Les efforts fournis par l'industrie alimentaire afin de diminuer la teneur en sel dans les aliments transformés sont moins significatifs que lors des enquêtes précédentes car beaucoup de produits alimentaires contiennent encore trop de sel, selon une récente étude de Test-Achats, l'organisation de consommateurs belge.
L'ORGANISATION belge des consommateurs Test-Achats a analysé la teneur en sodium de quelque 160 produits de consommation courante souvent incriminés pour leur apport en sel non négligeable (1). Afin de se rapprocher un maximum du panier de la ménagère, les enquêteurs ont testé non seulement des produits belges mais également étrangers, notamment français. Les résultats dans certains secteurs et catégories de produits sont moins bons que lors des enquêtes précédentes de Test-Achats. Les efforts fournis par les industriels dans la diminution des teneurs en sel varient considérablement non seulement en fonction du secteur mais également d'une marque à l'autre pour une même catégorie d'aliments. Ainsi si l'on prend l'exemple d'un produit basique comme les corn flakes, les résultats varient de 1 g de sel par 100 gr pour les Crownfield de Lidl à 2,4 g/100 g pour les Bio de Delhaize. Idem pour les potages tomates boulettes qui varient de 0,8 gr/100ml de sel pour Aldi à près de 2 g/100 ml pour Carrefour. L'association en conclut que la réduction graduelle en sel ne peut être efficace que dans la mesure où tous les fabricants d'une même catégorie d'aliments sont d'accord sur une stratégie et l'appliquent simultanément.
LE CONSOMMATEUR PAS TOUJOURS BIEN INFORMÉ
L'enquête de l'association des consommateurs a également révélé que 25 % des aliments préemballés analysés n'affichent pas la teneur en sel. Et lorsque celle-ci est indiquée, Test-Achats a constaté, pour un produit sur quatre, des valeurs différentes – à la hausse comme à la baisse – à celle de l'emballage. Et si l'on ajoute à cela que du fait que l'étiquetage de la teneur en sodium n'est pas obligatoire en Belgique, les étiquettes sont « tout sauf uniformes, ce qui entrave la compréhension du consommateur », selon l'enquête de l'association.
Tests-achats estime que le consommateur européen a très peu de prise pour diminuer la teneur en sel des produits transformés et qu'il revient donc aux autorités publiques de s'assurer que l'industrie alimentaire prenne ses responsabilités. Si elle reconnaît que les Etats membres ont pris conscience de la nécessité de réduire la teneur en sel dans les aliments et qu'ils ont mis en œuvre des politiques nutritionnelles en ce sens, l'association note que les mesures et les résultats varient considérablement d'un pays à l'autre. Elle observe également qu'un Etat membre de l'UE ne peut, à lui seul, inverser la tendance et que l'Union européenne doit se doter d'une politique européenne sur le sel.
RÉACTION GÊNÉE DE L'INDUSTRIE
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Si elle reconnaît la nécessité de continuer à réduire la teneur en sel des produits transformés, la Fevia, le porte-voix de l'industrie alimentaire belge, insiste toutefois sur un point – généralement reconnu par les associations de consommateurs – et selon lequel la réduction en sel n'est pas une mince affaire et que celle-ci doit se faire d'une manière progressive pour tenir compte des attentes du consommateur en matière de goût. Elle explique que le sel est ajouté aux denrées alimentaires non seulement pour son goût mais aussi pour rehausser d'autres saveurs, pour obtenir certaines textures ou encore empêcher l'action nuisible des micro-organismes. De ce fait, le véritable défi est technologique et consiste à réduire la quantité de sel tout en préservant le goût, les caractéristiques du produit mais également sa sécurité. « Réduire les teneurs en sel ne peut pas se faire du jour au lendemain », affirment les responsables de la Fevia. Ceux-ci ajoutent que les fabricants belges ne peuvent pas non plus avancer plus vite que leurs collègues mais néanmoins concurrents des pays voisins, sinon le consommateur risque de choisir des produits importés moins regardant en ce qui concerne les teneurs en sel. « Si notre industrie décidait de diminuer radicalement la teneur en sel de leurs produits, elle serait immédiatement mise hors-jeu par les produits étrangers importés qui ne s'embarrassent pas des problèmes de sel », dit-on à la Fevia.
(1) Les principales sources de sel sont le pain et les céréales (30 %), les charcuteries (13 %), les fromages (11 %), les soupes industrielles (10%) et l'ensemble des plats cuisinés et des conserves industrielles (8%).
POUR UNE APPROCHE EUROPÉENNE
Celle-ci se dit également favorable à une approche européenne et rappelle d'ailleurs que l'UE a déjà été pris des mesures concernant la mention de la teneur en sel sur l'étiquette : l'obligation sera effective dès décembre 2016 en conformité avec les exigences du règlement 1169/2011 relatif à l'information des consommateurs sur les denrées alimentaires. « Les entreprises alimentaires belges n'ont toutefois pas attendu la réglementation et une majorité d'entreprises mentionne déjà volontairement la teneur en sel sur l'étiquette. Cela permet au consommateur de choisir en connaissance de cause », observe Chris Moris le directeur général de la Fevia. Celui-ci rappelle qu'en septembre 2013, lors de la présentation des efforts liés à l'engagement pour la réduc-tion en teneur en sel (Opération nationale volontaire « stop le sel », ndlr), les chiffres communiqués par la Fevia et Comeos (Fédération du commerce et des services) ont constaté une réduction de 1,5 g par rapport aux analyses effectuées par les autorités belges en 2009. « La réduction est donc réelle », estime Chris Moris. Celui-ci pré-cise que « de toutes les façons, les entreprises alimentaires belges prennent connaissance avec intérêt des résultats d'analyses de Test-Achats et qu'elles vont poursuivre leurs efforts pour réduire la teneur en sel, en tenant compte à la fois des contraintes légales, technologiques et microbiologiques ».
L'UE a lancé en juillet 2008 un programme volontaire de réduction de la consommation de sel. Chaque Etat membre est ainsi invité à établir un bilan chiffré de la situation initiale, fixer les objectifs de réduction de la teneur en sel des principales catégories d'aliments contribuant dans de fortes proportions à la consommation de sel au niveau national, mettre en œuvre une stratégie d'information, reformuler la composition des denrées alimentaires transformées, en concertation avec l'industrie et mettre en place un système de monitorage. L'objectif majeur étant de réduire d'au moins 4 % par année la consommation de sel pour approcher les recommandations de l'OMS, soit une consommation journalière de 5 gr maximum par personne. Un sondage Eurobaromètre en 2012 a montré qu'à cette date 29 pays participaient au Cadre européen pour la réduction de la consommation de sel (y compris la Suisse et la Norvège). Les données sur la consommation de sel oscillaient entre 8 et 12 g par jour en moyenne, avec un petit nombre de pays en-dessous de cette fourchette. Vingt-cinq pays ont mis en place une collaboration avec l'industrie agroalimentaire dont le but est d'arriver à reformuler la composition des denrées alimentaires qui contribuent le plus à la consommation de sel afin de réduire celle-ci.