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Salon des circuits courts Les circuits courts tentent une percée sur la toile

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Le Comptoir local, Poiscaille, Le Petit ballon, Pièce du boucher… les nouveaux circuits courts foisonnent sur la toile. Pour les agriculteurs, ces nouveaux débouchés sont une occasio de diversifier leurs débouchés.

Le premier Salon des circuits courts (1) se tenait à Paris les 19 et 20 septembre. La Ruche qui dit oui, Le Comptoir local, Poiscaille, Le Petit ballon… ces circuits courts aux noms sympathiques foisonnent depuis les années 2000. Ils rejoignent la famille des circuits courts déjà bien représentés par les marchés de plein vent et les ventes à la ferme (voir encadré). De fait, ils sont les plus importants en chiffres d'affaire, selon le service des statistiques du ministère de l'Agriculture (Agreste). Pas étonnant qu'un salon leur soit consacré ! Ground Control, coorganisateur du salon avec Saveurs Magazine, attendait 3 600 visiteurs. À titre de comparaison, le Sial (salon agroalimentaire parisien) et le Sia (salon agricole parisien) attirent respectivement 150 000 et 700 000 visiteurs. Le salon des circuits courts est donc jeune et modeste. Mais il est révélateur d'une tendance. Yuna Chiffoleau, chercheure à l'Inra Montpellier, précise : « En France, on parle de renouveau des circuits courts car ils existent depuis longtemps (les marchés de plein vent, ndlr) ».

Un renouveau tiré par Internet…

Dans les circuits courts traditionnels tels les marchés, la vente à la ferme, les Amap (2)… il n'y a aucun intermédiaire : l'agriculteur vend directement au consommateur. Les nouveaux circuits courts, eux, tentent une percée sur Internet, intermédiaire qui ne dit pas son nom. « Personne ne livre à domicile. Nous, on va chercher chez les producteurs et on livre chez le consommateur », décrit Adrien Sissic, fondateur du Comptoir local qui travaille avec quarante producteurs dans un rayon de 45 kilomètres en Ile-de-France. Son entreprise permet au consommateur de commander sur Internet, comme la Ruche qui dit oui, sauf qu'elle, ne livre pas à domicile. La diversité des circuits courts est étourdissante.

… et par une demande agricole

Yuna Chiffoleau précise que la tendance consommateur se retrouve chez les agriculteurs : « Les circuits courts apportent un apport de trésorerie plus stable. Et en moyenne, poursuit-elle, les fermes ont trois ou quatre circuits courts différents ». Le dernier recensement agricole (celui de 2010) fait état de 107 000 exploitants agricoles qui ont choisi de « privilégier la proximité avec le consommateur ». Yuna Chiffoleau affirme en outre que de nombreux jeunes s'installent directement en circuits courts. Les retombées économiques des circuits courts commencent à être « mieux cernés », selon une étude que Yuna Chiffoleau a co-écrite avec Jean-Marc Leynard (3). Ainsi, « les circuits-courts rémunèrent en moyenne une main d'œuvre plus importante par hectare que les circuits longs ». 

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ministère de l'Agriculture
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(1) Les circuits courts ont une définition officielle depuis 2009 : ce sont des « formes de vente mobilisant au plus un intermédiaire entre producteurs et consommateurs »

(2) Association pour le maintien d'une agriculture paysanne

(3) « “Local Food” : les circuits alimentaires courts et de proximités » publié dans Les systèmes alimentaires – page 124

Les circuits-courts, pas si citadins, diversifient leurs cibles

« On est à 60% en milieu rural contre 40% en milieu urbain en nombre de commandes », explique Lucie Réchard de la Ruche qui dit oui. Une étude financée par le Casdar de 2013 précise que « les fermes et les magasins de producteurs sont particulièrement fréquentés par les consommateurs qui se trouvent dans leurs périmètres, à savoir des habitants de petites communes ». La même étude précise que 42% des Français avaient acheté un produit issu d'un circuit court au cours du dernier mois. Le concept est répandu, mais toutes les classes sociales ne sont pas concernées de la même manière. Yuna Chiffoleau, chercheure à l'Inra de Montpellier, explique : « Les cadres et retraités sont surreprésentés, mais jeunes et ouvriers sont de plus en plus nombreux à recourir aux circuits courts ». Par contre, ils n'utilisent pas les mêmes circuits courts. Les ouvriers fréquentent plus aisément les ventes à la ferme, selon l'étude financée par le Casdar.