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Pesticides Les contaminations à la chlordécone dépasseraient les Antilles

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Après dix-huit mois d’enquête, les parlementaires mandatés pour évaluer les impacts de l’utilisation de la chlordécone dans les Antilles ont rendu leur rapport le 24 juin. Ils y soulignent que les Antilles ne sont probablement pas la seule région du monde concernée par des contaminations. Et que ce dossier manque de données, voire de méthodologie scientifiques.

«Il n’y a pas que les Antilles qui ont utilisé de la chlordécone », a souligné la sénatrice UMP Catherine Procaccia, en conférence de presse le 24 juin à Paris. Avec le député PS Jean-Yves Le Déaut, elle présentait les conclusions d’un rapport sur les impacts de l’utilisation de la chlordécone et des pesticides aux Antilles. Utilisé dans cette zone de 1981 à 1993 contre les charançons du bananier, le pesticide, extrêmement rémanent, est sur la sellette depuis 2006. Il a notamment été accusé de provoquer des empoisonnements, voire des cancers de la prostate. Pour « renforcer les actions et mesures concernant cette contamination », la France a mis en place en 2008 un plan d’action pour trois ans en Martinique et en Guadeloupe.
Selon l’enquête menée par les deux parlementaires, cette zone sur laquelle se focalise l’attention n’aurait pourtant utilisé que 300 des 1 800 tonnes fabriquées dans le monde. Un rapport réalisé en 2006 par le PNUE (Programme des nations unies pour l’environnement) précise que de grands volumes de chlordécone ont servi à lutter contre le doryphore de la pomme de terre en Allemagne et en Europe de l’Est. « Il existe une probabilité que les champs de pomme de terre aient été contaminés », a précisé Catherine Procaccia, ajoutant qu’ « aucune analyse sur la présence de chlordécone dans l’alimentation n’a été réalisée en dehors des Antilles ». « Il faut donner la possibilité à la FAO de lancer une alerte générale sur la chlordécone et les autres pesticides », a estimé Jean-Yves Le Déaut.
« Plus de sciences »
Aux Antilles, le répertoire des zones contaminées n’a toujours pas été complètement établi : si 5 000 prélèvements ont été réalisés, ils n’ont pas été cartographiés. Pour Jean-Yves Le Déaut, il faut sur l’ensemble du dossier chlordécone « plus de sciences ». Ce qui signifie davantage d’expertise en Martinique et en Guadeloupe, afin de pouvoir réaliser sur place les analyses et gagner en efficacité. Mais cela passe aussi par une meilleure méthodologie. Pour établir les concentrations en chlordécone d’un légume, par exemple, le prélèvement porte sur la plante entière, y compris la peau et la terre restée collée. « Nous aimerions qu’au point de vue de la recherche, des normes soient établies car les prélèvements ne sont pas conformes aux modes de consommation », a souligné la sénatrice. Au niveau marin, de fortes concentrations de chlordécone ont été ponctuellement retrouvées dans certains crustacés. Mais aucune analyse d’envergure n’a été programmée, notamment sur les cones de turbidité formés à l’embouchure des fleuves. Or, « le poisson fait partie du bol alimentaire quotidien des Antillais », a souligné Jean-Yves Le Déaut. Et faute de travaux disponibles, les parlementaires n’ont pas réussi à mesurer les risques pour la santé humaine. Ils attendent avec impatience les résultats de l’étude Karuprostate. Fondée sur un indicateur objectif, les concentrations en chlordécone du sang, elle devrait enfin faire avancer les connaissances. Il ne reste que quelques jours à attendre : sa publication est prévue en juillet.

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