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AFTAA Les cessations laitières ne sont pas une fatalité

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Confrontés à des revenus moribonds, de nombreux éleveurs laitiers arrêtent le lait pour cultiver des céréales, espérant gagner plus et travailler moins. Un choix pas forcément gagnant, selon Olivier Perret, responsable technique pour l’entreprise d’expertise comptable Cogedis.

Arrêter la production laitière pour cultiver des céréales n’est pas forcément la solution miracle pour le revenu des agriculteurs, a voulu montrer Olivier Perret, responsable technique à Cogedis, une entreprise d’expertise comptable, lors de la journée vaches laitières organisée par l’Association française des techniciens de l’alimentation et des productions animales (AFTAA), mercredi 6 novembre à Paris.
« La concurrence du végétal, je la vois tous les jours, 2013 a été le sommet du délire en la matière. Beaucoup de clients me disent “j’arrête le lait, je fais des céréales, je vais travailler moins et gagner plus” », explique-t-il. En conséquence, « l’accélération des cessations vient se greffer sur l’évolution démographique, tous les ans, on perd entre 3 et 5% des laitiers ».
 
L’élevage laitier est peu efficace économiquement
La faiblesse du revenu est une des premières causes de l’arrêt du lait pour les agriculteurs. Se basant sur les données de 2 000 exploitations laitières de l’Ouest suivies par Cogedis, Olivier Perret a chiffré le prix du lait moyen payé au producteur à 338 euros les mille litres pour la campagne laitière 2012-2013, alors que le coût de production est de 320 euros (sans tenir compte de la rémunération de l’éleveur), soit 14 euros plus élevé que l’année précédente. Le revenu brut de la vente de lait est donc de 18 euros pour 1 000 litres : « Le revenu affecté au cœur de métier est extrêmement faible, l’efficacité économique n’est pas au rendez-vous », constate t-il. Dans le détail, « une forte disparité persiste », puisque si un quart des producteurs ont un coût de production de moins de 264 euros les mille litres, le quart inférieur produit du lait à 370 euros.
Et la réforme de la PAC n’arrangera pas forcément les choses, puisqu’« elle entraînera une diminution de 10 à 25% des aides européennes, même s’il y a encore l’inconnu des aides couplées », a calculé Olivier Perret. Une donnée importante sachant que les versements européens représentent entre 30 et 80% des revenus des laitiers. « Mais ceux qui bénéficiaient des références historiques en dessous de 200 euros l’hectare vont voir leurs aides augmenter », précise t-il.
 
Les céréales ne sont pas la solution miracle
Face à ce manque de revenu et à des prix des céréales qui ont fortement augmenté ces dernières années, de nombreux éleveurs laitiers sont tentés de retourner leur prairie et de se consacrer aux productions végétales. Un choix pas si évident : pour la culture de céréales, Cogedis a calculé une marge brute de 1 000 euros par hectare, avec un coût de production de 300 euros. « Les laitiers qui vont vers les céréales devront supporter les charges de structure de leur ancien atelier plus celle du nouveau, avec une productivité peut-être pas à la hauteur pendant les premières années », met en garde Olivier Perret. Chiffres en main, « le seuil d’opportunité s’éloigne », développe t-il : abandonner le lait ne serait intéressant que si les céréales sont à plus de 180 euros la tonne, si son atelier laitier est amorti, si ses sols disposent d’un potentiel agronomique suffisant, avec une taille d’exploitation d’au moins 250 hectares. « Ces critères éliminent la majorité des exploitations laitières : il reste donc un intérêt économique à faire du lait », conclut-il.
 
Les agriculteurs doivent devenir des chefs d’entreprise
Tout n’est pas perdu pour l’élevage laitier, donc, à condition que les éleveurs s’adaptent. Olivier Perret parle d’un « management économique obligatoire » sur les fermes, avec une dimension « chef d’entreprise », alors qu’actuellement « le pilotage économique est inexistant, beaucoup d’éleveurs ne connaissent pas leur coût de production, leur point d’équilibre… ». Dans le même ordre d’idée, les éleveurs devront saturer les outils de travail pour optimiser les charges de structure (foncier, mécanisation, bâtiments), mais aussi optimiser leurs coûts de production, avec un réflexe d’efficacité alimentaire. Mais « autonomie ne rime pas forcément avec rentabilité », précise Olivier Perret, notamment parce qu’elle peut entraîner une « déspécialisation » et une surcharge de mécanisation pour les cultures. « L’autonomie alimentaire peut être une stratégie gagnante pour faire du revenu, mais il faut une stratégie globale cohérente, avec des coûts de structure faibles », détaille t-il.
L’adaptation aux normes environnementales sera aussi une donnée incontournable : après les quotas laitiers, démantelés en 2015, l’impact de la production laitière sur l’environnement sera le nouveau « droit à produire », anticipe Olivier Perret : « En 2016, les exploitations qui auront réussi auront intégré les règles environnementales », même si le « verdissement » de la PAC ne posera pas de problèmes d’adaptation aux producteurs de lait, qui y sont déjà conforme. L’expert-comptable conseille également aux éleveurs « d’être à l’écoute des besoins de leur collecteur», car les volumes produits « dépendront en grande partie de la qualité de la relation avec la laiterie », insistant sur l’importance de la contractualisation, « un virage majeur de la production laitière souvent sous-estimé ».

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