productive », qui ne soit pas tournée vers le développement rural, car ce n’est pas son rôle. A Bruxelles, le combat risque d’être acharné, tant pour se faire entendre de la Commission que pour conquérir des voix au sein de Conseil. Comme l’a souligné Jean-Michel Lemétayer en sa qualité de président du Copa, le seul élément sur lequel l’opposition des Vingt-sept au projet de la Commission est totale concerne la modification de la modulation. Un bon point, sauf que c’est loin d’être le seul aspect de la réforme qui chiffonne les Français.