À la demande d’une partie de ses adhérents, la Saf Agr’idées, s’est penchée sur « le lancinant problème des agricultures des DOM », selon les mots de son délégué général Patrick Ferrère. Elle publie une liste de propositions pour assurer le développement et la résilience de l’agriculture d’outre-mer.
« On est partis du principe que l’agriculture est un secteur d’activité économique essentiel pour les DOM », a expliqué Patrick Ferrère, délégué général de la Saf Agr’idées, le 10 novembre, à l’occasion de la présentation à la presse de la note d’analyse du think tank, au sujet de l’agriculture d’outre-mer. Avec le tourisme, l’agriculture est fondamentale pour ces territoires, explique la Saf. « Couvrant de 20 à 35 % de la superficie des territoires, la production agricole occupe 16 % de la population active en Guyane, 12 % en Martinique et Guadeloupe, 10 % à la Réunion », indique la note. Alors qu’il existe des opportunités réelles – nourrir la population locale, intervenir sur les marchés environnants –, la Saf déplore un « devenir des agricultures domiennes […] incertain ». Elle publie dix propositions pour donner un second souffle à l’agriculture de l’outre-mer.
Une réglementation spécifique
La Saf estime d’abord « urgent » de « s’appuyer sur des outils structurants ». Si les cultures de bananes et de canne à sucre restent les points forts de l’agriculture domienne et étant à ce titre appelées à servir de moteur, il est nécessaire de répondre aux autres besoins de la population « importants en élevage, fruits et légumes ». L’application de produits spécifiques est nécessaire pour ces cultures en zones tropicales, estime la Saf qui appelle à des « homologations adaptées » et au développement de la recherche. Par ailleurs, la note estime que les aides Pac doivent rester couplées dans les territoires d’outre-mer. « Il faut ramener l’aide au produit », estime Patrick Ferrère et aider « un kilo de banane, ou un hectare de banane », par exemple.
Organisation et cohérence dans les filières
« Trop d’argent public s’est trouvé gâché par manque de cohérence dans la réflexion filière »
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La Saf insiste également sur la nécessité d’organiser les filières, sur le modèle de la banane par exemple, afin de privilégier le dialogue entre les différents maillons. L’objectif : apporter plus de cohérence dans les projets afin de leur assurer réussite et durabilité. Le think tank constate en effet que « trop d’argent public s’est trouvé gâché […] par manque de cohérence dans la réflexion filière avant tout démarrage de projets ». La Saf cite l’exemple de la construction d’un abattoir de volaille en Guadeloupe prévoyant 44 000 abattages hebdomadaires. Dans la pratique, les producteurs locaux n’ont pas été en capacité de fournir plus de 18 000 volailles par semaine. Alors que ce problème aurait pu être anticipé avec plus de concertation, l’abattoir a fait faillite au bout de 18 mois, explique la Saf.
Faciliter l’installation
La Saf appelle également à s’attaquer au problème du renouvellement des générations dans les exploitations domiennes, qui prendrait sa source dans la politique foncière spécifique des Dom. Comme il n’est pas obligé de céder son bail à l’âge de la retraite, un fermier peut rester en place en conservant son bail. Il n’est pas rare que certains « sous-louent » leurs terres à d’autres agriculteurs qui, de fait, ne peuvent pas réellement s’installer, constate le think tank. Cette réglementation spécifique entraîne des effets pervers : les propriétaires de terres agricoles sont de plus en plus réticents à louer leurs terres, de peur de ne pas pouvoir les récupérer. La Saf suggère de fait de faire évoluer « la politique des structures ».
À l’heure où les dispositifs de la future Pac sont en discussion, le think tank espère que les hommes politiques français et l’Europe sauront appréhender tout l’enjeu des évolutions réglementaires pour l’agriculture domienne. Car malgré les problématiques qui la freinent, elle reste ambitieuse. La filière banane de Guadeloupe et de Martinique, par exemple, envisage d’augmenter d’ici peu sa production et d’atteindre une récolte annuelle de 100 000 tonnes, contre 70 000 aujourd’hui, selon la Saf Agr’idées.