Alors que les stratégies d’alliances et d’acquisitions menées par des coopératives avaient fortement ralenti de 2003 à 2006 inclus, l’année 2008 démontre que la coopération agricole est capable de réagir avec un périmètre en augmentation grâce à 68 opérations sur les 10 premiers mois de l’année dont 35 entre coopératives. Le président de Coop de France, Philippe Mangin, considère que ces mouvements reflètent des stratégies d’expansion à l’international, de consolidation et de partenariats. A l’heure du Grenelle de l’environnement, de la Loi de modernisation de l’économie et des tensions dans la filière lait, les coopératives cherchent effectivement à conjuguer stabilité et dynamisme. Pour contribuer à leur développement, Coop de France a notamment décidé de lancer un plan de communication triennal.
Alors que le congrès de Coop de France 2008 est réuni à Paris les 12 et 13 novembre, la coopération agricole montre quelques signes d’optimisme malgré les difficultés d’un secteur confronté à la volatilité des marchés et aux contraintes de la LME. L’organisation a présenté comme chaque année à la presse les résultats de l’Observatoire annuel du périmètre coopératif. 2008 semble marquer une rupture avec les tendances à la baisse du nombre d’accords ou de restructurations de la période 2003-2006 mais des facteurs de stabilité subsistent liés essentiellement à un modèle économique « a-capitaliste et non délocalisable », précise Philippe Mangin. Si le nombre d’opérations augmente, le volume du chiffre d’affaires échangé régresse par rapport à 2007. Le chiffre d’affaires acquis sur les neuf premiers mois pour le monde coopératif s’élève à 993 millions d’euros alors que le volume cédé est de 79 millions d’euros. En 2007, les volumes de chiffres d’affaires acquis et cédés avaient progressé par rapport à 2005 et 2006, et le solde (acquisitions-cessions) était positif de 1,7 milliard d’euros. Ce solde n’est plus que de 914 millions cette année.
Compter sur l’effet de taille
Les performances de 2007 en valeur provenaient notamment de Malteurop avec des acquisitions en Allemagne et en Pologne, du rachat de Campofrio par Delpeyrat ou de la prise de participations d’Euralis dans Stalaven. Pour expliquer ces mouvements, le président de Coop de France commente : « Le grand challenge des coopératives, c’est la gestion des risques. Pour maîtriser des risques grandissants liés à la conjoncture des marchés agricoles, il faut retrouver des outils de régulation, des mécanismes de contractualisation et une batterie d’instruments capables de limiter les amplitudes de prix des matières premières que nous ne savons pas contrôler. Pour y parvenir, il faut compter sur l’effet taille ».
Une stratégie de développement international
Trois types d’opérations sont repérées par Coop de France dans son Observatoire du périmètre coopératif : l’internationalisation, les alliances entre coopératives et les partenariats privés-coopératives. A l’international, quelques acquisitions importantes ont été réalisées récemment par des coopératives telles que l’achat de l’américain ADM Malting en août ou du russe Belgorsolod par Malteurop en septembre. Malteurop appartient à la coopérative Champagne Céréales et a acquis cette filiale du groupe américain Archer Daniels Midland Company (ADM) dotée de six usines aux Etats-Unis produisant 2,2 millions de tonnes, ce qui fait de Malteurop le leader mondial dans l’industrie du malt. En reprenant ensuite Belgorsolod, Malteurop a augmenté ses capacités de production de 100 000 tonnes de malt Agra alimentation du 28/08/2008 n°2029-2030 page 15. De même, au Brésil, Invivo et Evialis se sont rapprochés pour donner naissance au septième opérateur mondial dans les activités de nutrition animale avec un chiffre d’affaires de 1,5 milliard d’euros. En fait, la filiale de la coopérative Agrial, Florette, s’est développée en Espagne en rachetant Tallo Verde, société espagnole du groupe français Pomona et dont l’usine traite de 35 à 40 000 tonnes de produits finis.
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Entente cordiale avec le privé
« Dans le secteur de la nutrition animale, le périmètre coopératif a évolué par le biais de consolidations », précise Jean-Luc Cade, président de Coop de France Nutrition animale, c’est-à-dire que des alliances importantes ont été réalisées entre coopératives. Ainsi, Maïsadour, Vivadour et Gascoval ont décidé de regrouper leurs activités pour créer Sud-Ouest Aliment pour disposer d’un potentiel industriel et commercial de 650 000 tonnes. Dans la production animale, citons la cession de l’ensemble des actifs industriels en volaille fraîche d’Unicopa, groupe de 1,4 milliard d’euros de chiffre d’affaires avec 4 100 salariés à Terrena, groupe coopératif au chiffre d’affaires de 3,1 milliards d’euros avec 10 600 salariés. Dans le secteur laitier, la coopération agricole a connu des bouleversements qui ont laissé des traces et des opérations de rachat sont encore attendues ne serait-ce qu’avec le dossier Yoplait ! Sodiaal attend en effet que PAI Partners se retire du capital et espère pouvoir racheter ses parts.
Enfin, des partenariats ont été instaurés en aval avec des sociétés à capitaux familiaux pour réagir à la tension sur les prix et peser face aux distributeurs. C’est le cas dans les légumes surgelés avec l’accord entre Coopagri et Bonduelle, dans la viande avec l’alliance entre Arcadie Sud-Ouest et Spanghero ou dans les œufs avec le rapprochement de Cecab et de Glon. Les entreprises coopératives et les industriels privés jouent donc la carte de l’association ou de la prise de participation comme on l’a vu entre Euralis et Stalaven, d’une part, entre Maïsadour et Delpeyrat, Maison Chevallier et Excel Développement d’autre part. Mais ces partenariats connaissent des limites, compte tenu des difficultés financières que rencontrent certains groupes coopératifs, notamment le n°2 de la viande, Socopa, qui a été au contraire racheté par le n°1 Bigard. Le nouvel ensemble ne sera constitué qu’à compter de 2009 mais représentera un chiffre d’affaires de cinq milliards d’euros avec 17 000 salariés et une production de près d’un million de tonnes de bœuf, de veau, de porc et d’agneau Agra alimentation du 28/08/2008 n°2029-2030 page une. Du coup, les répercussions de cette opération sur le périmètre coopératif se feront sentir négativement l’an prochain.
Mobilisation générale
Pour l’heure, la coopération agricole regroupe 3200 entreprises pour un chiffre d’affaires de 80 milliards d’euros et 150 000 emplois. « Nous sommes dans l’économie réelle et durable, avec une vision à moyen terme », assure Philippe Mangin pour qui la LME introduit dans l’actuelle conjoncture une véritable « loi de la jungle ». Le modèle économique des coopératives ne correspond pas, selon lui, à « une logique virtuelle comme celle qui a fait exploser le système financier ». « Les coopératives représentent une composante importante de la ferme France et nous travaillons au renforcement de son poids ». Pour ce faire, Coop de France vient d’acquérir de nouveaux bureaux qui vont rationaliser le fonctionnement de l’organisation et lui permettre de développer des synergies internes au bénéfice de ses adhérents. Cette acquisition est appuyée par un plan de communication triennal visant à mobiliser les dirigeants des coopératives, les élus, les cadres et les agriculteurs pour réfléchir sur les stratégies d’alliances et les modes de gouvernance. Philippe Mangin a d’ailleurs souhaité que la disparité qui partage le monde coopératif entre le Nord et le Sud de l’Europe en terme de modes d’organisation, de prises de décisions et de procédures de nominations soit mise en débat. Le congrès de Coop de France sera l’occasion de réfléchir notamment sur les questions de compétitivité, d’opportunités de croissance et sur les conséquences de la volatilité des marchés.