Des experts du changement climatique et de ses effets ont expliqué son impact devant les chambres d'agriculture de l'arc atlantique. Les conséquences sur l'agriculture sont maintenant bien connues.
«LE changement climatique n'est plus une hypothèse. C'est désormais une réalité. On franchit une marche d'escalier. On n'est plus dans le même monde. La question est désormais d'en limiter les effets et de mieux comprendre les phénomènes à l'œuvre. » Devant l'Assemblée permanente des Chambres d'agriculture de la façade Atlantique (AC3A), à Bagnoles-de-l'Orne, Nathalie de Noblet a été catégorique. Physicienne et climatologue, directrice adjointe du Labex BASC (biodiversité, agrosystèmes, société climat), elle a invité le monde agricole à s'emparer de cette question. « Même si l'Europe n'est pas le continent qui sera le plus affecté. » Sur l'autre rive de la Méditerranée, la situation s'annonce plus difficile « avec une remontée de la zone désertique vers le Nord. » Si, depuis toujours, la planète a connu des variations climatiques avec des périodes chaudes et froides, les différents modèles utilisés par les chercheurs du groupe intergouvernemental sur le climat (Giec) permettent d'isoler la responsabilité des activités humaines dans les phénomènes en cours.
Des changements sont déjà à l'œuvre. La durée des gelées se raccourcit en survenant plus tard et en cessant plus tôt. Les vendanges sont de plus en plus précoces. « Au milieu du siècle, d'une année sur l'autre, la variabilité devrait être plus forte. »
60% de la France concernés par la sécheresse
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La gestion de l'eau sera également une question centrale. « Aujourd'hui, 15% du territoire sont affectés par la sècheresse agronomique. À la fin du siècle, quel que soit le scénario retenu, 60% du territoire français seront concernés. Il y aura également plus de pluies en hiver et des périodes plus fréquentes de canicule. Il est essentiel d'accompagner les agriculteurs pour leur permettre de bien utiliser ces données », insiste Nathalie de Noblet.
Pour Frédéric Levrault, chargé de programme changement climatique à la Chambre d'agriculture Poitou-Charentes, le changement est effectivement déjà à l'œuvre sur la façade atlantique avec des conséquences « sur les dates des vendanges, la typicité des vins. On se dirige vers des vins espagnols. Les premières floraisons de pommiers sont plus précoces mais aussi avec une forte variabilité et les besoins en froid de la végétation ne sont pas satisfaits. Il faut se doter de capacités de lecture et utiliser les données disponibles. »
Le véritable défi porte aujourd'hui sur la déclinaison régionale de ces enjeux pour les grandes cultures, l'herbe, la vigne et l'arboriculture. « Définir des axes d'adaptation, bâtir et maîtriser le catalogue des solutions. »