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Formation Les conseillers en agronomie font peau neuve

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Les nouvelles exigences en matière de durabilité viennent bouleverser les pratiques agricoles, et avec elles, le conseil en agronomie. L'école d'AgroParisTech et Resolia (pour les chambres d'agriculture) proposent une nouvelle formation pour ces conseillers agronomes destinés à accompagner les agriculteurs dans le changement.

Pour les conseillers en agronomie, « être au point techniquement ne suffit plus », a déclaré le 4 avril Étienne Regnaud, responsable de Resolia (le centre de conseil et de formation des chambres d'agriculture et des organisations professionnelles agricoles), lors d'une journée sur le thème « Conseiller demain en agronomie », organisée à Paris en partenariat avec l'institut AgroParisTech-Engref (Ecole nationale du génie rurale des eaux et des forêts, une école interne d'AgroParisTech). Face aux nouveaux défis en matière de durabilité et de demande sociétale, a précisé Daniel Rouvreau, président de la Chambre d'agriculture des Deux-Sèvres, les conseillers doivent en effet évoluer pour accompagner « le bouleversement des pratiques » qui en découle. Autrement dit, si les connaissances des nouvelles techniques demeurent un atout essentiel pour ces acteurs clés du changement, ils ne peuvent plus faire l'impasse sur les ressources humaines : quelle « attitude-posture », selon Etienne Regnaud, doivent-ils adopter face aux agriculteurs pour les convaincre et « co-construire » avec eux ? D'où l'idée de Resolia et AgroParisTech-Engref d'articuler ces deux volets au sein d'une même formation. « Une initiative qui au départ surprend, mais dont on mesure ensuite l'apport considérable », ont accordé les conseillers en agronomie de la première promotion venue témoigner à cette journée dédiée.
« Rendre les agriculteurs acteurs du changement »
« Les gens pensent que cette partie “posture-attitude”, on l'a ou on ne l'a pas, que c'est une question de personnalité, ou que cela s'apprend sur le tas... », a dénoncé Etienne Regnaud. C'était la conviction en effet de Florent Wieczorek, conseiller grande culture et énergie renouvelable à la Chambre d'agriculture de la Dordogne : « J'étais au départ surtout demandeur du côté technique. Le reste, le côté “posture”, je ne voyais pas très bien à quoi cela pouvait correspondre ». Et résultat : « C'est surtout en matière de posture que j'ai appris. Ça m'a notamment permis de donner du sens et de la cohérence à l'ensemble des différentes missions que j'ai au sein de la chambre. Avant, j'avais du mal à voir le lien entre elles ». « Concernant la posture, cette formation m'a amené à comprendre comment faire en sorte de rendre les agriculteurs acteurs du changement », a poursuivi Richard Raynaud, conseiller depuis quinze ans en Dordogne. « Je me sens depuis plus légitime dans mon rôle. Et surtout, ça m'a permis d'affiner mon conseil auprès d'agriculteurs qui, notamment en matière de gestion de l'eau, avaient parfois plus de connaissances que moi. J'ai non seulement acquis de nouvelles techniques mais j'ai aussi appris à pouvoir les leur communiquer », a indiqué de son côté François Hirissou, également de la Chambre d'agriculture de la Dordogne qui a eu la particularité d'envoyer quatre de ses conseillers sur ce parcours. Un engagement fort qui pourrait faire des émules, tant l'initiative a eu pour conséquence de créer « une nouvelle dynamique » au sein de la chambre, a repris Florent Wieczorek : « Nous sommes repartis tous les quatre de cette formation avec une valeur commune : produire en combinant “revenu suffisant” et “préservation des ressources”. Un acquis qui a depuis profité à toute la chambre. Nous sommes quinze désormais dans ce même mouvement, autour d'enjeux communs ». Et de suggérer même à l'avenir la présence des élus des chambres au sein de la formation.
L'isolement a en revanche probablement pesé pour ce conseiller alsacien, Laurent Fritzinger de la Chambre d'agriculture du Bas-Rhin où il est encore difficile de convaincre, selon lui, de la nécessité du changement : « On voit bien que la matière organique diminue dans le sol, mais comme on arrive toujours à produire autant... Il est difficile de faire changer les pratiques dans la région », a-t-il estimé. S'il ne voit pas comment appliquer sur le terrain le volet « communication » de la formation – « ça prendra du temps » –, « j'ai appris beaucoup de choses en revanche sur le plan technique : notamment, il n'existe pas de remède miracle, mais on trouve des solutions dans la combinaison de plusieurs leviers techniques ».

Raisonner à l'échelle de la filière
« Nous voyons bien que certains agriculteurs sont susceptibles de changer d'eux-mêmes, alors que d'autres sont perdus face à ces nouveaux défis », a commenté le président de la Chambre d'agriculture des Deux-Sèvres. « Ce qui me semble important dans le conseil, c'est de ne jamais perdre de vue l'articulation aspects économiques/aspects agronomiques ». Un avis confirmé mais aussi précisé par Thierry Doré, professeur à AgroParisTech et président de l'Association française d'agronomie : « Bien souvent, cet aspect économique ne relève pas de l'exploitation agricole elle-même, mais de l'économie de la filière et d'un certain volume de production à tenir. Il est ainsi important pour les conseillers en agronomie de raisonner surtout à l'échelle de la filière ». Une dimension transmise par le professeur au cours de la dernière formation, dont le prochain stage, de 15 jours découpés en quatre périodes, débutera en juin 2012.

contact : Franck Pervanchon : [email protected] ou au 0140641672

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