Thomas Piketty, économiste à l’EHESS (Ecole des hautes études en sciences sociales), et Lucas Chancel, chercheur à l’Iddri (Institut du développement durable et des relations internationales) ont rendu public, le 3 novembre, le rapport intitulé « Carbone et inégalité : de Tokyo à Paris » (1). Les deux économistes travaillent notamment sur le financement de l’adaptation au changement climatique dans le monde. Leur verdict est sans appel : « Si une hausse des contributions des pays du Nord est nécessaire, notre étude montre que les classes aisées des pays émergents, du fait de la hausse de leurs revenus et de leurs émissions, pourraient également contribuer à ces fonds. »
Dans l’analyse de T. Piketty et L. Chancel, l’Amérique du Nord représente 46,2 % des émissions mondiales générées par des individus émettant plus de 2,3 fois la moyenne mondiale.
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Ce constat est complété par la démonstration que « les inégalités d’émissions de CO2 mondiales sont de plus en plus expliquées par les inégalités à l’intérieur des pays – et non entre pays. » En 1998, les inégalités au sein des pays expliquaient un tiers de l’inégalité mondiale des émissions de CO2 individuelles. En 2015, cette part augmente et représente la moitié des inégalités individuelles mondiales. Autrement dit : au sein des pays (émergents compris), l’écart se creuse entre des classes aisées qui consomment beaucoup plus que les classes populaires du même pays. Par exemple, comparer les émissions moyennes d’un Français à celle d’un Vénézuélien perd son sens car au sein de ces deux pays, les inégalités sont grandes.