La restauration hors domicile propose de plus en plus de produits bio. Pas assez selon les consommateurs, et pas assez vite. Mais le mouvement est en marche et devrait se poursuivre.
En 2016, le marché des produits bio en restauration hors domicile (RHD) a représenté 411 millions d’euros, soit une hausse de 6,8 % par rapport à 2015. Dans la restauration collective, le bio représente 229 M€. C’est 4,6 % de plus qu’en 2015. Dans la restauration commerciale, la hausse a été de 9,6 %. Le bio y représentait ainsi 182 M€. L’augmentation n’est pas négligeable, mais elle reste bien inférieure à la croissance exponentielle du marché du bio pour la consommation à domicile (+21,7 % entre 2015 et 2016). Et le bio sur ces canaux reste assez minime lorsqu’on en regarde la part de marché : à peine 3 % pour la restauration collective et 1 % pour la restauration commerciale.
Pourtant, les consommateurs veulent aussi manger bio en dehors de chez eux, a affirmé Gérard Michaut, président de l’Agence bio le 13 juin à l’occasion d’un débat organisé dans le cadre des 10e rencontres nationales du Printemps Bio. « 80 % des Français regrettent qu’il n’y ait pas plus de produits bio dans la restauration hors domicile » a-t-il indiqué. Dans le détail, 89 % des Français demandent plus de bio dans les cantines scolaires, 81 % au restaurant, 78 % sur leur lieu de travail et 77 % dans les hôpitaux.
Imposer plus de bio par la loi
Les représentants de la société civile présents au débat ont validé cette tendance. Tous veulent plus de bio. Familles Rurales, l’association nationale Consommation, logement et cadre de vie (CLCV), l’association Léo Lagrange pour la défense des consommateurs (ALLDC) et la Fédération des conseils de parents d’élèves (FCPE) ont tous affirmé leur volonté de voir la part de bio augmenter dans la RHD. Ils regrettent d’ailleurs la censure par le Conseil Constitutionnel de la proposition de loi de l’ex-députée Brigitte Allain qui visait à fixer un seuil de 20 % minimum de produits bio dans la restauration collective. « Nous espérons que cette proposition sera reprise » par les nouveaux députés, a affirmé Jean-Yves Mano, président de la CLCV, appuyé par Gérard Schrepfer de l’ALLDC qui estime qu’« il faut légiférer ».
Du bio à prix accessible
Les doléances des consommateurs ne s’arrêtent pas là : ils veulent du bio, mais pas cher. « L’alimentation bio ne doit pas être réservée à une population favorisée. Elle doit être accessible à tous », estime Dominique Marmier, président de Familles Rurales. Même son de cloche à la FCPE qui porte « le combat de la cantine pour tous ». « Le repas à la cantine est parfois le seul repas équilibré de la journée pour les enfants », a expliqué Alizée Ostrowski, chargée de mission à la FCPE. De fait, les repas bio qui y seraient servis doivent rester peu chers.
Maîtriser le surcoût pour les professionnels
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Si sur le principe les professionnels de la RHD approuvent les demandes des consommateurs, ils rappellent qu’introduire du bio dans leurs menus représente un surcoût. « Début 2017, 77 % des établissements ayant introduit des produits bio font état d’un surcoût », affirme l’Agence bio. Mais sur cette question, les établissements maîtrisent de mieux en mieux les coûts : ils étaient 91 % en 2011 à noter un surcoût dû au bio.
Selon Eric Lepêcheur, président de Restau’Co, « si chacun fait un petit plus de bio » de façon régulière, les coûts vont baisser. C’est ce qui permettra à terme d’augmenter l’offre.
La « double vie alimentaire » des consommateurs
De son côté, Karim Khan, président de la commission développement durable de l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie, a reconnu que la restauration commerciale était « en retard sur le bio », mais il a également pointé du doigt la responsabilité des consommateurs eux-mêmes : « Les Français ont une double vie alimentaire ! », a-t-il affirmé. Ils souhaitent manger bio chez eux et « ils se lâchent au resto », oubliant leurs revendications pour du plus sain. Pour illustrer son propos, Karim Khan a indiqué qu’il y a dix ans, un consommateur sur deux demandait des frites pour accompagner son plat au restaurant. « Aujourd’hui, c’est deux sur trois ».
De fait, si les professionnels de la RHD reconnaissent avoir du travail à faire, ils estiment que les consommateurs doivent eux aussi honorer leur contrat.
Bio et local
78 % des produits bio proposé en RHD sont d’origine française et 59 % d’origine régionale, selon une étude Agence bio/CSA menée en mai 2017. « C’est l’un des points importants à faire connaître ! », affirme Florent Gulh, directeur de l’Agence bio.